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Point de vue

Le journalisme et la presse vont survivre

 Par Denis Nkwebo, journaliste, vice-président du Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc). Par Denis Nkwebo, journaliste, vice-président du Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc).
  • dimanche, 30 mars 2014 17:34

Les nouvelles qui viennent d’Occident ne sont visiblement pas bonnes. Progressivement, le journal papier disparaît. Il laisse place aux nouveaux médias. Le cliché est trop clair. Mais il n’explique pas un long processus, du tambour des premiers âges, de la presse écrite à la tablette numérique, en passant par les rotatives. Il n’explique pasles succès centenaires des grands titres américains, japonais, français ou britanniques. Il montre uniquement la migration sans transition, qui s’opère en raison de l’invasion des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Nous sommes là en pleine conquête de notre espace informationnel vital, par les faiseurs de modèles. Le gong africain, notre tam-tam et notre tambour, continuent, dans nos villages, à porter les messages aux destinataires, sans se fier à la percée remarquable du téléphone et de l’internet. Ces instruments traditionnels n’ont pas péri sous la multiplication des chaines de radio, de télévision, et la presse écrite. Pourquoi la presse écrite ne survivrait-elle pas au nouveaux medias ?

Avant-même d’avoir construit un socle professionnel solide, les médias africains se sont arrimés à la concurrence internationale. C’est dire que c’est sur la transgression de l’ordre naturel du progrès et du succès que se tisse notre raisonnement. Par notre raisonnement, nous entendons l’argumentaire présenté par ceux qui prédisent une fin, la mort de la presse écrite chez nous. Or, notre presse ne peut mourir avant de naître, dans un environnement où son objet, ses procédés et son fonctionnement doivent être souverains. En 1996, nous présentions un mémoire sur le flux d’information Nord-Sud, et le flux contraire, Sud-Nord, pour arriver à la conclusion selon laquelle le déséquilibre était patent, et de nature à produire une culture de dominés, à côté d’une culture de domination. Le rééquilibrage du rapport de forces, en matière d’information, passait, selon notre entendement, par la conception et la mise en route d’un modèle africain de la presse. Bien entendu que les journalistes se devaient en conséquence de cause, d’inscrire leur démarche professionnelle, dans la construction et la conduite d’une telle dynamique.

Sur le terrain de la pratique professionnelle du journalisme en Afrique, la consolidation d’un exercice souverain, ainsi que le développement d’une culture homogène doivent s’imposer à tous. Cela dit, on peut explorer l’existant, avant de se projeter dans ce qu’Umberto Eco appelle « retour sur le futur » du journalisme.

Dictature des rédactions

Les certitudes personnelles ne vont pas remplacer les vérités historiques. Aujourd’hui ou demain, les journalistes en Afrique en général, et au Cameroun en particulier, souffriront de savoir que la prééminence de leur rôle dans la circulation de l’information ne doit pas produire que des arguments d’autorité. Ce privilège qui ne peut être absolu, parce qu’il est plutôt relatif, porte essentiellement sur l’exercice libre de la collecte des éléments factuels, la relation de l’histoire présente de la société, de notre société dans tous ses aspects, et la mise en relation des causes et des effets desdites causes. C’est un exercice difficile, qui mérite que ceux qui s’y aventurent aient à la fois les outils d’analyse et l’expérience de l’analyse. A l’école anglo-saxonne, le journaliste se trouve essentiellement à gauche, pour défendre les faibles face aux puissants, les pauvres contre les riches, les bons contre les méchants. Rosendahl est le promoteur et le défenseur de cette théorie.

Le journaliste et la presse ne doivent en aucun cas constituer un piédestal, sur lequel, de haut, les hommes et les femmes de médias regardent la société pour en rire, ou pour en tirer le seul profit personnel. Le journaliste est donc dans un champ et une position de devoirs pressants, où un service permanent est rendu au public, par la recherche et la publication des informations. En aucun cas, il ne s’agira de faire du champ professionnel, le champ de la recherche de la reconnaissance sociale, le champ de la construction des alliances égoïstes, le champ de l’entassement des privilèges personnels. Le journalisme n’est donc pas l’élaboration des clichés instruits par nos seuls calculs, que nous chercherions à imposer à notre public, par subterfuges interposés.

Montrer la lumière

Nous sommes allés chercher dans les textes historiques, le leitmotiv du célèbre journal West Africain Pilot. C’était une publication du Docteur Nnamdi Azikiwe, premier président du Nigéria indépendant, ayant fait carrière en journalisme dans les anciennes colonies de Gold Coast (actuel Ghana) et en Sierra Leone, avant de retourner dans son pays natal, après avoir essuyé une condamnation à mort pour ses écrits. « Montrez la lumière et le peuple suivra », avait-il inscrit à l’œillet de une de son journal. Là, se résume une mission historique, et nous pensons, la mission essentielle du journaliste et de la presse. Cela veut dire que si la flamme est tenue par un aveugle ou un méchant, le peuple se retrouvera soit au pied de la falaise, soit au fond de l’abîme.

Les citoyens du monde, qui scrutent la presse chaque jour, recherchent la lumière des faits, ils recherchent la vérité, ainsi que l’explication des faits. Les journalistes ont alors vocation à les accompagner en leur tenant la main, au moyen de divers éclairages, dans leur quête. En aucun cas, nous ne serions, dans nos rédactions, les instruments de falsification des faits, de la manipulation des esprits, et les marchepieds des groupes à la recherche des positions dominantes. Si nous le faisons, nous serions comptables des tares congénitales d’une société humaine traversée par le mal et le vice, en même temps que, devant le tribunal de l’histoire, nous aurions à répondre de manquements graves à l’accomplissement d’une mission noble. Nous serions également là à écrire notre avenir et celui de notre propre société en pointillés.

Retour au futur

Lorsque cette réflexion m’a traversé l’esprit, j’ai naturellement pensé à la réaction des praticiens du journalisme chez nous. La question du retour à l’orthodoxie professionnelle divise notre corporation où chacun est entré comme il voulait, par ses propres moyens, et avec des intentions bienveillantes ou non. En soutenant que demain le journalisme doit se pratiquer comme au début de cet art, nous avions bien sûr l’intention de croire que le changement doit être radical. Il s’agit, en effet, d’aller à la racine d’un métier qui a une histoire, et qui attire la convoitise de tous. Il s’agit aussi d’insister sur le fait que ce changement-là se fait aujourd’hui et non demain, pour sauver ce qui peut encore l’être.

En regardant les journalistes, tous les gens de la presse en face, je parle du nez, des oreilles et des yeux que les professionnels doivent avoir pour l'information. Sans compter le sixième sens qu'il faut développer pour l'investigation. Il n’y aura pas de place pour les narrations gigantesques, alliant le beau à la piqure du style, pour éviter l’incontournable épaisseur factuelle. La culture du beau dans l’écriture journalistique étant associable à un simple exotisme intellectuel. Une énorme contradiction d’avec l’énoncé narratif et l’agencement chronologique des faits. L’avenir, notre avenir se trouve dans la reprise en main de l’agenda social que nous nous devons de fixer pour l’intérêt général. Notre avenir se trouve également dans une appropriation totale des principes de base fondés autour de la mise ensemble des six questions fondamentales, la culture de l’agencement chronologique des faits sous la forme de la pyramide inversée.

Facile à dire, difficile à faire. Mais le journalisme n’est ni humour ni humeur, encore moins une composition spirituelle au conditionnel. Le journalisme n’est pas un exercice verbal à interprétation multiple, comme l’illustrent si malheureusement des gens de la presse qui confondent leurs volontés, leurs visées, leurs idées avec des matières factuelles visibles, évidentes ou cachées. Le journalisme n’est pas surtout un jeu de rôle, où les journalistes mettraient en jeu des forces en opposition, tout en ayant un parti pris sous le manteau. Les journalistes ont une conscience qu’ils ne doivent jamais vendre, parce que la défense de sa propre conscience est un acte d’intelligence et une preuve de dignité. Les problèmes de la presse ne sont liés ni à l’invasion de l’internet, ni à la vulgarisation des tablettes numériques, encore moins à la faiblesse du pouvoir d’achat des membres du public. Ils sont liés à une crise profonde de confiance, une crise de conscience et une crise de dignité.

L’investigation

Naturellement, on dirait que nous voulions en venir à l’essence même de la presse. Quand on scrute le travail abattu par les membres de Ire (Investigative Reporters and Editors), lorsqu’on voit le travail fait par les membres du Forum africain des journalistes d’investigation, on comprend bien que l’avenir de la presse est assurée par les hommes et les femmes des médias, qui recherchent pour mettre à la lumière du public, les informations parmi les plus cachées. Ce travail d’investigation exige un dépassement de soi, une vision transversale sur les faits comme étant la matière du progrès ou de la régression des sociétés. Les enquêtes de presse ont comme force principale, leur capacité à extirper du tissu social, les pourritures, les gangrènes et les saletés.

Les enquêtes de presse, comme le reportage, ont également l’avantage, non seulement de présenter la société telle qu’elle est mais aussi de détecter l’anti-modèle, construit par la seule volonté des puissants. Ici et ailleurs, les scandales ont toujours porté sur les tares et les manigances des puissants, des forts, au détriment des faibles. Si nous choisissons cette voie, l’assurance c’est que nous allons finalement nous libérer des chaînes de l’arriération, de l’aliénation, de la manipulation, pour comprendre notre société. Nous pourrions aussi, au moins, soigner le lavage de cerveaux occasionné par les discours superficiels, les versions officielles, les premières versions. Nous pourrions également redonner espoir aux lecteurs, aux auditeurs et aux téléspectateurs.

Par Denis Nkwebo, journaliste, vice-président du Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc).
 
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