Rand Merchant Bank : « Le private equity et les fonds de pension pour combler le gap croissant des infrastructures en Afrique »

(Ecofin Hebdo) - Répondant aux question d’un média sud-africain à la suite de la sortie de l’édition 2019 du rapport « Where to invest in Africa » de Rand Merchant Bank, Celeste Fauconnier, l’analyste pour l’Afrique de ce groupe financier sud-africain revient sur la question des infrastructures qui est un point central du document. Une interview traduit de l’anglais par l’Agence Ecofin.

 

Tous les pays africains y compris l’Afrique du Sud ont besoin de financement pour les infrastructures afin de doper leur croissance. Quelles sont les principales conclusions de votre rapport sur ces questions ?

La première chose qu’on peut dire, c’est que le déficit de financement des infrastructures est critique et nous le savons déjà. Maintenant, si on chiffre ce constat, on se rappelle qu’il y a quelques années la Banque Africaine de Développement a produit un rapport sur les infrastructures en Afrique qui évaluait les besoins financiers annuels de l’Afrique pour ce secteur à 90 milliards $. Maintenant un nouveau rapport de la même institution pointe ces besoins à 170 milliards $ annuellement.

Donc nous pouvons constater que le gap ne cesse d’augmenter à mesure que les années avancent. On sait également que ce déficit de financement fait perdre à l’Afrique l’équivalent de 2,4% du produit intérieur brut par habitant. Donc vous pouvez imaginer quelle serait la croissance de cet indicateur si on pouvait résoudre ce problème d’infrastructures.

 

Cela semble aussi être une grande opportunité, notamment en terme d’investissements. Est-ce qu’on assiste à une injection importante de capitaux dans les infrastructures ?

Oui, on voit effectivement beaucoup d’investissements dans les infrastructures africaines. Malheureusement, ce sont encore les gouvernements qui assument le gros du financement de ces projets. Près de 90% des infrastructures appartiennent aux gouvernements ou aux administrations communales et seulement 10% au secteur privé. C’est très bien, mais le problème, c’est que la plupart des gouvernements africains sont actuellement en train de gérer des consolidations fiscales et ne peuvent plus suivre. Ils doivent réduire leurs dépenses. Et malheureusement en Afrique la réduction des dépenses concerne toujours les dépenses d’investissement en capital, pas les dépenses courantes. C’est donc sans surprise que les dépenses d’investissement ont globalement baissé. Parmi les pays qui ont été contraints de limiter leurs dépenses d’investissement, on retrouve le Ghana, la Zambie et aussi de grands pays comme le Nigéria. C’est pourquoi nous avons besoin de voir le secteur privé entrer dans la danse et prendre le relais.

 

Oui mais finalement on ne voit pas le secteur privé prendre vraiment le relais sur ces investissements. Quels sont les défis dans ce secteur ?

Le secteur privé est actif sur le terrain des infrastructures en Afrique, mais pas suffisamment, de notre point de vue. Maintenant, le risque majeur couru par ces entreprises est le risque souverain. En Afrique, on a besoin d’une solide assurance pour les risques politiques. Nous avons également besoin de structures gouvernementales fiables. Les entreprises doivent avoir la certitude que l’exécution des contrats est garantie, que les contrats lient effectivement les parties. Il y a ainsi beaucoup de paramètres à prendre en compte, mais l’un des défis les plus importants, en Afrique, reste la corruption. Et des rapports récent révèlent que c’est dans les infrastructure que sévit le plus cette corruption. Alors oui, bien sûr, les investisseurs privés ont peur.

 

Ces risques sont réels, mais au delà, quel est le niveau d’appétit du secteur financier pour ces projets d’infrastructures ?

Il y a un appétit lorsque les risques sont faibles. On voit déjà des banques commerciales s’engager sur des prêts à des investisseurs d’infrastructures. Mais il y a d’autres opportunités qu’on peut explorer. Malheureusement, les risques rendent ces opportunités peu opérantes. Il y a par exemple un faible niveau d’implication des fonds de pension dans le domaine des infrastructures. Une fois de plus, ils sont frileux du fait des risques associés à ces investissements. Il y a aussi des opportunités comme celles qu’offre le private equity. Le secteur est encore à ses tout début en Afrique mais on le voit croître. Il faudrait définitivement explorer ce domaine. Aussi, nous avons des possibilités comme les emprunts obligataires dédiés aux infrastructures. Des pays comme le Kenya l’ont essayé, mais nous avons du mal à voir un vrai décollage de ce types d’obligations dans la région. Nous avons enfin la catégorie des fonds infrastructurels dans lesquels les institutionnels peuvent investir pour soutenir le développement des infrastructures. Toutes ces opportunités sont encore à des phases très initiales.

 

Finalement, quels marchés présentent les risques les plus faibles ?

Nous mettons un accent sur des pays qui offrent une facilité d’accès aux financements, mais surtout, nous vérifions si les gouvernements peuvent rembourser. La façon la plus simple de le savoir est de lire ce qu’en pensent les agences de notations notamment Moody’s, S&P et Fitch Ratings. Nous vérifions ce qu’elles en pensent et si elles estiment que ces pays sont susceptibles de faire défaut ou pas. Sur cette base, la plupart des pays africains ont des profils de pays à risques élevés. Nous avons très peu de pays qui ont un profil de haute qualité d’investissement. En dehors de l’Afrique du Sud, il y a le Maroc ou encore l’Île Maurice. Malheureusement de nombreux pays africains sont dans les catégories spéculatives ou très spéculatives et cela rend le financement dans ces pays onéreux. Nous observons toutefois les espaces économiques plus larges, qui sont en phase d’intégration, ou bien de vastes pays comme le Nigéria.

Interview réalisée par Moneyweb pour RMB et traduit de l’anglais par Idriss Linge

 

 

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