Start-up en Afrique: au delà des paillettes, les difficultés…

(Ecofin Hebdo) - L’avenir de l’Afrique passera-t-il par ses start-up? La première édition du Forum Innovation Made in Africa (FORIMA) 2018, qui s’est ouverte hier à Cotonou a été l’occasion d’une plongée au coeur de la réalité de ces jeunes pousees. L’événement se veut le «Vivatech» africain, un rendez-vous incontournable pour les start-up du continent engagées dans l’innovation. Organisé par le gouvernement béninois, il a vu la participation de plusieurs dizaines de start-up venues du Bénin et de plusieurs autres pays de la sous-région. Pendant deux jours, cet écosystème d’innovateurs, d’investisseurs et de politiques, aura échangé sur les opportunités mais aussi sur les difficultés rencontrées par ces jeunes entreprises.

En jeans baskets ou en costume, les jeunes entrepreneurs du continent déambulent dans les allées du Forima, échangent, nouent des contacts ou pianotent frénétiquement sur les claviers de leurs ordinateurs. La rencontre se veut une réunion d’entreprises à fort potentiel d’innovation. Entre deux sessions sur des thématiques diverses, certains acceptent de se confier à l’heure du déjeuner sur l’envers d’un décor qu’Hollywood et les médias ont rendu clinquant. Et le constat est partout le même. Les start-up africaines n’émergent pas. Difficile de le confier à haute voix quand l’heure est à l’optimisme général pour le continent. Néanmoins, la majorité des jeunes pousses rencontrées au Forima ont indiqué que la raison qui explique cette situation est intimement liée à un manque de volonté politique, pour accompagner leur développement.

Et le constat est partout le même. Les start-up africaines n’émergent pas. Difficile de le confier à haute voix quand l’heure est à l’optimisme général pour le continent.

Elles évoquent également un environnement défavorable qui ignore les véritables besoins de ce type d’entreprise, notamment sur le plan de la fiscalité. Mais pour de nombreux analystes, la mauvaise interprétation des réalités africaines est la principale raison de ces échecs. Une situation qui bloque, de facto l’arrivée des financements. D’après ceux-ci, les solutions proposées par les acteurs africains ne seraient pas, dans la majorité des cas adaptées.

 

L’accès au financement, aussi rare que recherché

Pour Rolland Houehou, fondateur de Syrrius, une société qui fabrique, en Chine, des ordinateurs pour la demande locale, « l’écosystème de financement des start-up au Bénin est inexistant ». L’entrepreneur qui a commercialisé dans le pays, 4000 unités de ses machines entre 2015 et aujourd’hui, a dû construire son développement à partir de prêts contractés auprès de particuliers.

Rolland Houehou

Rolland Houehou : « l’écosystème de financement des start-up au Bénin est inexistant ».

Comme lui, de nombreuses jeunes pousses ont déploré que dans le pays, les banques rejettent systématiquement les dossiers de demande de prêt qu’elles formulent. Un phénomène rencontré ailleurs, comme au Togo, où d’après Sename Koffi, responsable du réseau d’incubateurs Woelab au Togo, « l’écosystème des start up n’est pas encore mur, donc tout fonctionne en informel. ».

Bien qu’au terme de l’année écoulée, les start-up africaines engagées dans les nouvelles technologies aient opéré 128 levées de fonds pour 560 millions de dollars d’investissement en capital, on est toujours loin du compte. Et en l’espèce, la majorité des financements est absorbée par les pays anglophones. Selon une étude du fonds de capital-risque Partech Ventures, l’Afrique du Sud, le Kenya et le Nigéria ont attiré à eux seuls plus de 400 millions de dollars en 2017. Dans ces pays, il existe forte une tradition d’élaboration de projets intégrés, susceptibles de répondre plus aisément aux besoins. On peut citer des initiatives comme Jumia, M-Pesa et autres.

Pour Jean-Phillipe Houssou, fondateur de Triton, une entreprise qui propose à ses clients de se déplacer vers eux pour le lavage de leurs voitures, l’ensemble des start up peut mobiliser les montants recherchés, car le véritable problème n’est pas au niveau du financement, mais au niveau de la formation.

 

La formation des start-up africaines, la clé de la réussite

« Lorsque vous êtes bon, le financement vient tout seul. Etre bon, c’est être prêt et avoir un projet complet, véritablement porteur d’impacts.», nous confie ainsi Jean-Phillipe Houssou.

« Sur les dix-huit derniers mois, là où nous avons fait le plus d’erreur c’était dans la prise de décision. Cela nous a amené à perdre de l’argent, de l’argent qu’on aurait pu, avec une bonne formation investir dans le développement. », a-t-il raconté pour illustrer son point de vue.

Pour le patron de la société qui compte 14 000 lavages en 10 mois dans la ville de Cotonou, les start-up devraient moins se plaindre de ne pas avoir accès au financement et se concentrer en amont sur des projets qui répondent aux besoins, et en aval, sur la façon d’atteindre les objectifs, une fois lancé.

« Sur les dix-huit derniers mois, là où nous avons fait le plus d’erreur c’était dans la prise de décision. Cela nous a amené à perdre de l’argent, de l’argent qu’on aurait pu, avec une bonne formation investir dans le développement. », a-t-il raconté pour illustrer son point de vue.

Abondant dans ce sens, Vital Sounouvou, CEO d’Exportunity, une plateforme de commerce en ligne d’origine béninoise enregistrée à Maurice, a affirmé que « certaines start up ont des problèmes de structuration et pensent avoir des problèmes financiers. ».

 sounouvou

Vital Sounouvou : « Certaines start up ont des problèmes de structuration et
pensent avoir des problèmes financiers. ».

La fiscalité, l’autre blocage évoqué

La fiscalité reste l’autre frein à l’émergence des jeunes pousses africaines. Sur ce point, l’ensemble des acteurs questionnés a été quasi-unanime. Dans plusieurs pays africains, notamment les pays francophones d’Afrique de l’ouest, les start-up ne sont pas satisfaites de la fiscalité. « Au Bénin, la fiscalité n’est pas adaptée à l’évolution de l’économie. On ne peut pas être une jeune entreprise et être pressée par le fisc dans ses tout débuts, ça étouffe. », a dit Vital Sounouvou. Ce dernier a appelé le gouvernement du Bénin et ceux des pays de la région à opérer un meilleur accompagnement des jeunes entreprises avec des exonérations fiscales intéressantes.

Plus loin, dans son exposé, le patron d’Exportunity a indiqué qu’il est impérieux que les Etats comprennent ce que c’est qu’une start up et élaborent le cadre juridique technique et fiscal adéquat pour mieux interagir avec elle. « Dans le statut des entreprises, il faut une fiscalité adaptée aux stars-up. », a-t-il ajouté.

De son côté, Roland Houehou regrette que seules les grandes entreprises bénéficient d’exonérations conséquentes au Bénin. Or, les start up ont toute autant besoin des mêmes avantages accompagnements.

Olivier de Souza

 olivierdesouza

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