Agence Ecofin
Yaoundé - Cotonou - Lomé - Dakar - Abidjan - Libreville - Genève

Marc N’timon (EbliFoods) : « Il faut qu’on en finisse avec le système du trading import-export »

Marc N’timon (EbliFoods) : « Il faut qu’on en finisse avec le système du trading import-export »
  • Date de création: 22 août 2021 11:33

(Agence Ecofin) - Opérationnelle depuis 2019, la Société Industrielle de Transformation des Produits Agricoles Tropicaux (SITRAPAT) au capital de 200 millions FCFA, est une entreprise togolaise, transformatrice de maïs en produits dérivés vendus localement ou exportés vers les pays d’Afrique de l’ouest et de l’UE. Avec une production journalière moyenne estimée à 50 tonnes de semoule et de farine de maïs, son unité de transformation, montée de toutes pièces par les ingénieurs de Bühler et lancée début 2020, en pleine crise Covid-19, a attiré l’attention de Togo First qui est allé à la rencontre de son Directeur général, Marc N’timon. 

Togo First (TF) : Qui est Marc N’timon Fouyare, DG de la SITRAPAT et quel est son parcours ?  

Marc N’timon (MN) : Je suis Marc N’timon, promoteur de SITRAPAT, une société spécialisée dans la transformation pour l’instant du maïs. Elle a été créée en 2018 et se trouve à 35 km de Lomé à la sortie nord de la ville de Tsévié. 

1 EbliFoods

Sac de farine de maïs Eblifoods 2,5 kilos

S’agissant de mon parcours, je suis ingénieur agronome depuis plus de 20 ans. Une carrière qui m’a permis de travailler avec des paysans sur les questions liées à la santé des plantes et de me rendre compte de la grande place qu’occupe le maïs dans l’agriculture togolaise.

Cette céréale est cultivée en effet par plus de 2 millions de producteurs, qui cultivent chaque année près de 900 000 hectares. Nous avons donc mis en place cette unité de transformation pour d’abord soulager les paysans en ce qui concerne l’écoulement de leur récolte, ensuite pour répondre aux besoins de consommation des populations. 

TF : Les activités de votre industrie ont été lancées en plein coronavirus, une pandémie qui a freiné les économies et qui dure depuis bientôt 2 ans.  Quels ont été les impacts de cette situation sanitaire sur vos activités ? 

MN : L’usine a été construite alors qu’il n’y avait aucun signe de pandémie à l’horizon du coup le premier impact a été la date d’ouverture que nous avons dû reporter de 2 mois. Nous avons également dû détruire des tonnes de grits, faute d’achat parce que les activités des brasseurs avaient pris un sale coup. Néanmoins, nous continuons à tourner même si les restrictions ne sont toujours pas levées dans certains pays de la sous-région où nous livrons.

TF : Quelles transformations faites-vous concrètement avec le maïs ? 

MN : Pour l’instant nous transformons principalement le maïs en deux produits dérivés : la semoule, utilisée pour le brassage de la bière, et la farine, destinée à la consommation. Tous nos produits sortent sous le label ‘Eblifoods’, un mot qui vient de la jonction de “Ébli”, maïs en mina (langue parlée au sud du Togo, ndlr), et “Food” comme nourriture en anglais.

Notre produit phare est la semoule ou le grits. Il s’exporte principalement vers les brasseries de la sous-région qui nous font confiance, notamment la première brasserie du Bénin (SOBEBRA). Mais, malheureusement sur le plan national, nous n’avons pas encore de contrat avec les brasseries sur place, même si nous le souhaitons vivement. 

2 Marc Ntimon EbliFoods

« Notre priorité reste le respect des termes des contrats que nous avons signés avec les partenaires qui nous font confiance.»

Quant à la farine, elle est certes destinée à la consommation locale, mais nous exportons également vers d’autres pays comme le Ghana, le Niger, le Burkina et même au sein des pays de l’Union européenne. 

TF : Pour des produits de consommation encore très peu connus de la population togolaise, quelle stratégie marketing utilisez-vous pour la distribution ? 

MN : Nous travaillons avec des distributeurs qui disposent de réseaux de revendeurs sur le marché. Nous comptons ainsi plus de 300 points de vente à Lomé. Plusieurs actions sont entreprises sur le terrain avec des commerciaux pour porter davantage les produits vers d’autres marchés. La marque s’étend à d’autres localités à l'intérieur du pays. 

TF : Comment se comporte alors la demande de farine sur le marché local dans cette atmosphère de flambée des prix du maïs?

MN : Face à la flambée des prix des matières premières agricoles, nous avons gardé inchangés les prix de nos produits, avec l’idée de motiver les consommateurs à s'intéresser de plus en plus à ces derniers, surtout qu’ils sont nettement moins chers, comparés aux méthodes traditionnelles utilisées pour obtenir la farine.

Pour preuve, nous vendons 2,5 kg de notre farine à 1000 FCFA (1,53 euro, ndlr), alors qu’avec la même somme d’argent, vous n’avez que 1,8 kg après l’achat du maïs et sa mouture. Et pourtant, le marché reste encore capricieux selon ce que nous indiquent nos chiffres.

Nous ne faisons pour l’instant pas de marges, parce que le prix est passé du simple au double sur le marché. Dans de pareilles circonstances, nous avons décidé de ne pas faire marche arrière avec nos clients. Surtout que pour la semoule, nous avons déjà des contrats avec eux. Nous sommes conscients qu’il faudra honorer les termes des accords, peu importe ce qui se passe. Et c’est l’un des grands défis en entreprise : il faut assumer ses responsabilités. 

« Quant à la farine, elle est certes destinée à la consommation locale, mais nous exportons également vers d’autres pays comme le Ghana, le Niger, le Burkina et même au sein des pays de l’Union européenne.» 

Nous sommes sûrs de pouvoir faire des marges lorsque les prix vont descendre, mais ce n’est pas l’élément fondamental aujourd’hui. Notre priorité reste le respect des termes des contrats que nous avons signés avec les partenaires qui nous font confiance.¨

TF : Cette situation de respect des termes des contrats malgré les caprices des prix des matières premières ne vous encourage-t-elle pas à aller vers des contrats à terme sur les matières premières ? 

MN : Bien évidemment ! Il n’y a pas que la fluctuation du prix qui nous y oblige. La disponibilité des matières premières également. Sur ce plan, nous avons déjà des acquis avec plus de 2000 hectares de maïs sécurisés Nous aidons même les producteurs à obtenir des semences améliorées et des intrants pour un bon rendement, ceci dans un cadre contractuel. Au-delà de ces contraintes, nous le faisons également pour la traçabilité et la qualité des produits que nous transformons. 

TF : Les mesures de restriction des exportations d’un pays à un autre se sont multipliées pour juguler l’inflation observée sur le marché des produits agricoles. Pour vous qui êtes de plein-pied dans la transformation, quelles pourraient être les conséquences pour votre chaîne de production ?

MN : Nous avons approché les autorités compétentes au Togo, qui nous ont confirmé que nous ne sommes pas concernés par ces interdictions qui portent notamment sur le maïs grain. Une nuance très importante, vu que notre produit fini est la farine. Puisque nous sommes accompagnés dans les processus d’obtention des marchés, les autorités nous ont délivré une autorisation légale d’exportation nous permettant de continuer nos activités en toute quiétude. 

TF: Dans un environnement où les opérateurs économiques se contentent le plus souvent du trading (import, export et commercialisation des matières premières) sans une valeur ajoutée, pourquoi avoir pris le chemin de l’industrialisation ?

MN : En tant qu’africain en général et Togolais en particulier, il faut qu’on en finisse avec le système du trading import-export. Nous ne pouvons plus nous contenter d’acheter puis de revendre sans valeur ajoutée. Ce que nous pouvons transformer ici, faisons-le parce qu'il en va de la survie de nos pays.

3 usine copy

« Il faut donc pour cela se battre, mériter un certain niveau de confiance, et mettre du sérieux dans son projet.» 

Par ailleurs, les institutions publiques devraient nous accompagner dans cette démarche qui encourage le développement de nos pays.

TF : Parlant de l’accompagnement, comment avez-vous réussi à créer votre usine, sachant que la question du financement se pose très souvent ?  

MN : La question du financement est très épineuse. C'est un parcours du combattant qui ne devrait pas nous amener à abandonner. Il y a beaucoup de freins, notamment en ce qui concerne les taux d’intérêts trop élevés et la durée des prêts qui n’est pas toujours adaptée à l’industrialisation. Pour mon expérience, je peux vous rassurer : il est possible de se faire accompagner.   

« Nous ne pouvons plus nous contenter d’acheter puis de revendre sans valeur ajoutée. Ce que nous pouvons transformer ici, faisons-le parce qu'il en va de la survie de nos pays.»

Les banques sont certes frileuses mais il y a toujours des financements. Il faut donc pour cela se battre, mériter un certain niveau de confiance, et mettre du sérieux dans son projet. Pour notre part, nous avons été accompagnés par la NSIA banque.

Cela n’a pas été facile mais avec de la confiance et du sérieux, cela a été possible. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de mécanismes de financements qui peuvent aider d’autres promoteurs d’unités.

(TF) : Au-delà de cette situation conjoncturelle, quels sont les défis auxquels fait face la SITRAPAT en ce moment et quel serait votre mot à l’endroit des consommateurs locaux pour finir ?   

(MN) : Les défis sont nombreux pour la jeune entreprise que nous sommes. Le premier challenge est de pouvoir amener les brasseries du Togo à s'intéresser à nos produits et pour cela nous sommes disposés à leur fournir tout ce qu’il faut pour gagner leur confiance. L’autre défi est de pouvoir conquérir d’autres marchés sur le continent en leur garantissant une qualité qui répond aux normes internationales. Et pour finir, nous appelons les Togolais à nous faire beaucoup plus confiance et essayer nos produits parce qu'ils ne seront pas déçus par le résultat. 

Fiacre Kakpo & Daniel Komlan Agbenowossi & Octave Bruce 


 
GESTION PUBLIQUE

La Zone économique spéciale du Gabon devient la première zone industrielle certifiée neutre en carbone au monde

Le Zimbabwe revoit à la hausse son ambition de réduire les émissions de gaz à effet de serre, d'ici 2030

Côte d'Ivoire : le gouvernement veut relancer les activités de la plus vieille usine de textiles d'Afrique de l'Ouest

Nigeria : malgré le soutien de la communauté internationale, le secteur des entreprises a été impacté par la covid-19

 
FINANCE

BluePeak annonce la clôture initiale à 115 millions $ de son fonds centré sur les PME en Afrique

Nigeria : la fintech InfiBranches lève 2 millions $ pour accroître son offre de services financiers

Favoriser les envois de fonds numériques aux migrants via les canaux formels (MSC)

Maroc : le chiffre d’affaires de l’assureur AtlantaSanad a progressé de 4,6 % au premier semestre 2021

 
ELECTRICITE

Malawi : le gouvernement prévoit le raccordement gratuit de 126 000 ménages ruraux à l’électricité

Burundi : la BAD finance un projet d’accès à l’énergie à hauteur de 29 millions $

Nigeria : le Parlement approuve un projet de loi sur la réforme du secteur électrique

Zola Electric lève 90 millions $ pour développer de nouvelles technologies d’accès à l’énergie

 
HYDROCARBURES

Sénégal : TMC choisi pour fournir le système d’air comprimé marin du FPSO de Sangomar

Angola : démarrage de la production pétrolière sur le projet Cabaça North, dans le bloc 15/06

Afrique du Sud : Sasol veut devenir le premier producteur d’hydrogène vert en Afrique australe

Tanzanie : Aminex attribue un contrat d’acquisition sismique 3D à Africa Geophysical Services

 
MINES

Angola : Pensana lance une nouvelle phase d’exploration au projet de terres rares Coola

Mali : la durée de vie de la future mine d’or Kobada passe de 9,5 à 16 ans

En Ethiopie, il faut seulement 8 millions $ pour lancer la production d’or à Segele

RDC : la Chine investit 240 millions $ pour participer à l’exploitation du lithium de Manono

 
TELECOM

Ouverture de la 3ème édition de la Huawei ICT Competition Sénégal 2021 avec le MESRI, le MENT, l’ADIE, la Sonatel et Expresso

Dès le 1er octobre, le Ghana identifiera à nouveau ses abonnés télécoms

Nigeria : le ministère des Communications et de l’Economie numérique annonce le déploiement de la 5G en janvier 2022

Huawei Connect 2021 : les perspectives du Groupe dans une Afrique post Covid- 19

 
TRANSPORT

Air Seychelles Cargo et Mahe Shipping Company réalisent avec succès le premier transbordement mer-air de l’archipel

Bolloré Transport & Logistics élue « meilleur fournisseur régional de services logistiques » aux East Africa Maritime Awards

Ethiopian Airlines, le plus grand opérateur africain du Dash 8-400, acquiert son 32e appareil du type

Pour prévenir les accidents routiers, le Cameroun lance un projet de gestion et de suivi du transport interurbain

 
ENTREPRENDRE

Un vélo pour produire de l’électricité, l’idée de Bongajum Lesley Ndzi

De l’oxygène à prix abordable, le pari réussi de l’entreprise Hewatele au Kenya

Rated 18 Shoes, marque zimbabwéenne de chaussures écologiques et socialement engagée

Gounou, la marque de chocolat fabriqué au Bénin

 
ECHO

Classement des banques togolaises les plus performantes en 2020 (infographie)

Transparence budgétaire des Etats africains (Department of State)

Emerson Sery, dit Commissaire Coco, étudiant et entrepreneur leader de la vente de noix de coco à Abidjan

Magazine Investir au Cameroun : le cacao camerounais à la loupe

 
FORMATION

Côte d’Ivoire : le gouvernement annonce des formations pour les acteurs des marchés publics

Maroc: des internautes lancent une campagne pour remplacer le français par l’anglais dans l’enseignement

L’Université du Rwanda va abriter le master en géologie du musée de l'Afrique en Belgique

L’UA lance son programme de bourse de formation pour les innovateurs technologiques africains

 
COMM

Nigeria : finalement MultiChoice a versé 19,4 millions USD de caution au fisc en attendant la décision du tribunal

Les groupes CANAL+ et Editis lancent Nathan TV: en route pour l'école !

Kenya : le régulateur interdit un documentaire gay, le qualifiant « d'affront à la Constitution »

En Somalie, après 30 ans de léthargie, l’audiovisuel et le cinéma tentent une réanimation

Commissaire COCO L’étudiant et entrepreneur champion du business de coco à Abidjan