Akosombo, le pari fou de Nkrumah

(Ecofin Hebdo) - En Afrique de l’Ouest, le barrage hydroélectrique d’Akosombo évoque le gigantisme. 1020 MW de capacité installée, un réservoir de 148 000 millions de m3. Et derrière, la création du lac Volta (8500 km²), l’un des plus grands lacs artificiels du monde. Mais ces chiffres cachent aussi beaucoup de sacrifices et de choix douloureux.

 

Un chantier gigantesque

Pour construire le barrage hydroélectrique d’Akosombo, il a fallu déplacer 80 000 personnes, soit 1% de la population du pays à l’époque.

Quand les ingénieurs se sont lancés dans la conception des plans de cette infrastructures en 1949, ce qui s’appelait encore la Gold Coast, s’avançait à grands pas vers son indépendance. Pour l’ancienne colonie, il était surtout question de profiter des ressources en bauxite de la région orientale du pays et de produire sur place l’aluminium.

Pour construire le barrage hydroélectrique d’Akosombo, il a fallu déplacer 80 000 personnes, soit 1% de la population du pays à l’époque.

Mais il faudra attendre 12 ans avant que ne tombe le premier coup de pioche. Le Ghana, nouvellement indépendant, est dirigé par le panafricaniste Kwame Nkrumah. Pour ce dernier, plus question de continuer à dépendre des rentes agricoles et minières, il faut se lancer dans la transformation, et donc assurer un approvisionnement électrique décent, au projet de fonderie d’aluminium. La construction du barrage est donc lancée en 1961 et durera quatre ans.

  Nkrumah

Le pari fou de Kwame Nkrumah.

 

Pour réaliser le projet, un investissement de 196 millions de $ est nécéssaire. La mobilisation de cette somme se fera en partie sur ressources internes (98 millions de $) et par recours aux partenaires internationaux, notamment la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) à hauteur de 47 millions. Les USA et le Royaume-Uni apporteront respectivement 27 et 14 millions de $ tandis que l’Américain Exim Bank y mettra 10 millions de $.

La construction et l’exploitation de la fonderie reviendra aux Américains, Kaiser Aluminium et Valco. Cette dernière exigera du gouvernement ghanéen des assurances quant à la non-nationalisation de la fonderie et sur la garantie d’un prix d’achat de l’électricité. Une fois l’accord conclu, ce sera la compagnie italienne Impregilo, qui venait de s’illustrer par la construction du barrage de Kariba, qui se chargera de la réalisation d’Akosombo.

A l’époque de leur construction, le projet du barrage d’Akosombo et de la fonderie ont été considérés comme issus des délires mégalomanes de Kwame Nkrumah. Mais l’achèvement de l’infrastructure permettra au Ghana de faire un grand bond en matière de production électrique.

A l’époque de leur construction, le projet du barrage d’Akosombo et de la fonderie ont été considérés comme issus des délires mégalomanes de Kwame Nkrumah. Mais l’achèvement de l’infrastructure permettra au Ghana de faire un grand bond en matière de production électrique. Plus tard, les médias considéreront l’infrastructure comme l’une des principales réussites de Nkrumah.

Akosombo Dam

L’une des principales réussites de Nkrumah

 

Mais au-delà du barrage lui-même, les autorités ont semé les germes d’un développement rapide du secteur par la création de la Volta River authority (VRA) qui jouera un rôle majeur dans l’écosystème électrique du Ghana.

 

La VRA, gardienne du temple

Conçu à l’origine, dès 1961, pour gérer le développement du bassin du fleuve Volta, la VRA avait pour mandat de superviser la construction du barrage, de la centrale électrique et du réseau de distribution de l’électricité. Si à un moment, elle se retrouve à gérer toute la production et la distribution de l’énergie produite par le pays, elle voit son champ d’action réduit en 2005 par décision du parlement. Il s’agit alors pour le Ghana de créer un environnement favorable à l’implantation de producteurs d’énergie indépendants sur son sol. La VRA se contentera donc désormais de produire quelques 2600 MW sur une capacité installée de 4398 MW. Outre le barrage d’Akosombo, l’autorité a désormais sous son contrôle les barrages de Kpong et de Bui, les stations thermiques de Takoradi, Tema et Kpone ainsi que la station solaire de Navrongo. Elle gère également un autre aspect névralgique du secteur électrique ghanéen: l’interconnexion avec ses voisins.

 

Un fournisseur sous-régional sur le déclin

Si à l’origine, seulement 20% de la capacité du barrage d’Akosombo servait aux besoins électriques du pays (les 80% restants allant à la fonderie Valco), Akosombo s’est très vite positionné comme une source d’approvisionnement pour les pays voisins du Ghana, à l’instar du Burkina Faso et du Bénin et du Togo.

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Akosombo se range aux côtés des barrages d’Assouan et de Cabora Bassa.

 

Ainsi, jusqu’en 2012, la VRA fournissait au Bénin et au Togo, réunis au sein de la Communauté électrique du Bénin (CEB), environ 566 GWh soit 25% de leurs importations totales. Mais il faut noter que la dépendance de ces deux pays à l’énergie ghanéenne recule en raison d’une part du développement de leurs propres projets de production d’énergie, et d’autre part d’une diversification de leurs sources d’approvisionnement. Ainsi, en 2016, l’autorité ne livrait plus que 198 GWh à ces, pays, soit 7% de leurs importations.

 

Un avenir tourné vers l’hybride.

Si aujourd’hui, le barrage d’Akosombo perd un peu de sa prééminence en raison notamment d’une progression de la part du thermique dans le mix énergétique ghanéen, et du développement de nouvelles centrales électriques, il reste encore un acteur majeur du secteur. Ainsi, les autorités ghanéennes ont indiqué l’an dernier qu’elles entendaient convertir Akosombo en centrale hybride augmentant ainsi sa capacité de production de 500 MW.

A l’échelle continentale, Akosombo reste l’une des infrastructures électriques majeures aux côtés des barrages d’Assouan et de Cabora Bassa. Pour les autorités ghanéenes, sa construction a valeur d’exemple alors que les économistes estiment que le pays avait subi un manque à gagner de 680 millions de $ à l’occasion de la crise énergétique de 2014.

Pour les autorités ghanéenes, sa construction a valeur d’exemple alors que les économistes estiment que le pays avait subi un manque à gagner de 680 millions de $ à l’occasion de la crise énergétique de 2014.

Alors que le Ghana vise la couverture énergétique totale de son territoire à l’horizon 2020, l’histoire de Jacob Gao Laryea avait ému le pays l’an dernier et est venue démontrer l’importance de la nécessité d’assurer l’électricité pour tous. En effet, cet homme, âgé de 94 ans, qui vit aujourd’hui dans une chambre sans électricité dans la région d’Accra, était de ceux qui avaient travaillé à la construction de ce barrage porteur d’espoir.

Aaron Akinocho

 Aaron Akinocho

 

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