Entretien avec Serge Adjovi, DG de l’Agence du numérique du Bénin : « mettre le numérique au centre du Programme d’actions du gouvernement.»

Entretien avec Serge Adjovi, DG de l’Agence du numérique du Bénin : « mettre le numérique au centre du Programme d’actions du gouvernement.»

(Ecofin Hebdo) - Serge Adjovi, ancien d’Orange Business Service et de Cisco, s’est lancé depuis quelques années un nouveau challenge: piloter l’Agence du numérique (ADN) de son pays, le Bénin. Sans langue de bois, il revient pour l’agence Ecofin sur les réalisations de son institution et sur des sujets qui fâchent comme la hausse des coûts d’internet.

 

Agence Ecofin: Jusque-là, quelles mesures ont été prises pour faire du Bénin un hub numérique ?

Serge Adjovi: L’Agence pour le développement du numérique a été établie dans le sillage de création d’un certain nombre d’agences pour la mise en place des projets phares du gouvernement. L’organisation existe depuis un an. Auparavant, nous agissions comme une entité au sein de l’Unité d’exécution du Conseil du numérique. Le Conseil du numérique est une structure ad hoc présidée par le chef de l’Etat et dont je suis le rapporteur.
Le rôle de l’Agence est très clair. Il s’agit de mettre le numérique au centre du Programme d’actions du gouvernement (PAG) de manière à ce que les projets de cette feuille de route, pas seulement dans le domaine du numérique, puissent se réaliser rapidement dans les meilleures conditions et de manière efficace pour l’avenir.

Aujourd’hui, on ne peut pas imaginer la mise en œuvre d’un projet d’ampleur nationale sans l’intégration d’une composante numérique ne serait-ce que pour gérer le projet, ou en mesurer les impacts. Le numérique doit donc trouver sa place dans chacun des projets du PAG, dans chacun des secteurs ministériels, ici au Bénin. De cette manière, nous aurons contribué à mettre le numérique au centre du développement du Bénin et à faire du pays une plateforme de services numériques.

Aujourd’hui, on ne peut pas imaginer la mise en œuvre d’un projet d’ampleur nationale sans l’intégration d’une composante numérique ne serait-ce que pour gérer le projet, ou en mesurer les impacts.

S’agissant des actions menées, nous avons beaucoup travaillé avec peu de moyens. Nous avons été complètement partie prenante et leader sur un certain nombre de projets. Il fallait d’abord définir la stratégie. La déclaration de politique sectorielle a été mise en place et adoptée en Conseil des ministres. C’est encore aujourd’hui notre feuille de route. Les 6 projets phares du numérique et les réformes nécessaires se trouvent dans cette déclaration de politique sectorielle.

On s’est aperçu assez rapidement que, pour certains des projets tout au moins, il fallait faire évoluer le cadre juridique et réglementaire. C’est ce que nous avons fait avec le code du numérique. C’était un gros travail qui a impliqué des juristes de nombreux ministères et aussi les parlementaires. Ce travail a été fait de manière consensuelle en récupérant ce qui existait déjà et en ajoutant ce qui manquait. On a abouti à la promulgation de quelque 650 articles de loi en avril 2018. Il s’agit d’un élément majeur qui constitue une des fondations de nos actions dans le numérique.

Un autre projet est celui de la réhabilitation et du déploiement de 2000 km de fibre optique. Le projet a été réalisé et achevé en septembre 2018. Ces éléments d’infrastructures sont déjà mis en service et aujourd’hui les opérateurs de téléphonie mobile, les fournisseurs d’accès internet et même les opérateurs étrangers, en particulier ceux des pays enclavés comme le Niger, peuvent utiliser, utilisent, et augmentent leur capacité grâce à ces infrastructures mises en place.

Un autre projet est celui de la réhabilitation et du déploiement de 2000 km de fibre optique. Le projet a été réalisé et achevé en septembre 2018. 

L’impact de ces infrastructures est d’aboutir à une meilleure qualité de service des opérateurs nationaux. Cela signifie que, grâce à une infrastructure de meilleure qualité, avec des bandes passantes dotées de capacités plus importantes, ceux-ci vont pouvoir à leur tour, servir leurs utilisateurs notamment leurs abonnés, les particuliers, les entreprises et les administrations. Il s’agit d’un projet majeur parce qu’on ne peut pas faire du numérique si l’on ne possède pas ces autoroutes de l’information.

 

AE: Si le pays a une infrastructure de meilleure qualité et si les opérateurs peuvent offrir des services de meilleure qualité, pourquoi est-ce que les coûts augmentent ?

SA: On va essayer d’être extrêmement factuel pour enlever la partie émotionnelle du débat pour pouvoir comprendre les choses. Déjà dès début 2018, Bénin Telecoms Infrastructure, le grossiste qui a reçu cette infrastructure au fur et à mesure qu’elle se déployait, a baissé ses coûts de plus de moitié en moyenne. C’est vrai que les coûts des opérateurs devraient baisser et donc le prix vers le client tout autant. Mais ce n’était pas tellement l’objectif, parce qu’au Bénin, les prix n’étaient pas si élevés, comparativement au reste de la sous-région. Quand on parle d’augmentation des coûts, en particulier des services mobiles, ce qui s’est passé, c’est que nos coûts, en 6 mois, en particulier celui des données, ont baissé de 50% à un niveau où les opérateurs n’arrivaient plus à supporter leurs coûts. Ce qui est interdit et extrêmement dangereux dans la mesure où, si l’on veut être une nation du numérique, il nous faut composer avec des acteurs forts. Un acteur fort est celui qui propose des services de qualité, mais qui croît grâce à son équipe et multiplie ses services sur le territoire.

Donc les acteurs sont arrivés à une situation qui n’est pas bonne qui mettait en danger le secteur. Une décision a été prise, sans doute pas la meilleure. Le gouvernement est revenu là-dessus et a exigé une réponse au problème qui met en danger le secteur du numérique, et en particulier la data. La question était de savoir comment on en était arrivés là. On est arrivés là parce que les opérateurs ont cru qu’en se faisant une petite bagarre au niveau des prix des packages qu’ils offraient, ils allaient obtenir une plus importance fraction du marché, ce qui ne s’est pas passé.

On est arrivés là parce que les opérateurs ont cru qu’en se faisant une petite bagarre au niveau des prix des packages qu’ils offraient, ils allaient obtenir une plus importance fraction du marché, ce qui ne s’est pas passé.

Par conséquent, le gouvernement a demandé à l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (ARCEP) de jouer son rôle de régulateur, qui n’est pas seulement cantonné à celui d’arbitre entre les opérateurs, mais qui s’étend aussi à la protection du consommateur et la régulation des prix. Il ne fixe pas les prix, mais alerte sur des niveaux de prix préoccupants. C’est ce que le régulateur est en train de faire. Que les prix remontent un peu, c’est probable. Mais en réalité, je suis prêt à parier que, malgré la hausse, le prix de la data au Bénin restera l'un des plus bas de la sous-région.

 

AE: Ces opérateurs sont sur le marché béninois. Dans un pays où les habitants vivent avec moins d’un dollar par jour, comment peut-on demander à des gens de payer plus d’un dollar pour la data sachant qu’il y a des gens qui vivent du numérique et comment on demande à des gens de supporter ces coûts qui ont été multipliés par deux ou par trois sur la durée?

SA: Si par exemple vous fabriquez du pain, qu’une baguette coûte 150 FCFA et que vous dites que, vu le niveau économique des clients, ils ne peuvent pas mettre plus de 50 FCFA dans l’achat d’une baguette de pain, est-ce qu’il faut réduire le prix du pain à 50 FCFA, même si ce n’est pas économiquement viable pour le vendeur ? On ne peut pas faire ça. Je ne dis pas qu’on est déjà à un niveau de prix qui soit idéal pour le consommateur. Je dis qu’il faut voir si le prix pratiqué permet aux opérateurs de vivre et aux services numériques de se développer. Il est vrai que certaines personnes d’une manière ou d’une autre, devront réduire leur consommation.

Je dis qu’il faut voir si le prix pratiqué permet aux opérateurs de vivre et aux services numériques de se développer. Il est vrai que certaines personnes d’une manière ou d’une autre, devront réduire leur consommation.

Aujourd’hui nous avons besoin que les entreprises du numérique se développent, parce qu’en développant la qualité des services, la quantité et à travers la diversification, les prix vont baisser. Nous ne pouvons peut-être pas baisser les prix en valeur absolue, mais chacun doit pouvoir y trouver son compte par rapport à son usage et à ses moyens financiers. C’est cela l’équilibre du marché sur lequel on doit travailler. Il faut arrêter de regarder les valeurs absolues et considérer l’ensemble des services.

 

AE: Internet, ce n’est pas que les grandes entreprises, c’est aussi les petites et il y a plein de PME et même des microentreprises qui se sont développées sur le numérique avec ses usages. Que met-on en place pour accompagner ces entreprises-là ?

SA: On veut un écosystème numérique qui soit fort et résilient. Regardez les autres industries, comme elles sont devenues résilientes comme celles basées sur l’utilisation du pétrole ou d’un carburant, quel qu’il soit avec les yo-yo qu’ont faits les prix.

Honnêtement, j’ai confiance dans les entreprises béninoises pour effectivement acquérir cette résilience par rapport à des changements dans le domaine du numérique. Croyez-moi, les changements, il va y en avoir et les changements observés actuellement ne sont pas les majeurs. Beaucoup d’entreprises vont se faire ubériser et vont disparaître à cause de cela parce que l’activité qu’elles font va devenir tellement automatique et basique, que tout le monde la fera et il faudra qu’elles se renouvellent.

Je ne veux pas justifier les augmentations de prix par cela. Ce que je veux dire, c’est qu'il faut à ce moment-là avoir la capacité à adapter son business model pour être moins dépendant de ces forfaits. Il faut aussi continuer par les associations de consommateurs qui défendent les utilisateurs à mener des actions vers l’ARCEP et à maintenir la pression sur les entreprises qui fournissent ces forfaits pour que les prix soient à un niveau raisonnable. Il faut adapter l’offre à la demande et il faut être résilient pour traverser une période de changement.

 

AE: Avec le déploiement de la fibre optique et la meilleure bande passante qui en découle, le niveau de la qualité des services devait monter. Ce qui n’est pas constaté actuellement. Comment l’expliquez-vous?

SA: C’est vrai, vous avez raison. Les services devraient suivre en qualité. On ne le voit pas, non pas parce que la bande passante ou la fibre optique est absente. Si vous avez une autoroute et que vous voulez que les autoroutes aillent à 100 km/h sur cette autoroute, il faut maintenir l’autoroute, l’exploiter, éviter qu’il y ait des voitures qui stationnent ou qui se mettent au milieu de l’autoroute, ce qui risque de faire freiner les autres voitures. On est dans une situation un peu similaire.

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« Que les prix remontent un peu, c’est probable».

 

On est en train de restructurer le secteur public des télécommunications. On va vers une autre organisation de l’implication de l’Etat dans les télécommunications. On est au milieu du début et, par conséquent, c’est vrai que les entités comme Bénin Télécoms infrastructures ou Bénin Télécoms services doivent valoriser cet investissement réalisé à travers une exploitation rigoureuse de ces infrastructures. Elles ne jouent pas peut-être complètement leurs rôles, du fait de cette période de transition. On essaie de l’accélérer. De faire en sorte qu’elle ne dure pas plus que maintenant à d’ici quelques mois.

 

AE: Aujourd’hui, au Bénin, on a une fraction relativement importante de la population qui n’est pas alphabétisée. Comment parvient-on à ce que cette population arrive à s’adapter aux nouveaux services numériques?

SA: Je ne suis pas d’accord. Comme dans tous les pays, il y a une dizaine d’années, vous aviez un jardinier, un agriculteur qui passait du jour au lendemain au téléphone mobile. Je pense que les téléphones mobiles ont pénétré le marché. Les gens utilisent le téléphone. C’est une utilisation numérique qu'on le veuille ou pas, même si c’est un téléphone de base avec une SIM pour envoyer des sms, sans accès internet. Je pense que c’est cela qui est magnifique au niveau du téléphone. On pense que les cas d’usage sont infinis et que chacun trouve chaussure à son pied, l’usage qu’il veut en faire. Les opérateurs mobiles proposent des choses, mais ne dictent pas les utilisations.

Beaucoup d’opérateurs sont notamment sous pression à cause de la partie Mobile Money qui leur a été imposée par l’utilisateur, car cela a tellement bien marché quelque part que tout le monde en veut. J’ai confiance en tout le monde pour tirer son profit dans le numérique. Il faut travailler sur l’accessibilité du numérique. L’accessibilité, ce n’est pas seulement la possibilité d’être couvert par une plateforme mobile, d’avoir une connexion, de la connectivité, mais aussi la possibilité d’avoir un terminal (téléphone mobile, tablette, ordinateur, etc.) et de savoir correctement se servir de ce terminal pour optimiser ses fonctionnalités. C’est aussi la possibilité d’acheter ce terminal à un prix qui convient. On parle beaucoup du coût de l’internet, on ne parle pas du coût des terminaux. Je crois qu’on peut agir pour faire baisser le coût des terminaux qui constitue des barrières à l’utilisation d’internet. C’est notre rôle, le rôle de l’administration de faire en sorte que le numérique soit l’outil le mieux partagé dans le pays.

 

AE: Il y a des services comme e-santé qui ne sont pas réflexes, pour les personnes non instruites. Comment allez-vous vous arranger pour expliquer ces services et faciliter leur utilisation par la population qui n’est pas alphabétisée ?

SA: A partir du moment où l’innovation est pertinente pour les gens je suis confiant qu’avec relativement peu d’efforts de notre part, cela va prendre parce qu’on aura le relais des communautés rurales, le relais des ONG qui travaillent sur le terrain. Il est vrai que si on a un service d’e-santé pertinent, le ministère de la Santé va le promouvoir, de même que les structures locales, privées, des ONG, des communautés. On va pouvoir en parler dans les écoles et les enfants serviront de relais auprès de leurs parents. Je crois beaucoup à cet effet boule-de-neige des services numériques dans la mesure où ils apportent une valeur à leurs utilisateurs.

 

AE: L’un des principaux chevaux de bataille de l’ADN concerne l’administration et sa digitalisation. Jusque-là, où en est-on ?

SA: Vous n’ignorez pas qu’il y a plusieurs agences chargées de la mise en œuvre des projets du gouvernement. L’ADN est l’une de ses agences. Il y a une autre agence qui est l’Agence des services et systèmes d’information (ASSI) dont la charge est justement la réalisation du schéma directeur numérique du gouvernement. Toute la problématique est de fluidifier les processus administratifs à travers l’utilisation du numérique, une dématérialisation autant que possible de tout ce qui se fait. C’est vrai que tout le monde veut aller vers ça. C’est un processus qui implique de nombreux projets qui doivent se succéder et qui sont à la charge de l’ASSI.

Vous savez, qu’il y a déjà le e-visa dont on a déjà entendu beaucoup de bien. Les gens sont agréablement surpris de cet usage. Il y a quelque chose de moins connu, car un peu plus confidentiel comme la dématérialisation du Conseil des ministres. C’est quelque chose qui marche, qui a été fait sur ces deux dernières années. Il y a des e-services qui sont en préparation dans le cadre des projets que réalise l’ASSI et qui vont être ouverts au public bientôt.

 

AE: Comment on promeut une administration numérique dans un pays qui a des difficultés d’accès à l’électricité ? Est-ce une administration numérique à deux vitesses, pour ceux qui ont déjà l’électricité à Cotonou et pour les populations dans les zones reculées?

SA: C’est un bon point. Le numérique a besoin d’électricité. Même une personne qui a un portable de base à besoin de le charger. C’est très vrai. Mais si on ne peut pas fournir le numérique dans le village de votre grand-mère, est-ce qu’il faut arrêter pour autant de travailler sur la dématérialisation d’une administration qui est à 80% sur Cotonou ? C’est un voyage, un programme.

C’est très vrai. Mais si on ne peut pas fournir le numérique dans le village de votre grand-mère, est-ce qu’il faut arrêter pour autant de travailler sur la dématérialisation d’une administration qui est à 80% sur Cotonou ?

On va mettre en œuvre plusieurs projets. Chaque projet va porter ces fruits. Certains seront dans les administrations centrales, d’autres seront au niveau des administrations décentralisées. Le Bénin est reconnu maintenant pour avoir fait le RAVIP (base de données biométriques pour plus de 10 millions de résidents). On a fait le RAVIP pour avoir un registre national de la population, mais aussi les registres communaux des populations. Il faut que les maires et l’administration locale aient une connaissance de leur population au niveau de la commune pour pouvoir mieux décider sur les programmes de développement au niveau de la commune. C’est ce que nous faisons. Je crois qu’il serait injuste de dire qu’on ne s’occupe que des endroits où il y a seulement de l’électricité, ou des grandes villes. Il y a aujourd’hui des projets qui impactent directement les populations défavorisées. Un exemple est qu’au Bénin, il y a 2,5 millions de personnes qui sont sans acte de naissance, sans état civil. Ces personnes ont des difficultés à mettre leur enfant à l’école ou à toucher les bénéfices sociaux auxquels ils ont droit. Ce problème sera réglé avec le RAVIP.
C’est vrai que certaines de ces personnes sont à Cotonou, mais la plupart sont en dehors des grandes villes, en dehors de la capitale économique. On va leur donner les actes de naissance numériques. Ils auront une copie papier de ce document.

 

AE: Le code numérique est l’une des grandes réussites de l’agence. Le Bénin est l’un des tout premiers pays de la sous-région à avoir un code numérique. Après, comment on vulgarise un texte qui comporte près de 650 articles ?

SA: Le code du numérique, ce n’est pas que 650 articles. Il sera accompagné d’une centaine de textes d’application dont les premiers passeront prochainement en Conseil des ministres. Le code du numérique est formé d’une partie législative avec ses 650 articles et d’une partie réglementaire qui traite des modalités d’application des lois dans des circonstances particulières. C’est vrai qu’il faut vulgariser et nous avons prévu un certain nombre de sessions de vulgarisation, à travers non seulement des utilisateurs en particulier, mais aussi des personnes qui nous aideront à leur tour à vulgariser dans leur environnement et dans leur communauté.

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« Il faut travailler en coopération public-privé au Bénin et éventuellement à l’international.»

 

Je pense à des enseignants, des chercheurs qui vont travailler et décortiquer les textes qui restent à parfaire. On va faire appel à d’autres vulgarisateurs comme les ONG. Certaines nous ont approchés et ont suggéré de nous aider à vulgariser par exemple le livre 6 du code sur la cybersécurité. Nous travaillons avec ces acteurs. L’ADN ou le ministère de l’Economie numérique qui est central dans la préparation du texte d’application ou de la vulgarisation ne sont pas les seules entités. On va associer tout le monde pour participer à la vulgarisation. Dans la vulgarisation, il ne faut pas adopter une approche globale pour tous les 650 articles, mais voir les choses selon les thématiques et être pragmatique.

Il faut par exemple travailler sur la partie commerce du code pour la chambre de commerce, le ministère du Commerce et l’ensemble des commerçants ; on va travailler sur la protection des données à caractère personnel et sur la cybersécurité, en ce qui concerne par exemple, le ministère de l’Intérieur, la défense et les DSI dans les entreprises et les administrations.

 

AE: Vous avez parlé de cybersécurité qui est un problème important quand on parle de numérique. A quel niveau d’avancement sommes-nous dans ce domaine ?

SA: On y travaille fort. Je crois qu’avec la carte nationale d’identité électronique que nous allons distribuer à partir de 2019, nous allons avoir un système d’authentification renforcé qui va restreindre les fraudes et ce type d’arnaque.

Aussi, le code du numérique prévoit la création de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information. Nous sommes en train de rédiger les textes de création de cette agence et d’un Conseil national de la sécurité du numérique qui va donner les directives, les politiques et dans certains cas exploiter des outils numériques de sécurisation des systèmes d’information, à la fois de l’administration, mais aussi du privé.

La sécurité ne s’obtient pas en travaillant de manière isolée. Il faut travailler en coopération public-privé au Bénin et éventuellement à l’international.
On est en train d’examiner ce qui se fait en matière de traités sur la cybersécurité dans le monde et d’évaluer leur pertinence afin de les signer pour une coopération plus forte en matière de cybersécurité.

Nous avons déjà en place un CCERT, un outil qui est un observatoire des attaques cybercriminelles qui se font et permet de diffuser l’information sur les réseaux sociaux afin de contrer les attaques. Il y a des choses qui se font. C’est vrai qu’il est toujours embêtant de communiquer sur la cybersécurité, mais l’objectif c’est d’effacer le nom du Bénin de la liste des pays qui ne sont pas sûrs en matière de communication et de transaction électronique.

 

AE: Le numérique exige des compétences assez pointues. Comment est-ce qu’on forme les personnes qui sont actives dans le secteur afin qu’elles s’adaptent au monde qui vient ?

SA: Je ne sais pas si je suis la bonne personne pour répondre à cette question. Mais j’ai un avis assez tranché que je vais partager avec vous. Je pense que, là encore, il faut considérer que l’internet, et le numérique de manière plus large, sont des éléments qui vont transformer nos sociétés, nos comportements. Il faut se préparer à cette transformation. S’y préparer, c’est aussi dire que la transformation en elle-même commence et se prépare à l’école. Ce qu’il faudrait, et que j’appelle de mes vœux à titre personnel, c’est que les programmes des écoles, lycées, collègues, centres de formation professionnelle, à partir d’un certain âge, incluent non seulement un apprentissage des outils numériques, mais aussi apprentissage avec le numérique.

formation

Il faut qu’il y ait, à l’image des autres pays, une formation continue en matière de numérique.

 

Pour simplifier, il faut apprendre comment est fabriqué un téléphone, mais aussi apprendre comment bien se servir d’un téléphone. C’est le rôle de l’éducation nationale et des différents ministères y afférents. A notre niveau, nous pouvons donner la connectivité à l’ensemble des établissements, pour leurs administrations, pour la formation des enseignants. Il va falloir que ceux-ci utilisent aussi le numérique pour la pédagogie vers les enfants.

Pour simplifier, il faut apprendre comment est fabriqué un téléphone, mais aussi apprendre comment bien se servir d’un téléphone. C’est le rôle de l’éducation nationale et des différents ministères y afférents.

Pour la partie formation, il faut qu’il y ait à l’image des autres pays, une formation continue en matière de numérique. Cela va se faire de différentes manières. Il y a quelques initiatives qui sont aujourd’hui au niveau ministériel pour y réfléchir. Vous allez les voir à travers les comptes rendus des Conseils des ministres dans les semaines qui viennent.

Nous sommes conscients qu’il faut former les personnes qui sont en situation de travail et commencer à se dire qu’il faut recruter des gens qui ont ces compétences de manière à accélérer l’adoption des services du numérique dans l’administration. Il faut aussi que le privé joue son rôle. Aujourd’hui, j’ai constaté au regard de mes expériences que la formation est un produit qui peut être et doit être commercialisé. Il y a trop peu de start-up au Bénin qui fournissent de la formation payante, non pas parce qu’elles ne veulent pas, mais parce qu’on considère que la formation doit être gratuite. Il y a un état d’esprit à faire évoluer parce qu’il ne correspond pas à celui du numérique.

Il y a trop peu de start-up au Bénin qui fournissent de la formation payante, non pas parce qu’elles ne veulent pas, mais parce qu’on considère que la formation doit être gratuite. Il y a un état d’esprit à faire évoluer parce qu’il ne correspond pas à celui du numérique.

Tous les développeurs ou les experts de cybersécurité, ils se sont formés tout seuls en grande partie. Ils ont fait des études, mais au-delà de celles-ci, ils ont passé beaucoup de temps et d’énergie à acquérir la compétence. Je pense qu’il faut redonner ses lettres de noblesse à la formation en général, à la formation continue, la formation des adultes en particulier dans le numérique.

 

AE: Au niveau de l’ADN, avez-vous réussi à trouver des compétences au niveau local et comment celles-ci ont-elles été formées ?

SA: Nos équipes sont un mélange de compétences trouvées au niveau local et dans la diaspora. Les compétences existent et il faut aller les chercher. Ce n’est pas toujours facile. Pour la formation, c’est un mélange.

Il y en a beaucoup qui se sont formés à la fois ici au Bénin, dans les différentes institutions qui existent, et qui ont complété cette formation en général à l’étranger, soit dans des universités, soit dans le cadre de formation professionnelle. Je pense que c’est comme cela qu’on acquiert cette particularité qui fait qu’on est performant à un poste donné. Je crois que cela serait bien d’avoir plus de compétences numériques.

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Je serais heureux qu’il y ait plus de centres de formation qui se focalisent sur la formation pratique et pas seulement théorique, qui génère de vrais experts et des enthousiastes du numérique. Il n’y en a pas assez, pour servir pas seulement l’administration, mais aussi le secteur privé. J’avais un ami qui recherchait au Bénin, un manager aussi bien technique que commercial dans le domaine du numérique. Si vous voulez un bon, cela va vous prendre du temps parce qu’il n’y en a pas tant que ça. On va en trouver plutôt au Sénégal, un peu en Côte d’Ivoire. Ce sont des métiers qui n’ont pas trouvé leur place, mais qui sont très importants, dans la mesure où une entreprise du numérique a besoin de vendre ses produits pour faire des recettes. Vendre ses produits n’est pas si facile que ça, et il faut trouver des gens qui sont bien formés pour le faire.

 

AE: Concernant la TNT, quel pourcentage du territoire national a été déjà couvert ?

SA: Aujourd’hui les tests de réseau, de diffusion TNT sont réalisés sur la partie méridionale du pays, depuis la côte jusqu’aux altitudes d’Abomey-Calavi. Il y a aujourd’hui une station terrienne qui est en cours d’achèvement et permettra de prendre le signal à partir du centre de la TNT qui est à Cotonou et de le renvoyer vers près de 27 à 29 stations qui sont réparties sur le territoire et qui, à leur tour, vont pouvoir diffuser à travers le réseau terrestre de la TNT. Ces manœuvres devraient se faire dans les prochaines semaines. Je n’ai pas de date précise parce que je n’ai pas les derniers rapports d’activité. Les chaînes sont déjà connectées et livrent leur signal. Je pense qu’en vous adressant au ministère ou au comité de pilotage de la TNT, vous pourriez obtenir un décodeur test qui vous permet de voir comment cela se passe, de voir certaines chaînes en haute définition. On ne fait pas beaucoup de bruit. On le fera lorsqu’on va pouvoir livrer les décodeurs au public. Mais la TNT est ici au Bénin. Elle sera complètement déployée, d’ici janvier, février ou mars.

 

AE: Comment les décodeurs seront livrés aux populations ? Seront-ils gratuits pour les plus pauvres ou seront-ils payants ?

SA: On est en train de mettre en place ces structures. On a l’accord du gouvernement, du Conseil des ministres pour les mettre en place. Nous voulons discuter sur les structures à mettre en place ainsi que sur les meilleurs modèles de distribution des décodeurs. Il faut assurer la rentabilité, la pérennité de ces structures et par conséquent les modèles économiques. Ce n’est pas chose simple. On n’a pas encore décidé si les décodeurs seront gratuits ou payants. Notre volonté et celle du gouvernement est d’utiliser la TNT comme un outil stratégique de communication.

Il faut que l’ensemble des Béninois soit au courant de ce qui se passe dans le monde entier. Ce n’est pas que la télévision publique qui assure la TNT, c’est aussi les chaînes privées qu’on ne contrôle pas. Notre objectif est de permettre que cette information circule et soit de bonne qualité. Si une chaîne n’est pas de bonne qualité, vous ne la regardez pas. Que ce soit dans les contenus ou dans la définition perçue par les téléspectateurs.
La TNT favorise l’éclosion de beaucoup de choses, comme des formations, des business de réparation de décodeurs et la publicité. C’est un outil qui va permettre le développement de tout un pan de l’économie qui est encore embryonnaire aujourd’hui.

 

AE: Concernant le contenu, quels sont les standards de contenu prévus parce que la TNT n’est rien sans la qualité du contenu comme vous l’avez dit ?

SA: Il y a des chaînes qui sont en haute définition et des chaînes qui sont en définition standard (SD). Les deux sont possibles. Si on a une bonne définition et si on a la TNT partout, les gens vont s’attendre à des contenus qui leur parlent, qui soient pertinents, qui leur parlent de leur vie de tous les jours, mais aussi qui les fassent rêver.

Si on a une bonne définition et si on a la TNT partout, les gens vont s’attendre à des contenus qui leur parlent, qui soient pertinents, qui leur parlent de leur vie de tous les jours, mais aussi qui les fassent rêver.

Si cela n’est pas encore le cas, il faudrait avoir une stratégie de développement des contenus, en particulier audiovisuels. Nous y travaillons avec le ministère de l’Economie numérique et de la Communication. Il y a déjà des entités qui existent dans ce domaine comme le Fonds d’appui et de la promotion de l’audiovisuel (FAPA). Nous travaillons avec eux pour échanger les idées et définir une stratégie.

Si vous regardez la loi sur la communication, mais aussi les engagements pris par le Bénin lors du projet de la TNT, des prêts de financement qui permettent le déploiement de la TNT, nous savons qu’il y a des pans qui relèvent de l’amélioration des contenus à la fois au niveau des chaînes publiques comme l’ORTB qui va devenir un éditeur de services audiovisuels et des chaînes privées. Celles avec qui nous sommes en discussion nous disent : qu’est-ce que vous allez faire pour nous aider à améliorer nos contenus et à être performants dans le paysage audiovisuel ?

Ce sont des sujets qui ne sont pas faciles, mais sur lesquels on échange et on réfléchit. Nous allons faire quelque chose et c’est indispensable pour le succès de la TNT

 

AE: Comment est-ce qu’on arrive à financer ces investissements lourds ? Est-ce qu’on aura une redevance télévisuelle ? Va-t-on payer plus de taxes ?

SA: On veut que ces investissements produisent leur fruit, pas seulement aujourd’hui, mais aussi demain et après-demain. Il faut qu’il y ait des rentrées d’argent qui permettent de remplacer les équipements, qui seront devenus obsolètes dans 10 ans, par de nouveaux pour maintenir le service. On est d’accord. Tout n’a pas encore été décidé. On est sur un certain nombre d’options. Il va falloir trouver des recettes publicitaires, c’est une possibilité. Plusieurs questions se posent : est-ce qu’on va livrer les décodeurs gratuitement ou pas à une partie de la population ou pas ? Comment facturer les éditeurs de services audiovisuels privés qui disent de ne pas les accabler, en raison de leur modèle économique fragile ? Tous ces éléments doivent être pris en compte pour obtenir un écosystème robuste qui fonctionne. Ce n’est pas encore en place. On y travaille. Il s’agit d’une composante intégrante de la TNT.

Propos recueillis par Servan AHOUGNON et Aaron AKINOCHO

 

 

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