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Dodji Aglago, CEO Mobile Labo : « Nous voulons que le prochain Einstein soit Africain »

  • Date de création: 26 janvier 2019 17:49

(Agence Ecofin) - Il a été propulsé au-devant de la scène nationale et internationale l’année dernière avec le prix de l’entreprise la plus innovante dans le domaine de l’éducation en Afrique et depuis, il est devenu un acteur majeur de la question de la promotion des sciences au Togo. Son entreprise, « Mobile Labo », couplée à son association, « Les Archimèdes » s’est donnée pour mission de révolutionner l’apprentissage de la science et de dénicher, ambitieux vous en conviendrez, le prochain Einstein sur le continent. Togo First est allé à la rencontre de Dodji Aglago, qui a bien voulu revenir sur ses motivations, son parcours et ses ambitions. Interview.

Togo First : Qui est Dodzi Aglago ?

Dodji Aglago : C’est un jeune entrepreneur à sa façon, directeur de la société Mobile Labo, une entreprise spécialisée dans la conception et la vente des matériels d’expérimentation. Je suis acteur de l’éducation scientifique et je préside une association dénommée Les Archimèdes. Sur le plan international, je représente au Togo le « Next Einstein Forum », une initiative de l’Institut Africain de Sciences mathématiques, qui veut que le prochain Einstein soit Africain. Donc j’ai pour rôle de mon côté, de tout faire pour que  le prochain Einstein soit Togolais.

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Ensuite, je représente également pour le compte de l’Onu, le point de contact du Togo, du Spécial Generation  Advertising Council, une organisation qui œuvre pour les sciences spatiales. Ils disposent de points focaux au sein de chaque pays et je suis celui qui assure cette fonction au Togo.

TF : Intéressons-nous à Mobile Labo et aux Archimèdes. Que faites-vous concrètement ?

D.A : Mobile Labo œuvre dans la conception de matériels d’enseignement des sciences en général comme la physique, la chimie, la géologie, la géographie, la médecine, les mathématiques ou encore l’informatique. On s’attelle à monter les circuits électriques et électroniques afin de montrer aux élèves comment on peut produire de l’énergie, comment à partir de telle substance, on peut produire des réactions chimiques. Nous concevons des supports d’expérience chimique. On travaille sur des cartes géographiques, des espèces biologiques, des roches, bref tout ce qui peut être scientifique et peut aider l’apprenant à mieux assimiler son cours, mais en misant fortement sur la pratique.

« Les Archimèdes », par contre, c’est l’association qui accompagne Mobile Labo et qui regroupe des jeunes scientifiques de formation, qui œuvrent pour la promotion et la vulgarisation des sciences ainsi que la formation des meilleures élites scientifiques de notre pays.

TF : Comment est née l’idée de monter Mobile Labo ?

D.A : L’idée de monter Mobile Labo est intimement liée à celle des Archimèdes et a commencé il y a quelques années, lorsque j’étais encore étudiant. Je suis physicien de formation. Après avoir obtenu mon premier diplôme en 2012 et quelques soucis relatifs à des cours de Master, je suis entré dans l’enseignement. Il ne m’a pas fallu longtemps pour observer plusieurs problèmes à corriger dans notre système éducatif. Et le principal était le manque, voire l’absence, de pratique, dans l’enseignement des matières scientifiques. Les cours étant essentiellement théoriques, pour la plupart. J’ai participé à la correction d’épreuves du baccalauréat, et j’ai observé les résultats catastrophiques en sciences physiques. Sur un lot de 200 copies que j’ai eu à corriger, seulement 25 élèves ont obtenu la moyenne. Pour des séries scientifiques, c’est assez problématique, quand on connaît la grande valeur des coefficients des matières scientifiques dans ces filières.

Les échecs qui en résultent, en plus de ruiner l’investissement des parents, minent le développement de nos pays, qui n’arrivent pas à produire suffisamment d’ingénieurs ou de scientifiques.  

Dans des conditions normales, les cours de sciences physique, par exemple, devraient s’appuyer sur des expériences.

TF : C’est à dire, concrétement ?

D.A : Montrer aux enfants ce qu’est un circuit électrique, comment une pile ou un générateur alimente le circuit pour allumer la lampe, est plus bénéfique et mieux pédagogique que l’explication littéraire qui se fait généralement. L’élève apprend mieux, vite et ne risque pas d’oublier de sitôt, parce qu’ayant touché du doigt le mécanisme.

Pour donc pallier à ce problème, j’ai décidé de monter un laboratoire mobile. Lorsque j’ai commencé, je n’avais que ma moto et une simple caisse dans laquelle je mettais des matériels divers, et je me promenais d’école en école.

Il faut dire que beaucoup de chefs d’établissement étaient réticents à l’époque, et certains le sont encore, à me laisser faire des présentations aux élèves. Je demandais juste une demi-heure pour m’entretenir avec eux et je les laissais apprécier. La première victoire a été, lorsqu’après mes passages, les responsables m’ont rappelé et sollicité pour que je revienne réitérer ces brèves présentations qui emballaient les élèves et leur faisait prendre goût aux cours.   

Peu à peu, la demande est devenue importante et variée et j’ai atteint mes limites personnelles. Je vous l’ai dit, j’ai été formé en Sciences physiques. Il me fallait donc m’entourer de gens qui ont d’autres compétences, notamment en biologie, en géologie, en géographie, etc…

C’est ainsi qu’est née l’association « Les Archimèdes » et « Mobile Labo », un mix de diverses compétences qui se sont agrégées pour la vulgarisation de la science dans notre pays.

Plus tard, nous avons constaté que les matériels que nous utilisions nous coûtaient un peu plus parce qu’on les commandait en France. On s’est résolu, à un moment donné, à les fabriquer nous-mêmes, avec nos moyens. Et nous avons ouvert un atelier. 

TF : N’avez-vous pas bénéficié d’une aide extérieure, d’une subvention ou d’un fonds d’appui ?

D.A : En 2016, nous avons eu le soutien de Total Togo, via le concours Total Startupper de l’année que nous avons remporté.

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Ce succès nous a aidés à monter notre structure, et nous a ouvert des portes. Car dans le jury de ce prix, il y avait des membres du Faiej (Fonds d’aide aux initiatives économiques des jeunes, ndlr), que nous ne connaissions pas à l’époque.

Nous les avons rencontrés pour la première fois là-bas. Le jury posait toutes sortes de questions sur la comptabilité et la gestion, des questions auxquelles nous étions peu habituées en ce temps, n’ayant été formé que dans « nos » sciences. Ils ont été cependant emballés par notre présentation et notre projet, et nombreux nous ont félicité et remis leurs cartes de visite, dont Mme Céline Mivédor Gbadamassi Sahouda, la directrice du Faiej.

J’ai écrit à toutes ces personnes une fois rentré et Mme Mivédor a répondu très favorablement. Elle a convoqué à notre intention une grande réunion au siège du fonds, où j’ai mis pied pour la première fois et nous a présenté l’institution, ce qu’ils font pour la jeunesse. C’est là qu’est née la collaboration qui nous a permis de bénéficier d’un accompagnement technique du Faiej. Nous avons été outillés lors de formations techniques, sur l’élaboration d’un Business Plan, la gestion d’une entreprise, etc…

Donc oui nous avons bénéficié d’un accompagnement de la part du Faiej, et cela continue toujours aujourd’hui vu qu’ils nous suivent de près.

TF : Quels sont les succès que vous avez obtenus ?

D.A : Pour moi, le succès ne se résume pas qu’aux prix. Je ne les considère pas vraiment. Le premier succès pour moi et « Les Archimèdes » en général, est d’avoir concrétisé ma vision en démystifiant les sciences.

Que ce soit au niveau du ministère (en charge de l’éducation, ndlr), dans la sous-région ou maintenant en Afrique, lorsqu’on veut citer aujourd’hui des exemples de modèles de formation scientifique, on appelle Mobile Labo et pour moi, c’est une grande réussite.

Nous disposons aujourd’hui de 3 boutiques sur l’étendue du territoire, à  Lomé, Atakpamé et à Dapaong. Nous commercialisons du matériel pour l’enseignement scientifique, sous forme de kit et plus d’un demi-million d’élèves bénéficient de nos produits. Nous vendons et fournissons des services à des écoles, à des ONG dans le domaine de l’enseignement, à des parents d’élèves aussi. Bref, tous ceux qui tournent autour de l’éducation.

Maintenant pour pouvoir accompagner cette vision, on a remporté l’année dernière le 2ème Prix de l’entreprise la plus innovante en Afrique à Dakar avec l’Union Africaine, doté d’une enveloppe de 40 000 $. (Ndlr : lire https://togofirst.com/fr/education/0810-1755-la-start-up-mobile-labo-du-togolais-dodzi-agaglo-remporte-le-prix-africain-de-linnovation-dans-leducation).

Ces fonds vont nous permettre de quitter la production artisanale pour une production industrielle, pour ne plus seulement servir le marché togolais mais sous régional, voire africain pourquoi pas.

TF : Vous avez également représenté le Togo à Addis Abeba.

D.A : Pas seulement là-bas. Dans le cadre du Next Einstein Forum, et des initiatives de l’Union Africaine, nous avons pu partager ce que nous faisons et découvrir ce qui se fait ailleurs. Nous avons ainsi eu l'occasion d'aller présenter notre projet dans différents pays, grâce à notre prix, notamment à Lilongwe au Malawi, où il y a eu le sommet des dix chefs d’Etat « Champions en termes d'éducation sur le Continent ». A Addis, c'était dans le cadre d'un Forum d'entrepreneuriat sur le continent africain, Il faut noter d'ailleurs que dans le système anglophone, l'entrepreneuriat est très intégré au système scolaire.

TF : Mobile Labo aujourd’hui en chiffres, ça donne quoi ?

D.A : 10 laboratoires construits à Lomé et à l’intérieur, dans des écoles publiques comme privées, nationales comme internationales (Lycée Français, Cours Lumière...). Nos laboratoires, ce sont des salles construites, sécurisées, dotées d’équipements pouvant permettre aux élèves et aux enseignants de s’outiller un peu plus.

520 écoles ont bénéficié de nos kits. Ce sont les chiffres obtenus après les comptes effectués en janvier 2018. Nos kits sont un ensemble de matériels regroupés à partir duquel l’élève peut facilement retrouver en pratique ce qu’il a appris ou noté dans son cahier. 400 enseignants accompagnés ou avec qui on a des engagements pour utiliser nos gadgets et produits. Nous allons même travailler avec eux dans les écoles.

TF : Vos perspectives ?

D.A : Aller encore plus loin et faire en sorte que la science soit mieux comprise. Quant à nous, nous aimerions nous voir dans quelques années conquérir plusieurs pays d’Afrique, si ce n’est tout le continent ou que d’autres puissent s’inspirer de notre modèle. Et il faudra l’aide des autorités compétentes, ce que celles du Togo font déjà en nous permettant d’aller librement vers les écoles.

Interview réalisée par Octave A. Bruce et Renaud A. Dossavi


 
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