Ghana: restructuration des banques, une pilule amère

Ghana: restructuration des banques, une pilule amère

(Ecofin Hebdo) - Au Ghana, la Banque centrale (BoG) vient d’annoncer la fusion de cinq banques commerciales en une seule entité: la Consolidated Bank Ghana Ltd. Cette décision, imposée à des établissements soit sous-capitalisés, soit ayant des actifs non performants très élevés, soit ayant obtenu leur licence sur la base de fausses informations, traduit le désir de l’institution de renforcer le secteur bancaire. Cette volonté a été marquée, ces derniers mois, par l’imposition aux banques d’une augmentation de leurs fonds propres. Une mesure qui crée la polémique au sein du petit monde ghanéen de la banque.

Au cours des dernières années, la BoG a relevé, à plusieurs reprises, le seuil de fonds propres minimum exigé des banques commerciales. Ainsi, celui-ci est passé de 60 millions de cedis à 120 millions de cedis en 2012. Si la mesure était donc prévisible et même attendue, ce qui a surpris les banques, c’est le nouveau montant exigé. En effet, les banques commerciales doivent désormais disposer de 400 millions de cedis (83 millions $), soit une hausse de 333% par rapport au seuil précédent.

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Bank of Ghana entend renforcer le secteur bancaire.

L’institution entend ainsi renforcer un secteur bancaire exposé à divers risques et, ce faisant, se conformer aux recommandations des institutions internationales. En effet, des institutions comme le FMI ont déjà souligné, dans nombre de leurs revues, la faiblesse du secteur bancaire qui a enregistré une baisse du crédit octroyé au secteur privé et une hausse de l’acquisition des émissions gouvernementales. En outre, la Banque centrale a fait jouer souvent le mécanisme de fourniture de liquidités d’urgence (ELA) au profit de plusieurs banques commerciales et certaines fois sans contrepartie. Cette situation a entraîné un déficit du bilan de l’institution. Aussi le FMI a-t-il recommandé à la Banque centrale de « réduire les excès de liquidités dans le système financier tout en réduisant les risques liés à son bilan, en raison des opérations de fournitures de liquidités d’urgence. La BoG devrait également s’assurer que toutes les expositions liées aux ELA sont garanties, et apporter une prompte réponse réglementaire aux cas de non-conformité par les banques ».

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Les banques ont jusqu’au 31 décembre 2018 pour se conformer à la nouvelle directive.

La décision de la BoG répond également à la nécessité pour le pays d’assurer la stabilité de son secteur financier, surtout dans un contexte caractérisé par l’explosion des prêts non performants. En effet, le ratio des prêts non performants a atteint 22,7% en décembre 2017, bien loin des 12% affichés en 2000.

En effet, le ratio des prêts non performants a atteint 22,7% en décembre 2017, bien loin des 12% affichés en 2000. 

Aux banques à qui elle donne jusqu’au 31 décembre 2018 pour se conformer à cette nouvelle directive, la BoG indique plusieurs moyens pour y parvenir. Ainsi, elle propose à ces structures, soit de fusionner entre elles, soit de se recapitaliser via la Ghana Stock Exchange (GSE), ou encore trouver de nouveaux actionnaires.

Ecobank estime, dans une analyse, qu’à l’heure actuelle, seules 12 banques sont quasi certaines de répondre aux exigences de la BoG dans les délais impartis. Sur ce nombre, huit disposent des réserves de capitaux nécessaires, trois se tourneront vers leur maison-mère pour la recapitalisation et une autre a réussi son émission sur le marché local. Pour les autres, se conformer à la nouvelle directive sera, au mieux, très difficile.

Si, pour beaucoup, la mesure est nécessaire, des voix s’élèvent pour exprimer leur inquiétude de voir le secteur bancaire du pays passer aux mains de compagnies détenues par des capitaux étrangers. En effet, dans la configuration actuelle du paysage bancaire, le pays compte 17 banques détenues par des nationaux et les 17 restants par des étrangers. Il faut noter néanmoins que les secondes concentrent aujourd’hui 60% du chiffre d’affaires du secteur et 90% d’entre elles sont d’ores et déjà certaines d’être en accord avec la nouvelle réglementation, au 31 décembre prochain.

Pour un établissement comme la FNB Bank, lever le capital supplémentaire aura été possible grâce à un refinancement obtenu auprès de sa maison-mère. Pour les banques nationales, la donne est loin d’être aussi simple.

En effet, souligne Ecobank, la voie de l’appel à l’épargne publique semble être une impasse. Une émission de titres à la GSE interviendrait actuellement dans un contexte peu propice à ce type d’opération. En effet, alors que quatre banques ont d’ores et déjà annoncé leur intention d’émettre des titres sur le marché local, afin de lever 1,5 milliard de cedis (312 millions $) ces nouvelles émissions arriveront sur le marché, en même temps que celle du géant des télécoms, MTN Ghana. La filiale de la compagnie sud-africaine entend lever 3,48 milliards de cedis soit 725 millions $. Si elle a de bonnes chances d’y parvenir, elle devrait, en cas de succès, drainer vers elle une bonne partie des liquidités injectables sur le marché et condamner ainsi les émissions de titres des banques locales.

Pour l’analyste Emmanuel Akrong, il convient que les nouvelles mesures n’affectent pas les parts de marché que détiennent aujourd’hui les banques locales. Ainsi, explique-t-il, « la Banque centrale doit s’assurer par-derrière que la part des banques locales ne chute pas en deçà de son niveau actuel. Nous avons présentement 60% des actifs de notre secteur bancaire entre les mains d’entreprises étrangères ».

« Nous avons présentement 60% des actifs de notre secteur bancaire entre les mains d’entreprises étrangères ».

Il poursuit en indiquant que l’enjeu ici n’est pas forcément nationaliste. Les banques détenues par des acteurs nationaux ont une clientèle essentiellement constituée de petites et moyennes entreprises et donc favorisent le développement de ces structures. Elles ciblent également des structures qui évoluent vers le secteur formel. Il n’est pas sûr que cette clientèle, certes nombreuse, mais présentant plus de risques de défaut, intéressera autant les grandes banques. Donc, estime-t-il, préserver la répartition actuelle, c’est également préserver un modèle permettant une croissance portée par ces PME.

 file bank

« Celles des banques qui ne sont pas efficientes, rendez-les efficientes ! »

Cet appel intervient alors que les prêts au secteur privé des banques ghanéennes sont passés de 50% à 30% des actifs bancaires entre 2007 et 2017 tandis que les obligations de l’Etat sont passées de 17,6% à 30% sur la même période.

Les prêts au secteur privé des banques ghanéennes sont passés de 50% à 30% des actifs bancaires entre 2007 et 2017 tandis que les obligations de l’Etat sont passées de 17,6% à 30% sur la même période. 

Pour sa part, Nana Osei Bonsu, président de la fédération des entreprises privées du Ghana, estime quant à lui que la Banque centrale a un rôle essentiel à jouer aux côtés des acteurs locaux. « Celles des banques qui ne sont pas efficientes, rendez-les efficientes, celles qui sont confrontées à des difficultés, fusionnez-les. Le but n’est pas ici que toutes les banques survivent ».

Un avis partagé par le ministre d’Etat Yaw Osafo Maafo qui déclare : « Il vaut mieux posséder 50% de mille que 50% de rien du tout. Nous sommes face au problème classique de gens qui veulent détenir une activité à 100%. […] parfois il vaut mieux détenir une fraction d’une activité viable. Aussi vaut-il mieux se concentrer sur la viabilité plutôt que sur la possession solitaire d’un bien. Nous devons tous apprendre à travailler la main dans la main quand c’est nécessaire ».

Aussi vaut-il mieux se concentrer sur la viabilité plutôt que sur la possession solitaire d’un bien. Nous devons tous apprendre à travailler la main dans la main quand c’est nécessaire ».

Si le dirigeant qualifie la décision de bonne nouvelle susceptible de renforcer le secteur bancaire, il faut noter que les conséquences des fusions qui sont préconisées aux banques, commencent déjà à se faire ressentir. Ainsi, la fusion d’UT, de Capital Banks et de la Ghana Commercial Bank a entraîné au sein de la nouvelle entité une réduction de l’effectif qui a touché 1000 personnes.

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La réforme du secteur bancaire ghanéen n’ira pas sans faire des victimes.

 

Alors que les spécialistes scrutent avec intérêt les dernières évolutions de ce dossier, il apparaît désormais de plus en plus certain que la réforme du secteur bancaire ghanéen n’ira pas sans faire des victimes.

Aaron Akinocho

 

 

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