L’industrie minière africaine se convertit progressivement à l’énergie renouvelable

L’industrie minière africaine se convertit progressivement à l’énergie renouvelable

(Ecofin Hebdo) - Les entreprises minières ont fait preuve au cours des dernières années, d’un appétit croissant pour les énergies renouvelables. La capacité installée par an de centrales d’énergie propre par ces entreprises est passée de moins de 100 MW avant 2011 à 1800 MW par an en 2018. Une hausse à laquelle ont également participé les entreprises implantées en Afrique. Avec le progrès technologique, les différents changements en matière de politique environnementale et les exigences de rendement, les énergies renouvelables sont progressivement devenues une alternative solide pour les industries minières.

En 2016, Shanta Gold a annoncé la deuxième phase de développement de la centrale solaire destinée à sa mine d’or de New Luika en Tanzanie. La première avait permis l’inauguration en 2014 d’une centrale de 63 KW. Deux ans plus tard, après le succès de l’expérience, la phase deux permettrait l’implantation d’une centrale de 609 KW. Elle projetait avec cette nouvelle infrastructure de réaliser une économie de 250 000 litres de carburant par an.

Deux ans plus tard, après le succès de l’expérience, la phase deux permettrait l’implantation d’une centrale de 609 KW. Elle projetait avec cette nouvelle infrastructure de réaliser une économie de 250 000 litres de carburant par an.

En 2017, Nevsun Resources, le propriétaire de la mine de cuivre de Bisha en Erythrée, a annoncé avoir signé un accord avec Aggreko, pour la construction d’une centrale hybride de 29,5 MW, avec une capacité solaire de 7,5 MW.

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La centrale solaire de la mine d’or de New Luika en Tanzanie.

 

Une année plus tard, Resolute Mining, entamait, en collaboration avec Ignite Energy Project, la construction d’une centrale hybride de 40 MW pour sa mine d’or de Syama au Mali. L’infrastructure fonctionnant au mazout lourd et au solaire, et dotée d’une capacité de stockage, entrera en service en 2020. Elle remplacera une centrale au diesel de 28 MW qui alimente actuellement la mine.

Toujours en 2018, Iamgold inaugura une centrale solaire de 15 MW dans sa mine d’Essakane au Burkina Faso.

Une autre centrale de 7 MW a également été mise en service par B2Gold en Namibie pour l’alimentation de sa mine d’or de la région d’Otjozondjupa.La même compagnie a annoncé en 2019, la construction prochaine d’une centrale de 30 MW pour alimenter sa mine de Fekola au Mali. 

L’infrastructure devrait coûter 38 millions $. Un coût d’investissement prévu pour être récupéré en 4 ans.  « On s’attend à ce que la centrale permette l’arrêt de trois générateurs de mazout lourd au lever du jour, ce qui permettra d’économiser environ 13,1 millions de litres de mazout lourd par année.», a déclaré à cette occasion la compagnie dans un communiqué.

« On s’attend à ce que la centrale permette l’arrêt de trois générateurs de mazout lourd au lever du jour, ce qui permettra d’économiser environ 13,1 millions de litres de mazout lourd par année.»

C’est une centrale hybride, fonctionnant au solaire et à l’éolienne que prévoit de construire, pour sa part, Orion Minerals dans sa mine de cuivre et de zinc de Prieska en Afrique du Sud. La centrale aura une capacité de 35 MW.

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La centrale solaire de la mine d’or d’Essakane au Burkina Faso.

 

La compagnie minière Barrick a décidé pour sa part de construire une centrale solaire hybride de 24 MW dans sa mine d’or de Loulo au Mali pour venir en appui à sa centrale thermique de 63 MW.

Tous ces projets ont fait l’objet d’études de faisabilité minutieuses qui ont prouvé leur intérêt à plusieurs niveaux pour les compagnies minières. En voici quelques-uns.

 

Un choix avant tout économique

L’adoption progressive des énergies renouvelables par l’industrie minière est d’abord une question de rentabilité commerciale. En effet, les chaînes de valeur du secteur sont très énergivores. Pour illustration, la facture électrique représente entre 30 et 40 % des coûts d’exploitation totaux de la plupart des mines. Un coût que peuvent encore alourdir les situations particulières telles que les déficits énergétiques des fournisseurs d’électricité du continent. Lorsque cette éventualité survient, elle augmente significativement le coût de l’électricité en obligeant les mines à s’alimenter avec des générateurs électriques dont la production est encore plus chère.

La facture électrique représente entre 30 et 40 % des coûts d’exploitation totaux de la plupart des mines. Un coût que peuvent encore alourdir les situations particulières telles que les déficits énergétiques des fournisseurs d’électricité du continent.

En outre, selon le CRU Groupe, certains autres facteurs moins aléatoires contribueront à une hausse progressive et constante de la consommation énergétique des mines. L’un d’entre eux est la baisse des teneurs en minerai. Les teneurs en cuivre ont par exemple chuté de 18% entre 2007 et 2017 ; et selon les analystes, cette tendance devrait se poursuivre. En outre, les formations de gisements sont à des profondeurs de plus en plus éloignées, et la production dans les mines gagne en automatisation.

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La centrale de B2Gold en Namibie.

 

Cette facture énergétique élevée et en hausse, contraste avec la baisse drastique du coût des technologies d’énergie renouvelable au cours des dernières années. En 2018 par exemple, les technologies solaire photovoltaïque et éolienne ont renforcé leur supériorité en terme de rentabilité face aux énergies fossiles avec une baisse de 13 % de leur coût par rapport à 2017.  

En 2018 par exemple, les technologies solaire photovoltaïque et éolienne ont renforcé leur supériorité en terme de rentabilité face aux énergies fossiles avec une baisse de 13 % de leur coût par rapport à 2017. 

A défaut de pouvoir réduire leur consommation électrique, les entreprises minières voient dans ces technologies d’énergie renouvelable, la capacité d’optimiser leurs factures, et par conséquent leurs rendements.

C’est à juste titre que John Welborn, le PDG de Resolute Mining affirmait à propos de la construction de la centrale solaire de la mine de Syama : « Ce projet s’inscrit dans le cadre de nos efforts continus visant à utiliser l’innovation et la technologie pour optimiser et améliorer nos opérations de Syama et obtenir des résultats exceptionnels pour nos actionnaires. »

 

Une réduction de l’exposition aux risques du marché et des politiques bas carbone

En produisant elle-même leur énergie à un coût abordable grâce au renouvelable, l’industrie minière africaine renforce sa résilience à deux facteurs externes que sont le cours des combustibles fossiles et les aléas politiques.

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John Welborn, PDG de Resolute Mining : « Des résultats exceptionnels pour nos actionnaires. »

 

Les cours du pétrole, l’une des principales sources énergétiques, ont grandement fluctué au cours des dernières années. Ils ont atteint le plafond des 145 $ le baril de Brent en juillet 2008, avant de plonger à moins de 30 $ le baril en 2016. Et même si ces cours sont remontés (61 $ en septembre 2019), l’incertitude demeure. Elle est alimentée entre autres, par l’imprédictibilité de la production à long terme du pétrole non-conventionnel, de la stabilité de certains gros producteurs et des effets de la concurrence des énergies renouvelables. Des centrales d’énergies renouvelables s’appuyant sur des technologies de stockage pour une fourniture régulière permettent aux miniers de réduire leur exposition à cette volatilité du coût.

Le recours au renouvelable permet également de se mettre à l’abri des risques grandissant que pourrait faire peser sur elles les politiques de réduction du risque climatique. Les politiques de taxe carbone sont déjà appliquées dans de nombreuses régions du monde telles que l’Europe, l’Amérique du Nord et progressivement la Chine. En Afrique, l’Afrique du Sud a récemment adopté sa taxe carbone. Un changement qui, même s’il prend du temps à se mettre en place, sera irrépressible afin de permettre l’atteinte des objectifs climats globaux.

L’Afrique du Sud a récemment adopté sa taxe carbone. Un changement qui, même s’il prend du temps à se mettre en place, sera irrépressible afin de permettre l’atteinte des objectifs climats globaux.

Dans ce sens, l’alimentation en énergie renouvelable diminue déjà l’empreinte carbone des entreprises, leur permettant de réaliser une double économie.

 

Un gage de responsabilité sociale et un meilleur positionnement pour les produits

La construction d’une centrale d’énergie renouvelable dont une partie de la production serait destinée aux populations alentour représente un bon moyen pour les entreprises minières de s’acquitter de leur responsabilité sociale. Cet aspect prend une place grandissante dans les conditions d’exploitation des mines par les industriels. Au Liberia, par exemple, la licence d’exploitation octroyée à Putu Mining stipulait l’obligation pour la compagnie d’électrifier les communautés vivant dans un rayon de 10 km de la mine. De tels types d’actions sociales pourraient se multiplier à l’avenir afin de permettre le développement des communautés locales. 

Au Liberia, par exemple, la licence d’exploitation octroyée à Putu Mining stipulait l’obligation pour la compagnie d’électrifier les communautés vivant dans un rayon de 10 km de la mine.

Enfin, l’exploitation minière avec une énergie plus écologique est un facteur qui pourrait permettre une différenciation de la production des industries, augmenter la valeur de leur production et améliorer leurs relations avec leurs clients. Certains grands producteurs d’aluminium tels que Norsk Hydro par exemple ont déjà entamé une valorisation à la hausse de leurs productions bas carbone. Ce type de minerai est en outre plus prisé par les gros consommateurs, soucieux de minimiser autant que possible leur empreinte écologique.

 

Gwladys Johnson Akinocho

 Gwladys Johnson

Ndeye Khady Gueye

 

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