Comment le Maroc est parvenu à résoudre la délicate équation du mix-énergétique

Comment le Maroc est parvenu à résoudre la délicate équation du mix-énergétique

(Ecofin Hebdo) - Produire 52% de son énergie à partir des ressources renouvelables d’ici 2030 et, pour y parvenir, installer une capacité additionnelle de 10 100 MW, à partir du solaire (4560 MW), de l’éolien (4200 MW) et de l’hydraulique (1330 MW). Tels sont les ambitieux objectifs que s’est fixé le Maroc dans le secteur électrique. Pour y arriver, le pays a ouvert, depuis 2010, ce secteur aux énergéticiens privés et met régulièrement en place des programmes périodiques d’investissements électriques. Pour la période 2018-2021, le royaume chérifien compte injecter 12,4 milliards $ dans l’électricité, une annonce qui suscite l’engouement des énergéticiens privés de tous horizons.

 

Le ministère marocain de l’Energie et des Mines a présenté la semaine passée son programme d’investissements 2018-2021 dans la production et le transport d’électricité. L’ensemble des projets culmine à 12,4 milliards $, de quoi susciter l’intérêt des plus grands énergéticiens mondiaux. 92% de ces projets seront construits en partenariat public privé et le solde de 8% reviendra à l’ONEE.

Solaire, hydroélectrique, éolien, mais aussi charbon, fuel et gaz naturel sont au menu. Les candidats aux appels d’offres fourbissent déjà leurs armes, qu’ils soient marocains, coréens, américains, saoudiens, européens, japonais… « Pour nous, le marché énergétique marocain est le plus important en Afrique. Il a un fort potentiel, que ce soit dans l’éolien ou encore le solaire.», affirmait le mois passé Sechang Chang, le président de la Korea Electrical Manufacturers Associations (Koema).

Le potentiel est en effet élevé puisque 31 projets électriques seront mis en œuvre dans ce programme triennal qui augmentera la puissance électrique nationale de 7249 MW. Cela représente une augmentation de 87% par rapport aux capacités enregistrées en 2016. Fidèle à la politique qu’il a adopté dans le secteur électrique, le royaume chérifien développera 5403 MW de ces capacités, soit 74,5% de la puissance prévue, en capacités d’énergie renouvelable. Ce faisant, il se rapproche un peu plus de son objectif qui est de générer d’ici 2030, 52% de son énergie à partir des sources renouvelables.

parcdenoor

Le parc de Noor.

Le solaire se taille la part du lion avec 2775 MW de centrales, environ la moitié des prévisions. Les projets sont prévus pour être implantées dans les localités de Ouarzazate, Laâyoune, Boujdour, Atlas, Midelt, Tafilalt et Argana. Un supplément de 650 MW sera implanté grâce à la technologie solaire thermodynamique dans le cadre des projets Noor Ouazazarte 2 et 3 ainsi que Noor Midelt.

La part de l’éolien dans le mix énergétique national sera également augmentée dans le cadre de ce programme d’investissement. 1356 MW de centrales éoliennes seront en effet installés dans les localités de Jbel Khelladi, Midelt, Aftissat, Jbel Lahdid, Boujdour, Taza, Oualidia, Tiskrad et Tanger II. Des barrages hydroélectriques d’une capacité de 272 MW sont également prévus ainsi que des centrales à fioul d’une capacité combinée de 110 MW.
Trois centrales thermiques à charbon d’une capacité globale de 1736 MW seront construites à Jerada et à Safi qui accueillera deux des trois infrastructures.

eolienne marocTarfaya.

L’ensemble de ces projets sont mis en place afin de satisfaire les besoins énergétiques croissants du pays. « Le secteur électrique est confronté à plusieurs défis, en particulier l’adéquation entre l’offre et la demande, sachant que la demande en électricité poursuivra son rythme de croissance avec un taux annuel dépassant les 5%. Ce qui nécessite la réalisation de nouvelles capacités de production pour satisfaire cette demande et fournir une marge de réserve assez confortable.» a en effet affirmé Aziz Rabbah, le ministre marocain de l’énergie et des mines.

En effet, de 2006 à 2016, la demande électrique nationale est passée de 21,105 GWh à 35,415 GWh, connaissant ainsi une augmentation moyenne de 5,3%. Cette croissance est principalement portée, selon le ministère de tutelle, par la croissance économique et l’amélioration des indicateurs économiques et de développement humain du pays.

 

Les principaux acteurs privés du marché électrique marocain

Depuis la libéralisation du secteur, de nombreux acteurs ont déjà pris part au programme énergétique très ambitieux du royaume chérifien.

statetiqueRépartition du marché des énergéticiens privés au Maroc 
(centrales installées et projets engagés)

La Taqa Morocco, filiale du groupe Taqa d’Abu Dhabi est l’un des principaux acteurs privés présents dans le secteur électrique marocain. La compagnie gère en effet la centrale de Jorf Lasfar, la plus importante du pays avec une capacité de plus de 2050 MW. Ce faisant, elle détient donc près de 25% du parc national électrique total, estimé à ce jour 8327 MW.

Le groupe saoudien Acwa Power est un acteur majeur du gigantesque programme de centrales solaires Noor dont il a débuté les travaux de construction en 2013. Ainsi, la compagnie a déjà livré la centrale solaire de Noor Ouarzazate I (160 MW). Noor Ouarzazate II (200 MW), Noor Ouarzazate III (150 MW), Noor Ouarzazate IV (70 MW), Noord Laayoune (80 MW) et Noor Boujdour (20 MW) sont en construction avec plusieurs mises en service prévues pour 2018. La compagnie est également impliquée dans le sous-secteur de l’éolien où il développe la centrale éolienne de Khalladi, d’une capacité de 120 MW. Au total, le portefeuille du Saoudien s’évalue actuellement à environ 800 MW.

La compagnie marocaine Nareva a développé en propre, entre 2013 et 2017, les centrales éoliennes de Haouma (50 MW), Foum El Oued (50 MW) et Akhfenir (200 MW). La centrale éolienne d’Aftissat est également en cours de développement, avec une date de livraison prévue pour 2019 et une capacité projetée de 200 MW. Ce portefeuille de la filiale de la SNI représente 500 MW.

Sur d’autres grands projets de centrales, Nareva a adopté une stratégie d’associé minoritaire ou à 50-50 avec de grands groupes internationaux comme le français Engie, le japonais Mitsui ou encore l’italien Enel Green Power. Il s’agit entre autres des parcs éoliens de Tarfaya (300 MW) livré en 2015, mais aussi des projets en construction ou développement tels que la centrale à charbon de Safi (1 386 MW) et les parcs éoliens de Midelt (180 MW), de Tiskrad (300 MW), Tanger II (100 MW), Jbel Lahdid (200 MW) et Boujdour (100 MW). Ce portefeuille partagé pèsera à terme près de 2 550 MW.

Quant au groupe espagnol Abengoa, il gère et exploite la centrale hybride thermo-solaire et à gaz d’Ain Beni Mathar d’une capacité de 472 MW.

 ain beni mathar integrated combined cycleCentrale hybride thermo-solaire et à gaz d’Ain Beni Mathar.

La centrale EET (Énergie Électrique de Tahaddart, 384 MW), compte parmi ses actionnaires l’espagnol Endesa Generación (32%) et l’allemand Siemens (20%).

Le projet de la centrale à charbon de Safi d’une capacité de 1386 MW est mené en consortium avec Nareva, le français Engie et le japonais Mitsui, et construit par le sud-coréen Daweoo.

Enfin, Platinium Power, filiale du fonds américain Brookstone Partners, compte déjà au Maroc 6 centrales hydroélectriques dont la dernière, celle de Tamajout (30 MW), est en cours de réalisation. Son portefeuille hydroélectrique dans le royaume chérifien s’élève à environ 162 MW.

 

Un cadre réglementaire en pleine évolution pour répondre aux besoins

Au Maroc, si le secteur de l’électricité compte déjà un large éventail d’énergéticiens de classe internationale, cela a été rendu possible en 2010, grâce à la loi 13-09 relative aux énergies renouvelables qui permet aux opérateurs privés de développer et de construire des centrales d’énergies renouvelables dans le but de commercialiser leur production. Cette électricité peut être cédée au consommateur de leur choix. Les réseaux, basse tension, moyenne tension et haute tension sont mis à la disposition des producteurs pour le transport. La loi permet également aux développeurs d’exporter cette énergie renouvelable, et même de mettre en place des lignes de transport direct pour leur usage propre lorsque le réseau électrique en place n’offre pas les capacités requises.

Dans le cadre de ce processus de libéralisation partielle du secteur électrique, les autorités marocaines ont également mis en place une Autorité nationale de régulation de l’électricité (ANRE). Cette personne morale dotée de l’autonomie financière a pour objectif principal de veiller au bon fonctionnement du marché libre de l’électricité. Il s’agira entre autre pour elle de s’assurer du respect par les opérateurs des règles en vigueur, de définir les tarifs et les conditions d’accès au réseau de transport et d’interconnexion, et de maintenir la viabilité concurrentielle des opérateurs.

Mais le pays ne compte pas s’arrêter là. Afin d’instaurer un environnement propice aux différentes mutations qu’il envisage, le ministère de l’énergie a déjà prévu la réalisation de plusieurs études dans le but d’élaborer et d’adopter une loi de restructuration du secteur. Le but de cette mutation est d’améliorer le processus d’ouverture du secteur aux investisseurs privés, en séparant notamment la gestion du réseau des activités de production et de distribution de l’énergie. Il sera également question de décentraliser la distribution électrique à travers des entités régionales de distribution électrique et d’insérer les combustibles fossiles dans le champ de la libéralisation du secteur.

 

Gwladys Johnson

Les secteurs de l'Agence
Enveloppe Recevez chaque jour la lettre
Ecofin Hebdo