L’Eskom, le talon d’Achille de l’économie sud-africaine

L’Eskom, le talon d’Achille de l’économie sud-africaine

(Ecofin Hebdo) - L’Eskom. Elle figure dans le top 7 mondial des compagnies électriques en terme de production et dans le top 9 en terme de distribution. 29 centrales électriques pour 44 134 MW. Un réseau électrique de 384 712 km et 160 sous-stations d’une capacité totale de 276 583 MVA. Avec ses actifs, la compagnie nationale sud-africaine de fourniture électrique est 1ère compagnie électrique africaine. En 2017, elle a fourni 215 358 GWh d’électricité pour un chiffre d’affaires de 13,28 milliards $ et des pertes d’exploitation de 65 millions $. Cette entité entièrement contrôle par l’Etat, fournit 90% de l’énergie consommée dans le pays. Si aujourd’hui, l’évocation du nom de cette entité est synonyme d’une menace de crise qui pourrait entrainer l’ensemble de l’économie sud-africaine dans sa tourmente, il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, pendant de longues décennies après sa création, l’Eskom a été un moteur de développement, non seulement du pays, mais également de la sous-région.

L’Eskom a été créé en 1923 par le gouvernement sud-africain dans le but de reprendre et de gérer les actifs électrique du pays, jusque-là contrôlés par des compagnies privées. Dénommée dans un premier temps Electicity Supply Commission (Escom) et Elecktrisiteitsvoorsieningskommissie (Evkom) en afrikaans, elle n’est pas une entreprise, mais une entité parapublique, exemptée de taxe et ayant interdiction de réaliser des bénéfices.

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Un ancien fleuron de l’économie sud-africaine.

Grâce à l’autonomie dont elle jouit et à ses compétences techniques très élevées, la compagnie devient un outil crucial du développement de l’économie, notamment à travers le secteur minier, mais également un outil de discrimination lors de l’instauration du régime de l’apartheid.

 

De nobles objectifs et un destin prometteur …menacé, miné, gâchés par la politique

En 1987, les noms anglais et afrikaans de la compagnie sont combinés, donnant naissance à sa dénomination actuelle, l’Eskom. Elle subit en outre une corporatisation, c’est-à-dire que sa gestion est confiée à des entrepreneurs et qu’elle est désormais responsable de ses pertes et de ses gains financiers. Il lui est désormais fait obligation de dégager une marge de profit d’au moins 5% dans un contexte politique marqué par les résistances intérieures et la désapprobation internationale du régime de l’apartheid qui induisent un ralentissement de la croissance économique.

La compagnie lance donc en 1991, un vaste programme d’électrification, avec pour objectif de stimuler la demande énergétique interne, mais également de répondre aux impératifs politiques d’un accès plus équitable à l’énergie. 260 nouveaux projets sont donc lancés l’année suivante pour atteindre cet objectif. Grâce à l’exemption d’impôts toujours en vigueur à son profit et au bas coût du charbon qui est produit sur place, l’Eskom parvient à fournir l’énergie la moins chère au monde.

Grâce à l’exemption d’impôts toujours en vigueur à son profit et au bas coût du charbon qui est produit sur place, l’Eskom parvient à fournir l’énergie la moins chère au monde.

Entre 1998 et 2011, à l’aune des changements politiques et économiques qui ont cours en Afrique du Sud, la nature et le fonctionnement de la compagnie subissent des changements importants, qui réduisent peu à peu l’autonomie de l’organisation. Elle devient d’abord une entreprise à responsabilité limitée, en 1999, année au cours de laquelle elle échappe de peu à une privatisation avant d’être convertie en entreprise publique en 2002. La compagnie doit désormais se conformer aux lois relatives aux entreprises, ainsi qu’aux statuts relatifs aux entreprises d’Etat, en vigueur en Afrique du Sud.

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En 2002, l’Eskom devient une entreprise publique.

En 2011, elle est dotée d’un conseil d’administration qui détermine ses orientations stratégiques ainsi que son mode de gestion qui sont mis en œuvre par un Comité d’exécution. L’ensemble de ces mutations s’accompagnent d’une ingérence de plus en plus importante des politiques dans la gestion de la compagnie. Cette dernière devient un enjeu de lutte interne au sein de l’ANC, le parti au pouvoir, et a de moins en moins d’influence sur l’échiquier électrique national dont elle demeure cependant le principal acteur.

 

Une succession de crises apparemment incontenables

L’Eskom produit environ 90% de son énergie grâce au charbon. Cette dépendance est l’une des principales causes de la série de crise qu’a connue l’entreprise dans la production électrique depuis 2005. En effet, elle a été confrontée à des baisses drastiques des stocks de charbon dans ses centrales, surtout en hiver, ainsi qu’à la mauvaise qualité du combustible utilisé, et ce, en raison du manque de compétences nécessaires à la gestion des stocks et à la compréhension du secteur minier. En outre, les centrales de la compagnie ont un âge moyen de 30 ans et la majorité d’entre elles ont besoin d’un entretien qui nécessitera, pour celles encore en service, une fermeture de 60 à 120 jours.

Ele a été confrontée à des baisses drastiques des stocks de charbon dans ses centrales, surtout en hiver, ainsi qu’à la mauvaise qualité du combustible utilisé, et ce, en raison du manque de compétences nécessaires à la gestion des stocks et à la compréhension du secteur minier.

Face à ses urgences, la compagnie se mobilise. Elle augmente ses réserves et la qualité de son charbon et organise les maintenances programmées de ses centrales.

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Un manque de compétences dans la gestion des stocks et du secteur minier.

En outre, elle met en service des centrales à gaz supplémentaires, tandis qu’au niveau étatique, un programme est mis en place pour accélérer la production de l’électricité par des producteurs indépendants, principalement à partir des énergies renouvelables. L’énergéticien met également en place, avec le gouvernement, un programme de gestion de la demande, basé sur l’efficacité énergétique, l’auto-génération par les industriels et la réduction volontaire de la part fournie à certains d’entre eux.

Des mesures qui portent leurs fruits puisqu’en fin 2016, la compagnie annonce une amélioration de ses performances en termes de disponibilité électrique, mais également de diminution des délestages. En 2017, l’Eskom annonce une reprise de l’exportation de son excédent et affirme pouvoir faire face à toute croissance de la demande jusqu’en 2021. Rien ne laisse donc envisager la nouvelle vague de qui submergera la compagnie en 2018, cette fois ci, sur fond de détresse financière.

 

Une gestion financière calamiteuse

L’année 2018 s’ouvre sur une Eskom en pleine crise existentielle. En effet, la compagnie est au bord de l’effondrement financier, une tempête qui pourrait entrainer toute l’économie du pays. La compagnie subit une crise de confiance, la plupart de ses dirigeants étant soupçonnés de mauvaise gestion. L’ensemble de son directoire et de son conseil d’administration sera d’ailleurs remercié, afin de rétablir un tant soit peu la confiance du public et des investisseurs vis-à-vis de l’institution.

L’année 2018 s’ouvre sur une Eskom en pleine crise existentielle. En effet, la compagnie est au bord de l’effondrement financier, une tempête qui pourrait entrainer toute l’économie du pays.

L’Etat affirme alors qu’il ne pourra pas venir au secours de l’entreprise, garantissant ses dettes comme les fois précédentes. Une politique de redressement est alors mise en place. Si aujourd’hui, elle est au cœur des priorités de l’Etat dans sa globalité, cette crise, actuellement due à la baisse des produits de la cession de l’énergie, combinée à l’explosion des coûts financiers, a des racines plus profondes.

 Eskom tarif

Seuls les petits consommateurs subissent les hausses de tarif.

En effet, après le redressement des résultats financiers de la compagnie en 2007, le niveau du profit est retombé en 2015, à cause d’une part, de la baisse de la demande, mais également de l’augmentation du coût de production électrique. Si des augmentations du tarif ont été obtenues depuis 2008, elles ne s’appliquent principalement qu’aux ménages et aux petits utilisateurs, les plus gros clients de la compagnie prépayant leur énergie sur de longues durées.

En outre, le programme d’extension du réseau électrique prévu entre 2015 et 2018, et devant être financé sur fonds propres à 140 milliards de rands (10,5 milliards $) s’est révélé à l’arrivée deux fois plus cher et a nécessité des apports extérieurs garantis par l’Etat. Des garanties de plus en plus importantes qui mettent en péril l’ensemble de l’exécutif budgétaire du pays et qui justifie la prise de distance du gouvernement lors de la dernière crise.

Le programme d’extension du réseau électrique prévu entre 2015 et 2018, et devant être financé sur fonds propres à 140 milliards de rands (10,5 milliards $) s’est révélé à l’arrivée deux fois plus cher et a nécessité des apports extérieurs garantis par le gouvernement. 

Si l’ensemble des acteurs s’accorde sur le fait que l’organisation et la gestion de l’Eskom doivent être repensées, peu proposent un début de solution à ce problème.

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Aucune solution en vue à ce jour.

Car, outre le fait d’être financier ou managérial, les racines du mal sont intimement liées à la politique nationale du pays ainsi qu’à la délicate question du Black Economic Empowerment. Pour le moment aucune solution concrète n’a encore été proposée par le comité interministériel mis en place pour la résolution de la crise actuelle. 

Gwladys Johnson

Gwladys Johnson

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