Libéria: à vous de jouer M. Weah!

(Ecofin Hebdo) - Elu le 26 décembre dernier à la tête du Libéria, George Weah concrétise un rêve vieux de plus de treize ans. Mais pour celui qui est le seul footballeur africain détenteur d’un ballon d’or, la partie la plus importante de sa vie ne fait que commencer.

Largement tributaire des exportations de matières premières, l’économie libérienne a subi le double choc de la chute des cours des matières premières en 2015 et de l’épidémie Ebola qui a coûté quelques 300 millions de $ à un pays dont le produit intérieur brut est de l’ordre de 2 milliards de $. Conséquence logique de cette situation, l’année 2016 a été marqué par recession économique (-1,6%). Néanmoins, George Weah prend le pouvoir dans un contexte où l’économie retrouve des couleurs et renoue avec la croissance qui est de 2,5% en 2017, selon la Banque mondiale. L’institution de Bretton Woods estime que le pays devrait voir son produit intérieur brut (PIB) progresser d’une moyenne de 3,6% d’ici 2019, et enregistrer un pic de 6% pour le compte de l’année 2020. Il reste à savoir si ces progrès seront suffisants pour respecter les promesses de campagne d’un président qui porte sur ses épaules les espoirs d’une grande partie de sa population.

L’année 2016 a été marqué par recession économique (-1,6%). Néanmoins, George Weah prend le pouvoir dans un contexte où l’économie retrouve des couleurs et renoue avec la croissance qui est de 2,5% en 2017.

Selon la structure du produit intérieur brut du pays, l’agriculture contribue à hauteur de 34% à la formation de la richesse nationale, le secteur industriel à hauteur de 13% et les services à 53%. Un tableau qui contraindra le nouvel homme fort de Monrovia à s’attaquer aux difficultés rencontrées dans plusieurs secteurs : les infrastructures, l’éducation,  l’agriculture ou encore les mines, avec en trame de fond la lutte contre la corruption et la recherche de l’efficacité dans la gouvernance.

 

Relancer l’agriculture

Fournissant environ 34% du PIB d’après la Banque mondiale, mais constituant la principale source de revenus pour près de 2/3 de la population, le secteur agricole libérien présente un double visage. D’un côté, il faut noter une activité commerciale tournée vers l’exportation qui s’appuie sur l’attribution de concessions aux entreprises privées pour l’exploitation forestière et l’établissement de plantations d’huile de palme et de caoutchouc. De l’autre, un système de production basé sur une agriculture rurale de subsistance avec 71% des ménages agricoles qui sont engagés dans la culture de riz, ce qui en fait la principale denrée de base du pays, et 40% dans la production du manioc.

Si, avec la prise de fonctions de Johnson-Sirleaf en 2006, le secteur a été mis en avant dans le processus de revitalisation de l’économie au regard de son rôle socio-économique, il reste toujours en proie à de nombreux défis pour le nouveau président George Weah qui vise l’autosuffisance agricole, voire l’exportation de produits alimentaires. En effet, malgré son importance, l’activité de subsistance ne permet pas de satisfaire les besoins du pays, la faute à un faible niveau de productivité. Alors que, par exemple, le rendement à l’hectare du riz en Afrique subsaharienne se situe autour de 1500 kg, le Liberia n’enregistre que des niveaux allant de 736 kg/ha à 815 kg/ha.

«Je propose qu'on baisse le prix du riz, qui est la composante principale du plat national. C'est un minimum à faire pour des populations qui n'ont même pas 100 dollars de salaire par mois.»

La question du riz est revenue durant la campagne puisque le président nouvellement élu s’est engagé à en réduire le prix: «Je propose qu'on baisse le prix du riz, qui est la composante principale du plat national. C'est un minimum à faire pour des populations qui n'ont même pas 100 dollars de salaire par mois.» a-t-il déclaré dans une interview accordé au magazine Le Point. Cependant, il n’indique pas si cette baisse passera par une augmentation des importations ou de la production locale.

 

Liberia rice farms

71% des ménages agricoles sont engagés dans la culture de riz.

Au delà de la faiblesse de la productivité, de nombreux autres facteurs limitent la production. Il s’agit, entre autres, de la mauvaise gestion des terres, l’accès réduit aux marché en raison de la faiblesse des infrastructures routières, l’usage de techniques rudimentaires de production, le manque de crédit pour l’agriculture et de la faiblesse des chaînes de valeur, tant au niveau du stockage que de la transformation.

Ce tableau d’ensemble contraint le pays à injecter annuellement 20 millions de dollars dans les importations alimentaires alors que, dans le même temps, il perd l’équivalent de 5 millions $ par an en raison des pertes post-récoltes. Le Libéria ne produit qu’environ le tiers de ses besoins et doit importer annuellement près de 350 000 tonnes de la graminée pour satisfaire ses besoins.

Pour le gouvernement, un autre travail d’Hercule sera de concilier la nécessité d’attirer des investissements directs étrangers dans des filières comme l’huile de palme et la sauvegarde des surfaces forestières. D’après le rapport Global Forest Watch du World Resources Institute (WRI) paru en 2014, le Libéria fait partie des 10 pays au monde, enregistrant des taux de déforestation les plus élevés de la planète.

Par ailleurs, l’équipe Weah devra également s’attaquer à un sujet tout aussi épineux : celui du foncier. Entre spoliation foncière et les intérêts agroindustriels, la question de l’accès à la terre est une préoccupation majeure pour le pays dans la mesure où, estime l’USAID, plus de la moitié des Libériens vit sur des terres dont la propriété est définie par des lois coutumières.

«Il y a, bien sûr, des choses à améliorer dans la Constitution. Je pense à la question foncière qui est cruciale.»

A ce propos, George Weah pense que la solution peut venir d’une reforme constitutionnelle: «Il y a, bien sûr, des choses à améliorer dans la Constitution. Je pense à la question foncière qui est cruciale. Sur cette question comme sur d'autres, il peut être nécessaire d'apporter des amendements qui aillent dans le sens de l'intérêt des populations.» indique-t-il.

    

Tirer le meilleur des ressources minières

Outre l’agriculture, le secteur minier est l’un des grands contributeurs à la croissance économique du Libéria. Depuis son avènement en 2006, le gouvernement d’Helen Johnson-Sirleaf s’était donné comme objectif de faire oublier les 14 ans de guerre civile vécus entre 1989 et 2003, durant lesquels les ressources minières ont été pillées pour financer les conflits. L’embargo sur les exportations de diamant qui frappait le Libéria à l’issue de cette guerre sera levé par l’ONU en 2007, le pays adhérera en 2009 à l’ITIE, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives.

Selon le dernier rapport de l’ITIE sur le Libéria (exercice 2014-2015), le secteur minier a contribué pour 5,95% au PIB  contre 8,83% une année plus tôt. Sur ce plan, l’on retiendra surtout de l’ère Johnson-Sirleaf, une plus grande transparence dans la gestion minière et une contribution des Mines au PIB qui a avoisiné les 10%. Le secteur est toujours porté par le minerai de fer (dont la production était de 4,085 millions de tonnes entre janvier et septembre 2015), l’or (9025 onces sur la même période) et le diamant, (53 158 carats).

 

 liberia Yekepa

Mine de Yekepa.

Le fer libérien est produit par de grandes compagnies minières, en l’occurrence ArcelorMittal (active sur le projet Western Range), Wuhan Iron (Bong Mines), ou encore Vedanta Resources opérant sur le projet Western Cluster. Aujourd’hui, le plus grand projet aurifère, celui de New Liberty est exploité par la compagnie Avesoro Resources, ex Aureus Mining.

Pour le nouveau président George Weah, le principal défi sera d’accroître la contribution du secteur minier au PIB, tout en améliorant les pratiques de transparence du régime de Johnson-Sirleaf.

Pour le nouveau président George Weah, le principal défi sera d’accroître la contribution du secteur minier au PIB, tout en améliorant les pratiques de transparence du régime de Johnson-Sirleaf. La politique minière pourra, par exemple, se concentrer sur l’exploration des autres ressources minières du pays (béryl, étain, phosphate, coltan, zinc, cuivre, nickel, terres rares, sables minéraux, bauxite, chrome, etc.), tout en tirant encore plus du minerai de fer, de l’or et du diamant.

 

Reconstruire les infrastructures

Le Libéria devra également se focaliser sur la reconstruction d’un ensemble d’infrastructures endommagées par la guerre. Seul 6% de son réseau routier de 10 600 kilomètres est asphalté.

Le réseau ferroviaire ne sert plus qu’au transport des minerais et doit être rénové sur de larges sections car les rails ont été démantelés et vendus durant la guerre civile. 

Si le pays dispose de trois ports, ces derniers doivent être rénovés et remis aux normes internationales. De l’avis de nombre d’analystes, la situation énergétique du Libéria est l’un des principaux défis économiques auxquels le nouveau président devra faire face. Si l’électricité est vitale pour les secteurs de l’industrie et des services, le CIA World Factbook indique que seulement 10% de la population libérienne a accès à l’électricité. Au sein de cette couche de privilégiés, on note des inégalités puisque les populations citadines sont avantagées (avec 17% de l’ensemble des citadins qui disposent d’un accès à l’électricité contre 3% des populations rurales). La Liberia Electricity Corporation ne fournit de l’électricité qu’à 4,5% de la population totale du Libéria tandis que le reste des personnes disposant d’un accès à l’énergie s’approvisionne via des des groupes électrogènes communautaires.

La capacité installée du pays est de 125 MW, mais seulement 23 MW de la capacité installée actuelle produisaient de l’énergie en janvier 2017.

La capacité installée du pays est de 125 MW, mais seulement 23 MW de la capacité installée actuelle produisaient de l’énergie en janvier 2017.

Des travaux de réhabilitation de la centrale hydroélectrique de Mount Coffee (88 MW), détériorée lors de la guerre civile qui a pris fin en 2003, ont été entrepris. Ils devraient permettre de rendre entièrement opérationnelle l’infrastructure. Une turbine de 22 MW a déjà été testée en décembre 2016.

 

Mount Coffee Hydropower Plant

La centrale hydroélectrique de Mount Coffee en cours de réhabilitation.

En 2016, la production électrique du pays s’élevait à 70 millions de kilowattheures pour une consommation de 39 millions de kilowattheures. La vetusté du réseau implique en effet des pertes en lignes de près 31 millions de kilowattheure, soit près de la moitié de la production annuelle.  Le gouvernement sortant a pris de nombreux engagements dans le secteur. Entre autres, celui de faire passer le taux d’électrification national à 35% en 2030, ce qui impliquera une électrification à 70% de la capitale Monrovia, la connexion de 1 million de personnes supplémentaires au réseau électrique et l’augmentation à 300 MW de la puissance électrique nationale. 

 

L’éducation et la santé au coeur de la nouvelle politique

Si George Weah a été élu, c’est en grande partie en raison de son engagement envers les couches défavorisées. Cet engagement devra produire des résultats dans les secteurs de l’éducation et de la santé.

 

liberia school

Seulement 47,6% des Libériens sont alphabétisés

Dans le premier secteur, le candidat s’engage à «donner à chaque enfant, quel que soit son milieu social, la possibilité de faire des études gratuitement jusqu'en terminale.». Une promesse qui s’inscrit dans un contexte où seulement 47,6% des Libériens sont alphabétisés.

«Donner à chaque enfant, quel que soit son milieu social, la possibilité de faire des études gratuitement jusqu'en terminale.»

En 2016, le pays avait été secoué par la décision de l’exécutif d’alors d’injecter environ 3/4 du budget de l’éducation dans un partenariat public-privé avec des entreprises spécialisées dans le domaine, dont la Bridge International.

Pour tenir son engagement, George Weah devra se pencher sur la relance des centre de formation des enseignants dont le besoin est important. Actuellement le système éducatif fournit 1 enseignant pour 45 apprenant au primaire. Pour financer la réforme de l’éducation, l’ex-footballeur envisage d’imposer des taxes sur l’alcool ou la cigarette.

En ce qui concerne le système de santé, le nouveau président entend mener une politique volontariste permettant un accès aux soins à tous les Libériens.

En ce qui concerne le système de santé, le nouveau président entend mener une politique volontariste permettant un accès aux soins à tous les Libériens. «Je veux accorder la priorité à la vie.» explique-t-il avant d’indiquer que les paiements (exigés avant les soins dans le système actuel) devraient intervenir après le traitement du patient.

Dans un pays qui a récemment payé un lourd tribut à l’épidémie de fièvre Ebola, cette posture peut s’expliquer. Cependant, si le candidat Weah est resté flou sur les voies et moyens de financer cette réforme et de doter le pays de ce système de santé performant, le président, lui, va devoir s’attaquer à résoudre la question des compétences et des moyens pour tenir ces engagements. 

 

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