Cinq projets verts qui préfigurent l’Afrique en devenir, écoresponsable et innovante

Cinq projets verts qui préfigurent l’Afrique en devenir, écoresponsable et innovante

(Ecofin Hebdo) - En 2018, l’Afrique et le Moyen-Orient ont enregistré la plus forte croissance des investissements dans les énergies renouvelables. D’après l’ONU, cette zone géographique a enregistré un bond de 57% de ses investissements dans les énergies renouvelables, pour un montant total de 15,4 milliards $. Pour l’Afrique, faible émetteur de carbone mais continent le plus touché par le réchauffement climatique, cette croissance traduit une prise de conscience généralisée des gouvernements et des populations, par rapport aux enjeux environnementaux.

Ainsi, ces dernières années, de nombreux projets ont vu le jour sur le continent, sur initiative publique ou privée. Mis en œuvre dans les domaines de la finance, de l’énergie ou de l’agriculture, ces projets visent à accélérer la transition des pays africains vers une économie durable, écoresponsable et à l’abri des impacts environnementaux.

 

Développer des « banques vertes » africaines

En septembre 2019, la Development Bank of South Africa (DBSA) et le Fonds vert pour le climat (FCV) annonçaient le lancement de la toute première banque verte d’Afrique. Baptisée Climate Finance Facility (CFF), l’institution, première du genre dans un pays en développement est dotée d’un capital de plus de 100 millions $.

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(Illustration BOAD)

 

Basée en Afrique du Sud, l’institution financière dont la création avait été annoncée depuis l’année 2018, a pour objectif de financer les projets portant sur l’adaptation climatique et la protection de l’environnement. Les activités de la CFF couvriront, dans un premier temps, plusieurs pays d’Afrique australe dont l'Afrique du Sud, la Namibie, le Lesotho et Eswatini, avec la possibilité de s’étendre à d’autres pays. Au Rwanda également, le gouvernement a annoncé l’année dernière son intention de créer une banque verte sur le modèle de la CFF, appelée « Rwanda Catalytic Green Investment Bank ».

« Les banques vertes accomplissent cela d'une manière unique, en mélangeant les investissements publics, privés et philanthropiques dans des projets d'énergie propre qui, autrement, auraient du mal à trouver des capitaux.»

Ces projets s’inscrivent dans le cadre d’un mouvement mondial visant à renforcer le rôle des institutions financières dans la lutte contre le changement climatique. « Les fonds publics disponibles pour les investissements dans les projets d'énergie verte sont limités, et les responsables politiques veulent bien sûr maximiser l'impact de chaque dollar d'investissement », a, à cet effet, indiqué Jeffrey Schub, directeur général de la Coalition for Green Capital (CGC), une ONG partenaire du projet de la CFF. Et d’ajouter : « Les banques vertes accomplissent cela d'une manière unique, en mélangeant les investissements publics, privés et philanthropiques dans des projets d'énergie propre qui, autrement, auraient du mal à trouver des capitaux. Les banques vertes peuvent aussi aider à répondre aux besoins des marchés difficiles à atteindre, tels que ceux qui desservent les clients à faible revenu ».

A travers l’octroi de crédits en faveur de projets visant à réduire les effets du changement climatique, la nouvelle banque envisage de stimuler les investissements verts en Afrique, qui restent insuffisants par rapport aux besoins. Ainsi, les décideurs espèrent attirer « cinq dollars d'investissement privé pour chaque dollar directement investi », dans le cadre de la Climate Finance Facility.

 

Faire du Sahel la plus grande zone de production solaire au monde

L’année dernière, la Banque africaine de développement (BAD) a lancé l’un de ses plus ambitieux programmes dans le secteur des énergies renouvelables : l’initiative « Desert to Power ». Objectif principal, fournir de l’énergie à plus de 250 millions de personnes dans les pays de la zone sahélienne, en utilisant « les sources d’énergie disponible en abondance dans la région ».

Pour ce faire, le projet ambitionne de produire, à terme, plus de 10 000 MW d’énergie électrique grâce au soleil, faisant ainsi du Sahel la plus grande zone de production solaire au monde. 160 millions d’individus devraient être touchés grâces aux réseaux électriques nationaux tandis que 90 millions de personnes auront de l’énergie hors réseau grâce au déploiement prévu des technologies solaires dans tous les pays du Sahel.

2Desert to Power

Le projet vise à produire, à terme, plus de 10 000 MW d’énergie solaire.

 

Cinq priorités guideront l’initiative dans sa mise en œuvre. Il s’agit de l’accélération du déploiement de la production solaire ; l’extension et le renforcement du réseau de transport d’électricité ; l’accélération de l’électrification par des solutions hors-réseau ; la revitalisation des sociétés nationales d’électricité ; l’amélioration du climat des affaires pour accroître les investissements du secteur privé.

11 pays africains bénéficieront du programme, à savoir : le Burkina Faso, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Soudan, Djibouti, le Sénégal et le Tchad.

11 pays africains bénéficieront du programme, à savoir : le Burkina Faso, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Soudan, Djibouti, le Sénégal et le Tchad. Ceux-ci bénéficieront d’une assistance technique et de lignes de crédits pour faciliter la distribution de l’énergie électrique aux populations et créer des emplois durables. Grâce à cette initiative dont la seule préparation devrait coûter 140 millions $, la BAD espère accompagner la sécurisation, la stabilisation et le développement d’une zone sahélienne fragile et en proie à toutes sortes de crises. Ce, tout en réduisant l’impact du déficit énergétique que connaissent les économies africaines qui perdent, selon la BAD, 2 à 4% de leur produit intérieur brut (PIB) chaque année, en raison du manque d’électricité.

 

Développer des parcs éoliens à l’image de Taïba Ndiaye

Début janvier 2020, le Sénégal a inauguré une infrastructure majeure : le parc éolien de Taïba Ndiaye. Située à une centaine de kilomètres au nord de la capitale Dakar, il s’agit de la plus grande centrale éolienne d’Afrique de l’Ouest.

3Taïba Ndiaye

L’Afrique a encore très peu exploité son potentiel éolien.

 

Le projet, né il y a plus de 10 ans, est également le premier projet d’énergie éolienne à échelle industrielle du Sénégal. 46 éoliennes de plus de 117 mètres de haut devraient ajouter, à partir de juin 2020, 15% d’énergie supplémentaire au réseau électrique du pays. 16 sont entrées en service depuis le mois de décembre 2019, fournissant déjà 40 MW d’énergie électrique pour une capacité totale prévue d’environ 158 MW.

46 éoliennes de plus de 117 mètres de haut devraient ajouter, à partir de juin 2020, 15% d’énergie supplémentaire au réseau électrique du pays.

Le coût total du projet est estimé à plus de 340 millions $. Les travaux de construction, qui ont démarré en janvier 2019, pour une durée prévue de 18 mois, devraient permettre à terme, d’alimenter en énergie plus de 150 000 ménages sénégalais.

Premier d’une série de trois centrales d’une capacité combinée de 484 MW, qui seront implantées dans la région de Thiès, le parc éolien de Taïba Ndiaye s’inscrit dans le cadre du Plan Sénégal Emergent (PSE) du gouvernement, s’étendant sur la période 2014-2023. L’un des objectifs de ce plan de développement est d’augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique, afin de poser les fondations d’une économie plus verte. A cet effet, les autorités avaient déjà inauguré, en 2016, Senergy 2, une centrale solaire de 20 MW à Bokhol, dans le nord du pays.

 

Reboiser massivement le continent

Alors que le continent africain est victime d’une déforestation massive, le sujet du reboisement est devenu une préoccupation majeure des gouvernements du continent. Une étude publiée dans la revue scientifique Nature Ecology and Evolution a révélé par exemple que les forêts d'Afrique de l'Ouest et de l'Est, où les efforts de conservation ne comblent pas assez les activités de déforestation, ont été considérablement réduites entre les années 1900 et 2017.

A travers une initiative d’impact social, le groupe Most Influential People of African Descent (MIPAD) qui tente de recréer des liens forts entre l’Afrique et sa diaspora espère trouver une solution au problème.

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Le projet intitulé « My roots Africa » envisage de planter plus de 200 millions d'arbres à travers l'Afrique, d'ici 2024, et de les attribuer aux membres de la diaspora avant la fin de la Décennie internationale des Nations Unies pour les personnes d'ascendance africaine. Il permettra donc à quiconque, peu importe sa situation géographique, de demander qu'un arbre soit nommé, planté ou offert en Afrique, en son honneur ou en l’honneur d'un proche. « Pour chaque nouvel arbre qui est planté, nous pouvons donner votre nom à celui qui existe déjà. De nombreux membres de la diaspora veulent se rapprocher de l'Afrique et ce programme apporte un lien sentimental et émotionnel profond qui est " maintenant j'ai des racines en Afrique " », a déclaré à CNN Kamil Olufowobi, fondateur et directeur général du MIPAD.

« De nombreux membres de la diaspora veulent se rapprocher de l'Afrique et ce programme apporte un lien sentimental et émotionnel profond qui est " maintenant j'ai des racines en Afrique " »

Ainsi, en juillet 2019, l'Ethiopie a planté plus de 350 millions d'arbres en une journée, selon son propre comptage, établissant ainsi un nouveau record mondial en la matière. Dans le cadre de l'Initiative de restauration des paysages forestiers africains, le gouvernement s'est également joint à plus de 20 autres nations africaines en s'engageant à restaurer 100 millions d'hectares de terres.

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En septembre dernier, le président nigérian Muhammadu Buhari annonçait que son pays planterait 25 millions d’arbres, d’ici les prochains mois. Des initiatives qui entrent dans le cadre du projet de la Grande Muraille Verte qui vise à planter des arbres sur 8000 km, sur toute la largeur de l'Afrique, du Sénégal à Djibouti.

 

Faire émerger une finance climat locale

En 2018, l’Agence française de développement (AFD) a lancé un programme d’envergure appelé « Transformer les systèmes financiers pour le climat ». En partenariat avec le Fonds vert pour le climat (FVC), le programme couvre 17 pays dans le monde, dont 16 uniquement en Afrique (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Egypte, Kenya, Madagascar, Maurice, Maroc, Namibie, Nigeria, Sénégal, Afrique du Sud, Tanzanie, Togo, et Ouganda).

Le programme couvre 17 pays dans le monde, dont 16 uniquement en Afrique (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Egypte, Kenya, Madagascar, Maurice, Maroc, Namibie, Nigeria, Sénégal, Afrique du Sud, Tanzanie, Togo, et Ouganda).

Concrètement, il s’agit d’accompagner la transformation des systèmes financiers locaux pour lutter contre le changement climatique, « en mettant à disposition des pays les ressources concessionnelles du FVC et en capitalisant sur la longue expérience du groupe AFD en matière de finance climat dans les pays du Sud ». 750 millions $ seront à cet effet mobilisés pour la mise en œuvre du projet. Ils serviront à améliorer le financement des institutions financières locales en faveur de la lutte contre le changement climatique. La mise à disposition d’appuis financiers et techniques en faveur des banques et des institutions de microfinance publiques et privées locales permettra de financer des projets portés par des entreprises, des coopératives agricoles ou des ménages et générant de forts bénéfices pour le climat. 40% des financements offerts seront d’ailleurs octroyés aux projets d’adaptation climatique.

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Développer localement l’agriculture climato-intelligente.

 

En investissant dans des secteurs variés comme les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, la gestion durable des ressources naturelles, ou encore l’agriculture climato-intelligente, cette initiative permettra d’obtenir des retombées, non seulement en matière de lutte contre les changements climatiques mais également en matière de lutte contre la pauvreté et les inégalités.

Des objectifs qui s’inscrivent dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat qui vise, entre autres, à garantir une transformation durable et en profondeur des pratiques des acteurs locaux, en cohérence avec un développement bas carbone et résilient.

Moutiou Adjibi Nourou

Moutiou Adjibi

 

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