Les futurs grands eldorados africains du gaz (3e partie) : le Mozambique se prépare à décoller

Les futurs grands eldorados africains du gaz (3e partie) : le Mozambique se prépare à décoller

(Ecofin Hebdo) - Dans le secteur des hydrocarbures en Afrique, on les appelle les nations émergentes. Depuis quelques années, les découvertes de gaz qui se multiplient sur leurs territoires, les préparent à un destin de grands exportateurs. Il s’agit notamment du Sénégal, de la Mauritanie et du Mozambique. Début des années 2010, les grands travaux d’exploration de l’offshore mozambicain ont accouché d’une dizaine de découvertes géantes de gaz naturel. Ces réserves logées dans le bassin de Rovuma affichent plus de 5000 milliards de mètres cubes de gaz récupérable. Un potentiel qui, selon le FMI, entraînera une croissance économique moyenne de 24% par an, entre 2021 et 2025, et fera rapidement entrer ce pays pauvre dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire.

 

Neuvième plus importante réserve de gaz naturel du monde

5000 milliards de mètres cubes. C’est la taille des réserves de gaz naturel découvertes dans le pays entre 2010 et 2013. Pendant cette période, le pays a accueilli deux grands programmes de forages conduits par la société texane Anadarko et un consortium dénommé MRV, composé du producteur public italien Eni, d’Exxon Mobil et du chinois CNPC. Ceci, respectivement dans les blocs extracôtiers 1 et 4 du bassin de Rovuma en offshore.

Cela correspond aux neuvièmes plus grandes réserves de gaz du monde. A titre de comparaison, le pays contrôle la moitié des réserves gazières des Etats-Unis, actuellement premier producteur mondial du combustible.

A titre de comparaison, le pays contrôle la moitié des réserves gazières des Etats-Unis, actuellement premier producteur mondial du combustible.

Le bloc 1 abrite au moins 60% des réserves totales. Anadarko qui l’opère vient d’y céder ses 26,5% de parts au groupe français Total. Les autres partenaires sont la société publique mozambicaine des hydrocarbures, ENH (15%), Mitsui E & P (20%), ONGC Videsh (16%), Bharat PetroResources (10%), Oil India 4% et PTTEP (8,5%). Pour ce qui est du bloc 4, il est opéré à 70% par le consortium MRV. Les autres parties prenantes sont Galp, KOGAS et ENH qui possèdent chacune un intérêt de 10%.

 

Mozambique LNG

Les compagnies engagées sur ces blocs et l’Etat ont convenu de monétiser les ressources en les transformant en gaz naturel liquéfié (GNL). Le projet de Total dénommé Mozambique LNG aura une capacité de 12,88 millions de tonnes par an (Mtpa), à partir de deux trains de liquéfaction. Des discussions sont en cours pour rendre cette capacité extensible à 50.

Récemment, la société française a fait savoir qu’elle envisage d’ajouter deux autres trains supplémentaires à l’usine, en raison des « larges réserves en place ». Cela devrait impliquer une augmentation de la capacité nominale prévue de l’installation. Mais pour l’instant, Total indique qu’il ne s’agit que d’un simple projet. Des mises à jour devraient être publiées dans les prochaines semaines à ce sujet.

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Des accords de vente de plus de 90% de cette production future de GNL ont déjà été conclus.

 

Mozambique LNG, qui sera le premier projet de liquéfaction du pays, permettra la mise en valeur des champs Golfinho et Atum. Si le gaz sera extrait en offshore, l’usine de liquéfaction, elle, sera située à Palma, un petit village de pêcheurs du nord du pays, à une quarantaine de kilomètres des zones d’extraction.

Au total, des accords de vente de plus de 90% de cette production future de GNL ont déjà été conclus avec, principalement, des consommateurs asiatiques et européens. Le reste sera consacré à la satisfaction des besoins domestiques et régionaux.

Au total, des accords de vente de plus de 90% de cette production future de GNL ont déjà été conclus avec, principalement, des consommateurs asiatiques et européens. Le reste sera consacré à la satisfaction des besoins domestiques et régionaux.

Les accords de vente du GNL ont ouvert la voie à la prise de la décision finale d’investissement le 18 juin dernier. Avec de nouveaux investissements attendus de 25 milliards de dollars, Mozambique LNG sera la plus lourde réalisation de l’industrie en Afrique subsaharienne, tant dans le pétrole que dans le gaz.

2Filipe Nyusi

Mozambique LNG représente un investissement de 25 milliards $ !

 

« C'est le plus important investissement direct étranger de l'histoire de notre pays », s’est ravi le président Filipe Nyusi, après l’annonce.

 

Coral South FNLG

Deuxième projet prévu de liquéfaction de GNL du Mozambique, Coral South FLNG sera, contrairement à Mozambique LNG, situé en mer avec une capacité de 3,4 Mtpa. Il s’appuiera sur une base de 5 Tcf de gaz naturel dans des profondeurs d’eau de 2000 mètres, à 80 km de Palma, dans la province de Cabo Delgado (nord).

Le projet de GNL du bloc 4 entrera en production en 2024, après celui du bloc 1. L’ensemble de la production sur place sera vendu au groupe britannique BP qui se chargera de l’écouler sur les marchés asiatique et européen. Au premier trimestre de l’année, Maputo a validé le plan de développement du site, soumis par Exxon Mobil et ses partenaires. Pour Ernesto Max Tonela, l’actuel ministre de l’Energie du pays, c’est une avancée de plus dans la réalisation des ambitions gazières du gouvernement. La décision a ravi Liam Mallon, président d'ExxonMobil Upstream Oil & Gas, qui a affirmé que « l’approbation du plan de développement marque une autre étape importante vers une décision d'investissement finale […] Exxon continuera à travailler avec le gouvernement pour maximiser les avantages à long terme que ce projet apportera au peuple mozambicain ».

Pour faciliter une meilleure redistribution de la manne gazière qui proviendra de l’exportation du GNL, ExxonMobil et ses partenaires s’engagent à impliquer pleinement la main-d’œuvre locale dans la chaîne de valeur en amont.

Pour faciliter une meilleure redistribution de la manne gazière qui proviendra de l’exportation du GNL, ExxonMobil et ses partenaires s’engagent à impliquer pleinement la main-d’œuvre locale dans la chaîne de valeur en amont.

Selon la firme d’analyse et de conseil britannique Wood Mackenzie, en cas de décision finale d’investissement avant fin 2019 pour Coral South, les deux projets seront les 2e et 3e plus importants du domaine, cette année, après Arctic LNG-2 en Russie.

Il faut dire que les perspectives s’annoncent encore plus intéressantes. En octobre 2017, l’ex-ministre de l’Energie, Leticia Klemens, avait affirmé qu’avec les plans de développement prévus après le démarrage de la production entre 2023 et 2024, les réserves de gaz naturel dont regorge son pays devraient doubler. Les nouvelles réserves devraient être logées dans les autres régions explorées du pays, dont le plus important, le Zambèze, possède un potentiel non négligeable, selon les premières études géologiques.

 

Une place dans le Top 5 des plus gros exportateurs de GNL

Selon une étude indépendante de la banque sud-africaine Standard Bank, entre 2023 et 2024, avec le début de la production de GNL, le Mozambique pourrait bousculer la hiérarchie et entrer directement dans le Top 5 des plus gros exportateurs mondiaux de GNL. La production nationale serait alors de plus de 15,2 Mtpa.

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A la clé, une place dans le top 5 des exportateurs mondiaux de GNL.

 

Pour arriver à ce résultat, il faudra attirer entre 27 et 32 milliards de dollars d'investissements qui permettront de monétiser 2,6 milliards de pieds cubes de gaz par jour. Fin 2024, ces investissements ajouteront entre 15 et 18 milliards de dollars par an au produit intérieur brut du pays, poursuit l’étude.

Fin 2024, ces investissements ajouteront entre 15 et 18 milliards de dollars par an au produit intérieur brut du pays, poursuit l’étude. 

Il convient de noter que le Top 5 des plus grands exportateurs mondiaux de GNL est composé, dans l’ordre, de l’Australie, du Qatar, des Etats-Unis, du Canada et de la Malaisie.

Une autre simulation menée par Wood Mackenzie montre que le Mozambique produira 6 % du GNL mondial, lorsque ses projets arriveront à pleine puissance, au milieu de 2027.

Si les deux projets mozambicains de GNL démarrent avant le 7e train de liquéfaction de Nigeria LNG et atteignent leur pleine puissance, le Mozambique surclassera le Nigeria, actuel plus grand exportateur africain de GNL avec 22 Mtpa. Le projet du 7e train de liquéfaction au Nigeria est prévu pour porter la production nigériane de 22 à 30 Mtpa et nécessite un investissement de 10 milliards de dollars.

Le Nigeria a quitté le Top 5 des pays exportateurs de GNL en septembre dernier. Le pays qui se disputait, depuis plusieurs années, les 4e et 5e places du classement avec l’Indonésie s’y est fait surclasser par les Etats-Unis et la Malaisie. Les Etats-Unis ont augmenté leurs exportations et contrôlent actuellement 10% des parts du marché. La Malaisie, quant à elle, s’est retrouvée à ce niveau grâce au lancement de nouveaux projets.

 

Quels gains pour le Mozambique ?

Le gouvernement mozambicain mise sur les futures exportations de gaz naturel pour transformer l’économie qui demeure l’une des plus faibles au monde. Outre les bénéfices générés par les participations de la société publique des hydrocarbures (ENH), Tonela, a déclaré que le pays encaissera plus de 80 milliards de dollars de taxes sur la durée de vie des deux projets, en fonction des premières capacités prévues.

WoodMac précise que le gouvernement empochera au moins 3 milliards de dollars en taxes chaque année. Dans ce cas, les revenus des caisses publiques seront multipliés par deux.

WoodMac précise que le gouvernement empochera au moins 3 milliards de dollars en taxes chaque année. Dans ce cas, les revenus des caisses publiques seront multipliés par deux.

S’appuyant sur ces chiffres, la direction du Trésor français a souligné, dans une note de décembre 2017 que « le Mozambique accéderait rapidement au rang de pays à revenu intermédiaire alors qu’il compte aujourd’hui parmi les plus pauvres au monde ».

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Une économie qui devrait se multiplier par 9 en 15 ans.

 

« Les retombées économiques seront importantes et la construction des unités de production, qui durera plus d'une décennie, sera une source significative d'emploi et de formation pour les Mozambicains », soulignent les analystes de Global Data, société britannique de conseil et d'analyse de données énergétiques. Les deux installations initiales de production devraient entraîner la création de près de 20 000 emplois directs.

Les deux installations initiales de production devraient entraîner la création de près de 20 000 emplois directs.

Selon les prévisions du FMI, une fois que la production de GNL aura atteint son plus haut niveau en 2028, avec l’entrée en service de la dernière usine de liquéfaction, la croissance réelle du PIB va se fixer entre 3 et 4%. L’institution de Bretton Woods prévoit surtout une forte reprise de l'activité économique en 2023, où le pays devrait connaître une croissance économique à deux chiffres. Elle sera stimulée par les premières exportations de GNL et les efforts de reconstruction après les deux cyclones qui ont récemment frappé le pays. En 2019, la croissance économique n’était que de 2,1%.

Une étude parallèle de Standard Bank s’attend à ce que la taille de l’économie locale soit multipliée par 9, d’ici 2035.

En novembre dernier, le FMI a exhorté le pays lusophone à construire des institutions plus fortes pour s'assurer que les revenus de tels projets transforment la vie des Mozambicains, en jouant un rôle significatif dans le développement durable et la réduction de la pauvreté.

Le pays compte 30 millions d’habitants avec une croissance démographique de 2,61% par an et un PIB de 12,33 milliards de dollars en 2017.
Une étude parallèle de Standard Bank s’attend à ce que la taille de l’économie locale soit multipliée par 9, d’ici 2035.

 

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05/11/2019 - Les futurs grands eldorados africains du gaz (2e partie) : cas de la Mauritanie

23/10/2019 - Les futurs grands eldorados africains du gaz (première partie) : cas du Sénégal

 

Olivier de Souza

 olivierdesouza

 

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