Agence Ecofin
Yaoundé - Cotonou - Lomé - Dakar - Abidjan - Libreville - Genève

FINANCE CLIMAT

« Les pays qui structurent leurs interventions n’ont jamais eu autant d’opportunités en termes de finance climat », Seyni Nafo

« Les pays qui structurent leurs interventions n’ont jamais eu autant d’opportunités en termes de finance climat », Seyni Nafo
  • Date de création: 08 octobre 2021 14:55

(Agence Ecofin) - L’impact global de la Covid-19 s’est ressenti sur l’ensemble des secteurs de l’économie globale et la pandémie a pesé lourdement sur les économies africaines, reléguant l’urgence climatique au second rang. Mais aujourd’hui, les politiques de relance offrent de réelles opportunités à l’accélération de l’action climatique sur le continent. L’Ambassadeur Seyni Nafo explique, à l’Agence Ecofin, comment l’Afrique peut tirer pleinement parti de ces opportunités. 

Agence Ecofin : Nous constatons les impacts de la Covid-19 sur l’Afrique et le monde. Vous attendez-vous à ce que la pandémie ait une incidence sur les négociations et l’action climatique en général ?

Seyni Nafo : L’impact du Covid a été à la fois négatif et positif : comme toute crise, défis et opportunités s’entremêlent. Dans une majorité de nos pays, la Covid n’a pas (encore) donné lieu à une crise pandémique de grande ampleur en termes de santé publique comme dans d’autres régions du monde (Europe en tête), à une ou deux exceptions près. En dépit de cette accalmie relative sur le front sanitaire, les impacts économiques ont été partout sévères, voire durables. Nous avons d’abord assisté à une réduction drastique des rentrées fiscales due à de multiples facteurs, dont une baisse significative du prix des matières premières (agricoles et énergétiques) et des transferts des diasporas. La dégringolade des monnaies locales, renchérissant le coût des importations, et son corollaire l’inflation, sont une grave menace pour la relance économique. Dans ces conditions, la pandémie et ses répercussions sont désormais la priorité de la plupart des gouvernements, au détriment parfois des enjeux climatiques.

AE : Vous parliez tantôt d’opportunités. Quelles sont-elles ?

Pour les points positifs, deux faits à l’international ont marqué notre intérêt. La première est le niveau d’injection de liquidités historique enregistré à l’échelle mondiale. Si je ne me trompe pas, ce sont plus de 17 000 milliards $ qui ont été injectés dans l’économie mondiale. Il n’y a jamais eu autant de liquidités, ce qui confirme la disponibilité, quasi-illimitée, de la ressource financière dans un système monétaire global reposant de fait sur la simple volonté politique. Le FMI a rejoint les festivités en émettant un montant record de Droits de Tirages Spéciaux (DTS) équivalent à près de   650 milliards de dollars US. Plusieurs Chefs d’États africains, notamment ceux de la RDC, du Sénégal et de l’Afrique du sud œuvrent pour que l’Afrique perçoive une part plus importante, de ces financements. 

« Il n’y a jamais eu autant de liquidités, ce qui confirme la disponibilité, quasi-illimitée, de la ressource financière dans un système monétaire global reposant de fait sur la simple volonté politique.»

La deuxième opportunité est le retour des États-Unis dans l’Accord de Paris suite à l’élection du Président Biden. Ce dernier a d’ailleurs fait du climat un enjeu stratégique de 1er ordre, intégrant financement, diplomatie et sécurité. La nomination de son Haut Représentant pour le Climat en la personne de l’ancien Ministre des affaires étrangers du Président Obama, et l’organisation d’un Sommet Climat mondial à la Maison Blanche –première historique - moins de 100 jours après sa prise de fonction, ont envoyé un signal politique des plus forts sur ses ambitions climatiques.  

Seyni Nafo 1

« Le groupe des négociateurs africains apporte d’ailleurs son expertise aux États qui le sollicitent. »  

La nouvelle position américaine a des effets dans tous le système multilatéral et international. Cela se ressent dans l’ensemble des institutions financières internationales, et même en Chine, puisque le Président Xi a, dans la foulée, nommé en retour son Haut Représentant pour le climat. Le FMI s’est engagé à intégrer le risque climatique dans ses évaluations macroéconomiques lors de ses consultations périodiques (sous son Article 4) afin de mesurer pleinement et atténuer les impacts dans la planification du développement. Finalement le développement durable et le climat sont systématiquement évoqués comme objectif stratégique à part entière dans les plans de relance économique.

Tout ceci représentant autant d’opportunités pour mobiliser davantage de ressources pour nos pays, tant au niveau bilatéral et multilatéral, que sur les marchés financiers ou auprès du secteur privé. 

AE : Comment s’organiser pour saisir cette opportunité ?

SN : Les pays qui se structurent n’ont jamais eu autant d’opportunités qu’aujourd’hui en termes de finance climat. Les pays comme le Ghana, le Bénin, le Kenya, le Sénégal ou encore le Maroc le démontrent bien par leurs récentes levées de fonds.

Le groupe des négociateurs africains apporte d’ailleurs son expertise aux États qui le sollicitent pour les accompagner dans ce processus. Nous les conseillons dans l’élaboration des plans de relance avec les institutions de Breton Woods en y intégrant la question climat. Cette intégration se fait tant au niveau macroéconomique que sectoriel (agriculture, eau, énergie, urbanisme, etc.). Nous mettons également notre expertise à disposition dans la formulation des plans d’investissement destinés au climat et à l’économie verte et la mobilisation des ressources nécessaires à leur exécution. 

Cela fait d’ailleurs partie de la transformation du groupe africain, amorcé en 2015, sur instruction des Chefs d’État. Ces derniers requerraient de privilégier, au même titre que les négociations multilatérales, l’assistance technique à la mise en œuvre des politiques, programmes et projets d’action sur le terrain, et la mobilisation des ressources en termes de capacité, de technologie et de financement. En effet, le Groupe réuni plus d’une centaine d’experts multidisciplinaire de haut niveau, souvent de rang mondial, dans tous les domaines liés à la problématique climatique.

Nous explorons différentes modalités pratiques pour faciliter la mise à disposition de cette expertise exclusivement africaine au service, non seulement des gouvernements, mais également à l’ensemble des partis prenantes pertinentes. Nous accompagnons ainsi également les collectivités territoriales, le secteur privé et les organisations de la société civile. La formulation des programmes et projets, la mobilisation des ressources, l’exécution, le suivi et l’évaluation, étant les composantes clés d’une mise en œuvre pleinement réussie sur le terrain.

AE : Quand on promet les enveloppes, l’Afrique obtient moins de 10% des financements climatiques avec peu de résultats à la clé. Que faire pour tirer un parti optimal de cette reprise du momentum climatique ?

SN : Nous savons par expérience que la mobilisation des ressources est un travail extrêmement technique, une expertise à part entière, dévolue à des spécialistes. Dans le secteur privé par exemple, les banques d’investissement jouent par excellence ce rôle. Elles sont uniquement là pour mobiliser les ressources pour les secteurs privé et public à travers toute une ingénierie financière, juridique, voire économique et fiscale afin d’optimiser les montages financiers. Il nous faut adopter une démarche similaire : concevoir la banque d’investissement pour le climat en respectant, en plus des dispositions habituelles, les objectifs, dispositions, et règlementations propres à la problématique climatique.

Les opportunités sont presque infinies puisque la question climatique couvre tous les aspects de la transformation de nos économies. Elle intègre entre autres les infrastructures physiques de base, les écosystèmes et territoires, la mobilisation et le renforcement de nombreuses capacités, la domestication et l’innovation technologies, etc. 

« Les opportunités sont presque infinies puisque la question climatique couvre tous les aspects de la transformation de nos économies.»

Nous devons structurer notre réponse sur le continent. Le financement existe certes, mais les institutions qui les offrent, même les philanthropiques, ont des règles et procédures spécifiques, très souvent en anglais d’ailleurs. Il nous faut donc un rehaussement du niveau technique, d’où l’appel à l’émergence du modèle banquier d’investissement pour le climat.

Dans la finance climat, cette mise à niveau est une condition sine qua non. Il nous faut ces nouvelles compétences. Les pays qui ont investi dans ce chantier-là sont en tête en termes de mobilisation de ressources financières. Voilà pourquoi le grand défi pour le groupe africain est d’assister nos pays à mobiliser tout d’abord et à développer ces compétences.

AE : De quels types de compétences pensez-vous que le continent aura besoin pour répondre au mieux à l’urgence climatique en termes de mobilisation et d’utilisation efficiente des ressources ?

SN : Lorsqu’un pays émet des obligations vertes par exemple, le ministère des Finances coordonne l’opération. Mais il a besoin de travailler en intelligence avec son homologue chargé du Climat, dans le ciblage des interventions afin d’assurer l’alignement sur les priorités nationales définies au préalable par le biais des CDN. Le climat n’est plus donc seulement une question d’environnement, c’est désormais un enjeu de développement, durable.

Les questions climatiques sont transversales et touchent des domaines aussi variés que complexes tels que la planification du développement, la sécurité nationale, la décentralisation, l’innovation technologique, l’assistance humanitaire, etc. Il est donc primordial d’adopter des approches systémiques couvrant l’ensemble des secteurs, des territoires et surtout des parties prenantes. La seule perspective environnementale est insuffisante pour appréhender pleinement le défi, et encore moins le relever. Seule une mise en synergie intelligente des compétences et des ressources nous permettra de conjurer la menace climatique, et ses impacts déjà ravageurs, en opportunité de création de richesse, de transformation économique et développement durable.  

Gwladys Johnson Akinocho 


Gwladys Johnson Akinocho

Banner LNG Gestion et Economie

 
FINANCE

Journée Ecobank 2021 : Ecobank Côte d’Ivoire s’engage en faveur des personnes atteintes de maladie mentale

Ecobank CI : « seulement 25 à 30% de nos transactions continuent de se faire dans les agences », Paul Harry Aithnard

Asante, la fintech axée sur les PME africaines lève 7,5 millions $ pour s’étendre au Rwanda et au Nigeria

United Bank for Africa a traîné Credit Suisse en justice, au sujet du scandale du Mozambique

 
AGRO

Le négociant russe Demetra livre une cargaison de 60 000 tonnes de blé à l’Algérie

Ouganda : le commerce illicite d’alcool a explosé entre 2017 et 2020

Liberia : l’exécutif signe un accord de 40 millions $ avec la Banque mondiale au profit de la pêche

Côte d’Ivoire : la production d’anacarde est estimée à 1 million de tonnes en 2021

 
ELECTRICITE

Eswatini : Frazium Energy construira la plus grande unité de stockage pour une centrale solaire en Afrique (100 MW)

Ghana : 2 milliards $ ont été investis dans les énergies renouvelables en 10 ans

La start-up Energy Clever remporte l'étape camerounaise du concours EDF Pulse Africa Tour

Salon de l’énergie d’Abidjan : les énergies renouvelables, « moteurs du développement en Afrique » (BAD)

 
HYDROCARBURES

Transition énergétique : le Gabon mise sur la prise en main du secteur pétrolier par les entreprises locales

Gabon : récemment découvert, le puits de pétrole DTM-7H entre en production

Libye : le ministre du Pétrole fait à nouveau suspendre le patron de la NOC

Le Nigeria dissout trois agences de régulation du secteur pétrolier

 
MINES

Côte d’Ivoire : la montée en puissance de Yaouré soutient à nouveau la hausse de la production d’or chez Perseus Mining

Mali : Roscan Gold lance un programme de forage de 16 000 m au projet aurifère Kandiolé

Angola : Catoca nie tout déversement « toxique » de résidus miniers dans les rivières congolaises

De Beers enregistre des revenus en baisse pour le cycle 8 de ventes de diamants bruts

 
TELECOM

Telecom Egypte et Nokia renouvellent leur partenariat dans l’Internet des Objets

Via sa fibre optique d’Afrique de l’Est et de l’Ouest, Liquid Intelligent Technologies a relié les USA à l’Asie

Le Mozambique veut apprendre de l’Angola pour développer sa stratégie spatiale

Au Better World Summit 2021, Huawei s’engage pour une industrie des TIC plus verte

 
TRANSPORT

Guinée : reprise des services ferroviaires du train express de Conakry

Côte d'Ivoire : le trafic aérien connaît une forte baisse en 2020

Le Bénin et le Nigeria vont renforcer les instruments juridiques de leur coopération

Ghana : le Japon alloue une subvention de 35,5 millions $ pour financer des routes dans la capitale et le centre du pays

 
ENTREPRENDRE

Comment Anyoti Peronaci exporte des produits agricoles de l’Ouganda vers l’Occident

Au Bénin, Constant Ayihounoun promeut une agriculture durable avec des engrais bio

Lyn Kerubo, 16 ans et fermière au Kenya

Virunga Origins, du chocolat contre la guerre à l’Est de la RDC

 
ECHO

63,89% des 767 milliards USD échangés par mobile money dans le monde en 2020 étaient en Afrique subsaharienne

Production cotonnière au Bénin : l’évolution sur la décennie 2010-2020

Avec du papier, l’Ivoirienne Mylène Amon réalise des tableaux d’art

Trike, le projet de pendulaire du Nigérien Nouhou Green

 
FORMATION

Le fonds de réserve de l’université de Harvard dépasse les 50 milliards $

La BVMAC annonce la création d’une école de la bourse au Cameroun

Niger : 382 jeunes femmes formés dans plusieurs métiers dans la région de Zinder

Sikul, la plateforme gabonaise veut introduire l'e-learning au pré-primaire et au primaire.

 
COMM

Afrique : SportyBet devient le premier partenaire officiel du Real Madrid sur le continent

Du nouveau dans les statistiques Instagram

Ghana : le régulateur invite le gouvernement à remplacer la redevance TV par une taxe sur les médias

Sportfive obtient les droits médias et de sponsoring des Jeux africains de 2023 et 2027

Enveloppe
Recevez votre lettre Ecofin personnalisée selon vos centres d’intérêt

sélectionner les jours et heures de réception de vos infolettres.

Classement des pays d’Afrique selon le niveau de digitalisation des services publics (2020)

InfographieTech classement pays africain niveau digitalisation services publics