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Louis Paul Motazé : «Il vaut mieux laisser d’abord l’activité se créer et percevoir les recettes plus tard.»

  • Date de création: 13 mars 2016 13:48

(Agence Ecofin) - Le ministre camerounais de l’Economie, Louis Paul Motazé , a développé sa vision du développement économique et de l’investissement, dans le magazine Investir au Cameroun de ce mois de mars 2016. Extraits.

Investir au Cameroun : A votre avis, pourquoi est-il si difficile de lutter contre les lenteurs administratives, qui freinent par exemple l’industrialisation du pays ?

Louis Paul Motazé : Je vais vous raconter une anecdote qui va vous surprendre. L’année dernière au mois de mars, j’ai assisté, avec les ministres de l’Economie, à un forum à Genève. J’y ai rencontré un ancien Premier ministre de Bulgarie, je crois, qui était venu faire un exposé sur le Doing Business. Notamment sur les efforts que son pays avait fait à l’époque, pour gagner 40 points dans ce classement. Nous avons essayé de parcourir l’ensemble des décisions prises par ce pays à cette époque-là, et nous nous sommes rendu compte que le chef de l’Etat camerounais avait déjà pris ces mêmes décisions en 1990.

Notre chef de l’Etat avait déjà pris des décisions futuristes en 1990, avec le vent des lois sur les libertés, y compris sur la liberté des affaires, la liberté d’entreprendre. Par exemple, lorsqu’un opérateur économique sollicitait un agrément, au lieu d’attendre indéfiniment de l’obtenir, c’est l’administration qui avait un délai pour se prononcer. Passé ce délai, l’accord était tacite. Mais, qu’est-ce que l’administration a fait ? Elle n’a pas cru devoir s’arrimer à ces nouvelles décisions, au prétexte qu’elle risque de perdre son pouvoir.

Donc, nous avons effectivement une administration qui est lourde, mais cela a également ses avantages. Cela permet, par exemple, de suivre et de respecter les procédures. Vous savez, quand il n’y a pas des procédures, c’est un peu la porte ouverte aux dérives. Mais, quand les procédures sont longues et rébarbatives, ça peut effectivement poser un certain nombre de problèmes.

IC : En 2013, une loi portant incitations à l’investissement privé au Cameroun a été votée par l’Assemblée nationale. Mais, si l’on en fait le bilan aujourd’hui, force est de constater que les avantages qu’elle induit sont accordés à des opérateurs économiques dont les projets ne sont toujours pas jusqu’ici implémentés…

LPM : Est-ce que vous savez que cette loi est critiquée ? Lors de son récent passage au Cameroun, Mme Lagarde, la DG du Fmi, a dit qu’il n’y a pas que cela à faire ! Depuis longtemps, le gouvernement a compris qu’il fallait prendre un certain nombre de mesures visant à inciter les investisseurs à s’installer au Cameroun et a, de ce fait, concocter la loi de 2013. Après, il y a un courant de pensée selon lequel le gouvernement a accordé trop d’avantages aux investisseurs dans le cadre de cette loi. Voilà ce qui est critiqué dans la loi de 2013 !

Bref, le gouvernement camerounais fait des efforts pour attirer les investissements dans le pays. Et dieu merci, cela commence à produire des résultats, puisque beaucoup de conventions ont déjà été signées dans le cadre de cette loi. Des entreprises s’installent et il est question d’en attirer davantage.

Pour ce qui est de cette loi, nous nous sommes dit qu’au lieu de percevoir les recettes dès le départ, ce qu’on appelle la fiscalité de porte, il vaut mieux laisser d’abord l’activité se créer et percevoir les recettes plus tard. C’est un modèle qui a fait ces preuves ailleurs, notamment dans des pays tels que Dubaï ou encore l’île Maurice.

L’autre modèle c’est de se dire, surtout à l’heure actuelle où les prix des matières premières (dont le pétrole) sont en baisse, qu’il faut davantage mobiliser les recettes non pétrolières, parmi lesquelles ont retrouvent les impôts et les taxes. Ce modèle a également ses défenseurs, parmi lesquels Mme la DG du Fmi, puisque c’est cette thèse qu’elle a défendu lors de sa visite au Cameroun.

Ces deux modèles ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients. Mais, au Cameroun nous avons besoin d’attirer les investisseurs. Maintenant, peut-être qu’il est important d’améliorer le ciblage des bénéficiaires de cette loi, parce que l’inconvénient d’avoir quelque chose de général est que tout le monde peut en bénéficier, y compris ceux qui n’en n’ont forcément pas besoin.

IC : Vous semblez toujours optimiste lorsque vous évoquez la question des APE entre le Cameroun et l’Union européenne. Qu’est-ce qu’il y a de positif dans ces accords, alors que le Cameroun va ouvrir à 80% ses frontières aux produits des pays nettement plus industrialisés ?

LPM : Vous savez, je pense qu’il faut être positif dans la vie. Au lieu de pleurer ou de critiquer, je pense que le mieux pour nous est de nous poser la question de savoir ce qu’on va tirer des APE. On n’a pas suffisamment dit que les 80% dont vous parlez sont progressifs. Il y a un calendrier de démantèlement. Et je crois me rappeler que la première phase de ce démantèlement concerne les produits qui sont importants pour nous, notamment les équipements, qui serviront à moderniser notre économie.

Si aujourd’hui vous apprenez, par exemple, que vous pouvez acheter un véhicule qui coûtait 30 millions, à 12 millions de FCfa parce que les frais de douane ne s’appliquent plus, dites-moi si c’est une mauvaise ou une bonne chose ! Les premiers produits qui vont faire l’objet de libéralisation ne sont pas des produits qui entrent en concurrence avec les produits fabriqués localement. Ce sont davantage des produits qui vont nous aider à mieux fabriquer les nôtres.

Donc, il vaut mieux se dire que les APE, comme toute médaille, ont leur revers, mais intéressons-nous au bon côté de la médaille. Plus nous allons bien exploiter les APE, parce que nous allons importer à moindre coût des équipements qui nous coûtent jusqu’ici trop cher à l’importation, plus nous deviendrons compétitifs.

Le second avantage des APE c’est l’ouverture des marchés. Nous avons des choses à vendre. Et l’Union européenne se propose de nous ouvrir son marché sans contingentement. De ce point de vue, le problème est que c’est notre production qui risque d’être insuffisante alors que des marchés nous sont ouverts. Comme l’Agoa avec les Américains, les APE sont une possibilité qui nous est offerte d’exporter.

Ma conviction, c’est qu’aucun pays au monde ne s’est développé en s’enfermant derrière les barrières douanières. Si vous en voyez un, montrez-le moi ! J’ai presqu’envie de vous dire qu’ailleurs, la douane n’est pas tellement considérée comme une source de recettes. La douane est considérée comme un instrument de politique industrielle.

Propos recueillis par BOD et BRM

Télécharger ici le magazine Investir au Cameroun


 
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