Niels Wage, DG de Danakali explique en quoi le projet de potasse de Colluli peut changer le destin de l’Erythrée

Niels Wage, DG de Danakali explique en quoi le projet de potasse de Colluli peut changer le destin de l’Erythrée

(Ecofin Hebdo) - L’Érythrée essaie depuis un an de panser les plaies laissées par 20 ans de conflits avec son voisin éthiopien. Depuis l’accord de paix conclu l’année passée entre les deux parties, le pays essaie de relancer son économie en attirant de nouveaux investissements directs étrangers. Dans la dépression de l’Afar, la compagnie australienne Danakali gère un projet de potasse, présenté comme ayant le potentiel d’être un «game changer» pour le pays.  Niels Wage, le PDG de la société explique à l’Agence Ecofin les raisons de tous ces espoirs que suscite ce projet.

 

Agence Ecofin : Dans un rapport publié en janvier 2019 et financé par le PNUD, des consultants indépendants ont essayé d’analyser les contributions potentielles de Colluli aux objectifs de développement durable de l’Érythrée. Qu’est-ce qui explique un tel intérêt pour un projet de potasse ? 

Niels Wage : Colluli est un grand projet de sulfate de potasse, un engrais utilisé pour les cultures de grande valeur. Le projet est intéressant parce qu’il est très peu profond, la ressource ne se trouve qu’à 16 mètres de profondeur. Les autres gisements de potasse ou de sulfate de potasse sont normalement plus profonds. Pour celui-ci, nous n’aurons qu’à creuser 16m, à enlever un peu de terres, un peu de sel gemme et extraire le produit lui-même, qui pourra ensuite être facilement traité et transporté par camion jusqu’à un port d’où il sera expédié vers les destinations de vente.

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1,1 milliard de tonnes de réserves.

Parce qu’il est unique en son genre et peu profond, et parce qu’il s’agit d’une mine à ciel ouvert, les coûts de production sont très faibles, et cela représente un énorme avantage.

Parce qu’il est unique en son genre et peu profond, et parce qu’il s’agit d’une mine à ciel ouvert, les coûts de production sont très faibles, et cela représente un énorme avantage.

L’autre aspect à souligner, c’est qu’il contient 1,1 milliard de tonnes de réserves essentiellement convertibles en environ 200 ans de production. Cela nous permet de véritablement construire un projet à long terme avec Enamco, la compagnie nationale minière érythréenne avec laquelle nous collaborons, et de travailler au développement de cette région de l'Érythrée très éloignée, où il n'y a pratiquement rien.

 

AE : Justement vous présentez Colluli comme le projet de potasse le plus avancé au monde. Où en êtes-vous exactement en ce qui concerne le développement ?

NW: Le projet est assez bien avancé en ce sens que nous avons finalisé toutes les études, nous avons tous les permis nécessaires pour commencer la construction et nous avons également conclu un accord de prélèvement de 10 ans avec Eurochem (un des plus grands producteurs d’engrais au monde, ndlr). Colluli sera développé en deux modules dont un premier qui produira 472 000 tonnes de sulfates de potasse (à partir de 2020, ndlr). Le deuxième module devrait entrer en production 5 ans après le démarrage du premier et livrer également 472 000 tonnes de produits supplémentaires, ce qui portera la production totale annuelle à 944 000 tonnes.

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Niels Wage, DG de Danakali : « 10 000 emplois à la clé »

 

Nous disons que c’est le projet de potasse le plus avancé au monde actuellement parce que toutes les études ont été réalisées. Si vous regardez la plupart des projets dans le monde, l’étude FEED est pratiquement la conception du projet la plus précise. Nous l’avons finalisée et nous travaillons maintenant sur le financement. À ce propos, nous avons conclu un mandat avec Afreximbank et AFC, deux banques avec lesquelles nous sommes familiers, pour un financement de 200 millions $. Nous espérons que l’accord soit finalisé bientôt et que nous atteignons le capital nécessaire pour entrer dans la phase de construction dans les deux prochains mois.

 

AE : Tel que présenté, Colluli est un projet minier unique en son genre. Qu’apporte-t-il concrètement à l’Érythrée et à votre compagnie ?  

NW : Tout d’abord, il faut noter que l’impact sur l’environnement est très faible et que, parallèlement, l’impact sur l’économie est très important. L’Érythrée est, rappelons-le, un pays en développement et le projet peut être un «game changer» pour le pays : il représentera environ 50% (537 millions $) des exportations totales du pays en 2030, et une part importante du PIB (3% d’ici 2021, ndlr).

Le projet peut être un «game changer» pour le pays : il représentera environ 50% (537 millions $) des exportations totales du pays en 2030, et une part importante du PIB (3% d’ici 2021, ndlr).

Il aura un fort impact sur un certain nombre de personnes, en ce sens qu’on estime à plus ou moins 10 000 le nombre total d’emplois indirects qu’il créera. Vous pouvez imaginer qu’avec une opération comme celle-ci, ce sera formidable. Le projet rapportera au fisc érythréen 204 millions $ chaque année d’ici 2026. Au-delà de tout ça, il faut souligner que Colluli impactera également la productivité agricole de l’Érythrée. Les engrais aideront les agriculteurs locaux et de la région à améliorer le rendement de leurs cultures.

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« Le projet rapportera au fisc érythréen 204 millions $ chaque année d’ici 2026. »

 

Pour les actionnaires Danakali, Colluli générera évidemment de bons résultats financiers. L’étude FEED prévoit par exemple une valeur actuelle nette après projet positive (902 millions $ pour les deux modules) et un taux de rentabilité interne après impôt de 29,9%.        

 

AE : L’état actuel du marché de la potasse se prête-t-il au développement d’un projet comme celui de Colluli ?

NW: Si vous observez le marché aujourd'hui, il y a une augmentation de la demande qui est vraiment tirée par une population croissante qui pourrait atteindre 9 milliards d’ici 2050. Pour nourrir tout ce monde, on aura besoin d'un plus grand volume de produits agricoles provenant de la terre et cela nécessite des engrais. Les engrais et le sulfate de potasse (SoP) sont des facteurs importants pour augmenter les rendements et la production des agriculteurs. De plus, la classe moyenne se développe également et les sommes d'argent disponibles augmentent dans de nombreux pays, ce qui permet aux gens de passer d'une alimentation de base à une alimentation riche en fruits et légumes. Par conséquent, la demande pour ces produits augmente également. C'est aussi ce qui stimule la demande de SoP.

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« Colluli est en bonne position pour fournir des tonnes sur le marché. »

 

Pour ce qui est de l'offre, il n'y a pas beaucoup de projets primaires comme celui-ci. Il y en a deux ou trois plus petits en Australie, mais rien qui atteigne l'étendue et la taille de Colluli.

Pour ce qui est de l'offre, il n'y a pas beaucoup de projets primaires comme celui-ci. Il y en a deux ou trois plus petits en Australie, mais rien qui atteigne l'étendue et la taille de Colluli.

En Chine, il y a aussi une certaine production primaire, mais qui est principalement destinée à la consommation locale. Il y a donc un besoin important en nouvelles sources d’approvisionnement et Colluli est en bonne position pour fournir des tonnes sur le marché.

 

AE : À chaque fois qu’il s’agit d’évoquer le secteur minier africain, la question de l’environnement «difficile» revient. Récemment, de nombreux pays ont révisé leurs codes miniers. Que vous inspire cette situation en considérant le contexte érythréen ?

NW : En Érythrée, il y a trois autres mines, en l’occurrence Bisha, Asmara et Yara. Nous avons été en contact avec plusieurs acteurs du secteur minier du pays et participé à des événements publics au cours des dix dernières années. Jusque-là, toutes les interactions avec Enamco et le gouvernement sont très stables et ils sont très fiables. Ils respectent ainsi ce qu'ils ont prévu dans les conventions et lors de  l'octroi des permis.

Je pense qu’il est également dans l'intérêt de l'Érythrée de voir le projet réussir. Ils ne changeront pas les règles du jeu parce que les changer signifierait qu'il y a un risque que le projet ne soit pas développé. L'Érythrée a tout intérêt à créer et à maintenir un environnement stable pour pouvoir créer 10 000 emplois, obtenir des redevances et des dividendes grâce à ce projet. Nous ne sommes pas inquiets.

L'Érythrée a tout intérêt à créer et à maintenir un environnement stable pour pouvoir créer 10 000 emplois, obtenir des redevances et des dividendes grâce à ce projet. Nous ne sommes pas inquiets

Ce qui est bien, c'est que nous travaillons avec Enamco, une société minière nationale dont les deux administrateurs sont les ministres des Finances et les ministres du Développement économique. Il est clair qu'ils s'intéressent beaucoup à la réussite de ce projet et à la création d'un environnement où les redevances et les dividendes seront versés et où des emplois seront créés. Cela fait à peine un an qu’un accord de paix a été signé avec l’Éthiopie après 20 ans de guerre. Dans ce nouveau contexte de paix, les autorités érythréennes veulent voir leur pays se développer.

 

AE : Quels sont vos projets d'expansion en Afrique ?

NW: En ce moment, nous nous concentrons sur la mise en production du module 1 du projet Colluli et nous voulons vraiment montrer au monde que nous pouvons livrer un produit de qualité. Pour l’instant, l’idée d’expansion ne concernerait que le module 2 qui sera développé grâce au cash-flow que générera le premier module.

Le potentiel d’expansion de ce projet est toutefois très important en raison des autres produits qu’on pourrait y trouver (muriate de potasse et sulfate de magnésium et potassium entre autres, NDLR), mais aussi à cause de l’extensibilité du module 2. C'est 200 ans de service dans ce gisement.

Cela peut aussi faire une différence pour les agriculteurs africains et pour le développement des populations en Afrique.

Personnellement, je trouve que le projet Colluli change la donne en matière de développement économique pour l’Érythrée. Cela peut aussi faire une différence pour les agriculteurs africains et pour le développement des populations en Afrique, parce qu'il offre la possibilité de produire quelque chose de bon pour la région. C'est une grande opportunité de s'impliquer dans un si grand projet. 

 

Propos recueillis par Louis-Nino Kansoun

Louis Nino Kansoun

Ndeye Khady Gueye

 

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