La renaissance du tabac zimbabwéen au prix d’une déforestation massive

(Agence Ecofin) - Le Zimbabwe qui a enregistré une production de tabac de 205,5 millions de kilogrammes cette saison, s’attend à une production record l’an prochain. Ces performances sont révélatrices de la renaissance d’une filière qui, durant ses heures de gloire, se posait en rivale des Etats-Unis en matière de qualité de la production.

Cependant, indique le Chicago Tribune dans un article de fond, ce renouveau du tabac zimbabwéen se fait au détriment du couvert forestier du pays. En effet, si environ 1400 fermiers utilisent des techniques de culture modernes sur leurs exploitations, quelques 90 000 petits planteurs préfèrent pour des raisons de coûts, recourir au bois abattu plutôt qu’au charbon pour la production du tabac jaune.

Cette pratique, qui coûte au pays 15% de la superficie totale, perdue du fait de la déforestation, est largement favorisée par les contrats de production signés entre les fermiers et les majors du secteur. Selon Jerry Moyo, un grand planteur qui utilise des tracteurs et du charbon pour la production de son tabac, la responsabilité de ces compagnies est indéniable : « Les compagnies qui financent la production de tabac et l’achètent ensuite, n’en ont rien à faire de la déforestation. Ces compagnies affirment fournir des semences de gommier aux fermiers afin qu’ils puissent produire leur propre bois, mais c’est une énorme blague. Quel petit producteur, irait planter des arbres sur sa petite parcelle de deux hectares et attendrait ensuite cinq à dix ans avant de pouvoir disposer du bois pour produire son tabac jaune?» s’indigne-t-il.

Cette analyse est également celle de Jeremiah Sarudza, un petit producteur, qui affirme : « Comment pourrais-je planter des arbres quand je n’ai que deux hectares ? Les arbres prendraient la plus grande partie de la superficie disponible et où cultiverais-je alors le tabac ou le maïs pour ma famille? Il y a juste assez d’espace soit pour le tabac, soit pour les arbres, mais pas pour les deux.»

De son côté le Tobacco Industry Marketing Board, qui est en charge de la promotion de l’industrie zimbabwéenne du tabac, répond par la voix de son directeur général, Andrew Matibiri. Il maintient sa position et affirme, non sans une certaine mauvaise foi, que les majors fournissent les planteurs en semences de gommier et leur recommandent fortement de les planter quelle que soit la superficie dont ils disposent afin d’éviter les conséquences de la déforestation.

Au nombre des actions plus concrètes menées par ces compagnies, on notera cependant le lancement l’an dernier de la Sustainable Afforestation Programme,  qui entend injecter 33,5 millions de dollars dans la plantation de 5000 hectares sur les sept prochaines années.

Si d’après les chiffres officiels, le pays a plus que quadruplé sa production en 8 ans, en partant d’une récolte de 45 millions de kilogrammes en 2008, cette performance ne doit pas cacher cette statistique, révélée par une commission mise en place par le  ministère zimbabwéen de l’environnement et selon laquelle, le pays, qui ne dispose plus que de 45% de ses superficies de forêts naturelles, pourrait voir celles-ci disparaître entièrement d’ici 50 ans si la déforestation se maintenait au rythme actuel.

Aaron Akinocho


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