Potentiel minier sous-exploité ou inexploité (première partie) : le cas du Nigeria

Potentiel minier sous-exploité ou inexploité (première partie) : le cas du Nigeria

(Ecofin Hebdo) - Ils disposent d’un sous-sol assez riche, hébergeant d’immenses ressources minérales, mais leurs secteurs miniers ne contribuent encore que faiblement (ou pas du tout) à l’économie. Alors que les marchés des matières premières sont globalement en bonne santé, nombreux sont ces pays africains qui n’arrivent toujours pas à valoriser leur important potentiel minier. Les raisons varient d’un manque de volonté à l’inexistence d’une réelle politique pour attirer les investisseurs. Zoom sur le Nigeria, dont l’économie a longtemps dépendu du pétrole, et qui a appris «douloureusement» qu’il fallait diversifier ses sources de recettes pour se prémunir contre l’instabilité des prix de l’or noir.

 

Les vastes ressources minérales longtemps négligées par le Nigeria

Première puissance économique d’Afrique, le Nigeria a longtemps profité de ses grandes richesses pétrolières pour se développer. Pourtant, l’or noir n’est pas la seule richesse de ce géant du continent dont le sous-sol regorge de vastes ressources minières. Selon les données officielles, le pays dispose de 44 minéraux solides, dont l’or, le minerai de fer, le charbon, l’étain, le zinc, répartis sur plus de 500 sites répertoriés.

 1Iron ore Agbaja

Parmi les plus grandes réserves de fer au monde.

 

L’un des minéraux, qui se démarque par son extrême abondance, est le minerai de fer. Avec plus de 2 milliards de tonnes de réserves, le Nigeria détiendrait le deuxième plus grand gisement de minerai de fer du continent africain, et le douzième au monde. En outre, le sous-sol nigérian hébergerait plus de 1000 milliards de tonnes de ressources de charbon réparties dans plus de 13 Etats. Jusqu’à la fin des années 1960, il faut noter que le charbon contribuait de manière significative à l’économie avant d’être abandonné pour les ressources pétrolières.

Au-delà des éléments susmentionnés, soulignons que le Nigeria héberge une variété rare de nickel, découverte tout récemment en 2016. Le gisement dénommé Titan est situé au nord-est d’Abuja. « Ce qui rend ce nickel si unique est sa genèse qui n’a jamais été mentionnée auparavant, à notre connaissance. Il n’y a pas de gisement de ce genre ailleurs dans le monde. Nous ne connaissons pas encore son étendue. Le contexte géologique est très encourageant », déclarait Hugh Matheson Morgan, vétéran de l’industrie minière et ancien CEO de la compagnie australienne Western Mining, à propos de la découverte.

« Ce qui rend ce nickel si unique est sa genèse qui n’a jamais été mentionnée auparavant, à notre connaissance. Il n’y a pas de gisement de ce genre ailleurs dans le monde. 

Les matières premières minérales du Nigeria se répartissent en plusieurs catégories. Celles industrielles, situées dans l’Est, comprennent la barytine, le kaolin, le gypse, le feldspath, le calcaire. Quant aux minéraux métalliques, situés pour la plupart au Nord, ils regroupent l’or, la cassitérite, la colombite, le minerai de fer, le plomb-zinc et le cuivre. On distingue également, entre autres, des minéraux énergétiques (charbon, bitume, lignite, uranium) et des minéraux de construction (granit, gravier, latérite, sable), mais également des pierres précieuses (saphir, tourmaline, émeraude, topaze, améthyste, grenat).

 2Macy zinc lead project Nigeria exploration 640x400

Projet de zinc de Macy.

 

Pour un pays aussi riche en minéraux, il est difficile de croire que la contribution du secteur minier au produit intérieur brut du Nigeria soit en dessous de 1% (0,3 à 0,5%). Alors que le gouvernement dénombre près de 13 produits extraits, il est important de souligner que l’exploitation de ces éléments se fait principalement de manière artisanale, illégale et à petite échelle.

Alors que le gouvernement dénombre près de 13 produits extraits, il est important de souligner que l’exploitation de ces éléments se fait principalement de manière artisanale, illégale et à petite échelle.

Au nombre de ces produits exploités, on retrouve l’étain pour lequel le pays serait le deuxième producteur d’Afrique (11e au monde) derrière la RDC avec 3 600 tonnes produites en 2018, selon la Banque mondiale.

 

Concrétiser cette richesse en surmontant les obstacles

Il a fallu attendre la chute de ses revenus pétroliers pour voir le Nigeria commencer par véritablement s’intéresser à ses autres secteurs économiques. Pour les Mines, ce regain d’intérêt sera symbolisé par un visage, celui du ministre des Mines du gouvernement Buhari, Kayode Fayemi.

 3Kayode Fayemi

Kayode Fayemi cible prioritairement l’or, le bitume, le fer, la barytine, le calcaire, le plomb et le zinc.

 

L’Etat nigérian a annoncé son objectif de porter la contribution du secteur minier au PIB, des moins de 1% actuel, à 10% d’ici 2026. Selon un document de l’ambassade de France près le Nigeria, publié en novembre 2017, le pays tablerait également sur le potentiel d’employabilité élevé du secteur minier, en observant comme exemple, l’Afrique du Sud où les mines emploient près de 450 000 travailleurs directs.

Le pays tablerait également sur le potentiel d’employabilité élevé du secteur minier, en observant comme exemple, l’Afrique du Sud où les mines emploient près de 450 000 travailleurs directs.

« Le Nigeria a un potentiel géologique favorable qui, s'il est bien évalué, bien exploité et géré de manière viable, pourrait soutenir une croissance économique plus large […]», déclarait en avril 2017 le directeur pays de la Banque mondiale au Nigeria, Rachid Benmessaoud.

Cependant, pour atteindre cet objectif, il faudra qu’Abuja relève de nombreux défis, y compris assainir l’environnement minier qui n’attire pas les investisseurs. Pour le moment, à peine deux grandes compagnies minières étrangères opèrent au Nigeria. Il s’agit de Thor Explorations qui est présente sur le projet aurifère Segilola (448 000 onces d’or de réserves) et de Kogi Iron qui opère sur le projet de minerai de fer Agbaja, contenant des réserves de 205 millions de tonnes titrant 45,7% de fer.

4Segilola

Le projet aurifère Segilola.

 

Le nombre de compagnies est assez faible quand on sait que le ministère des Mines estime à près de 5 milliards $ les fonds nécessaires pour lancer des opérations de grande envergure dans le secteur. De nombreuses banques sont encore réticentes à octroyer des prêts au secteur, en raison du manque de données géologiques et scientifiques précises. Il faut ajouter à cela une main-d'œuvre peu qualifiée et des infrastructures peu adaptées.

 

Une politique à la hauteur des ambitions ?

Sans de bonnes politiques, le Nigeria ne réalisera pas sa vision pour le secteur minier. L’administration Buhari l’a sans doute compris. En septembre 2016, elle a lancé un plan dénommé «Feuille de route pour les minéraux solides», avec pour but d’élaborer des stratégies pour le développement rapide des principaux minéraux et métaux industriels. Ledit plan fait état d’une reconstruction du secteur en trois grandes phases, dont une première qui portera sur la réduction de l’importation des minéraux et le développement de la production nationale. La deuxième phase met l’accent sur l’extension de la capacité nationale de traitement de minéraux et la troisième, la mise en place d’une logistique d’exportation lorsque le secteur pourra être compétitif sur le marché international.

 5illegal miner in Nigeria

Au Nigéria, l’exploitation minière se fait surtout de manière artisanale, illégale et à petite échelle.

 

Pour Kabir Mohammed Kankar, nouvellement élu à la tête de l’Association des mineurs du Nigeria, les objectifs de l’Etat sont réalisables. « Déjà, le gouvernement investit délibérément plus d'argent dans l'infrastructure pour les opérations minières. Cela comprend l'infrastructure de transport, les terminaux de manutention de vrac et l'alimentation électrique », avance-t-il dans des propos relayés par Mining Review.

Le ministre Kayode Fayemi a multiplié les sorties pour promouvoir les mines nigérianes et essayer d’attirer des investissements. Parmi les premières grandes mesures prises par le gouvernement Buhari, il faut citer la réduction à 45 jours de la durée de délivrance des titres miniers (contre les précédents 3 mois).

Parmi les premières grandes mesures prises par le gouvernement Buhari, il faut citer la réduction à 45 jours de la durée de délivrance des titres miniers (contre les précédents 3 mois).

L’Etat rend plus accessible le financement des opérateurs locaux et a également instauré trois ans d’exonération fiscale pour les nouvelles sociétés minières. Le pays investit dans l’exploration avec pour but d’obtenir plus de données géologiques fiables sur ses ressources minières. «Parce que nous partons d'une base faible, nous voulons mettre en place un portefeuille d'activités d'exploration qui pourrait aiguiser l'appétit de l'investisseur moyen qui souhaite investir», a déclaré M. Fayemi, précisant que l’Etat cible prioritairement l’or, le bitume, le fer, la barytine, le calcaire, le plomb et le zinc.

Il est important pour le Nigeria d’apprendre de ses erreurs du passé, en allant au bout de son plan pour développer son secteur minier qui a le potentiel pour rivaliser avec ceux des voisins d’Afrique de l’Ouest. Attendre une nouvelle crise dans le secteur du pétrole pour penser à la diversification pourrait être encore plus désastreux pour l’économie. La dernière fois, le pays avait perdu sa place de première puissance économique du continent au profit de l’Afrique du Sud.

Louis-Nino Kansoun

Louis Nino Kansoun

 

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