Phil Mnisi explique comment la dynamique industrie sucrière du Swaziland fera face aux nouvelles règles de l’UE (Entretien)

(Agence Ecofin) - Face à la baisse du prix du sucre garanti dans l’Union européenne, consécutive à l’abolition des quotas sucriers, tous les pays africains producteurs de sucre ne sont pas logés à la même enseigne. Pendant que les moins efficients seront amenés à revoir le fonctionnement de leur industrie afin de rester dans notre course, les plus compétitifs pourront viser de nouveaux débouchés, à condition de se mettre en ordre de marche sur un segment à l’export de plus en plus concurrentiel. Faisant partie de cette dernière catégorie le Swaziland, 4e fournisseur africain de la denrée sucre derrière l’Afrique du Sud, l’Egypte et le Soudan semble bien armé en raison de son appartenance depuis quelques années au top 10 des producteurs de sucre à moindre coût de la planète.

Entretien avec Phil Mnisi, directeur général de l’Association swazi du sucre (SSA), sur les perspectives de croissance, les défis ainsi que les stratégies du secteur face à la levée des quotas sucriers de l’UE.   

Agence Ecofin : Pouvez-vous nous donnez un aperçu global de l’industrie sucrière du Swaziland et de ses rapports commerciaux avec l’UE ?  

Phil Mnisi : L’industrie produit 700 000 tonnes de sucre sur plus de 60 000 hectares. Elle compte approximativement 6700 membres dont 484 planteurs regroupés en associations, et trois usines. Nous expédions collectivement notre production à travers la SSA vers quatre marchés principaux que sont l’UE, les USA, l’Union douanière d’Afrique d’australe (SACU) et le marché régional (australe et oriental). Les échanges avec l’UE se font dans le cadre des Accords de Partenariat économique (APE) qui permet au Swaziland de jouir d’un accès en franchise de droits de douane et libre de tout contingent pour ses produits destinés à ce marché, dont le sucre. Si en 2016/2017, l’UE a absorbé 33% de nos exportations, cette part est passée à 16% au cours de la campagne commerciale 2017/2018.

AE : Quels sont les principaux impacts de la réforme sur l’industrie swazi du sucre en terme de la valeur des exportations et de compétitivité ?  

PM : Au cours de ces dernières années, la valeur de nos exportations s’est contractée sur ce marché et devrait poursuivre cette tendance avec la production illimitée de sucre désormais possible dans l’UE. Les volumes exportés devraient ainsi baisser significativement, ce qui poussera notre sucre vers des marchés internationaux moins lucratifs. Même sur les marchés régionaux où notre sucre peut avoir un avantage géographique ou un accès préférentiel, le surplus de sucre de l’UE devrait être également une source de compétition étant donné le soutien à l’export en vigueur dans l’UE. Par conséquent, nous continuerons à mettre en œuvre plusieurs stratégies du point de vue commercial et compétitif, afin d’assurer la durabilité de l’industrie.

AE : Quels sont les stratégies que vous mettez en œuvre pour atténuer les effets de cette libéralisation du marché sucrier européen ?  

PM : Une grande partie des volumes de sucre exporté vers l’UE sera repositionnée vers les marchés régionaux où les retombées économiques seront plus importantes que dans l’UE. La sortie de la Grande-Bretagne de l’UE ouvre une fenêtre d’opportunité en termes de commerce préférentiel, dans le futur, si un accord convenable venait à être négocié. En outre, une autre stratégie clé consisterait à diriger les ventes vers les marchés régionaux.

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Une grande partie des volumes de sucre exporté vers l’UE sera repositionnée vers les marchés régionaux.

AE : En quoi le Royaume-Uni représente-t-il un marché alternatif pour vos exportations ?

PM : Une importante partie du sucre exporté vers l’UE était destiné au Royaume-Uni en raison de situation déficitaire qui l’oblige à importer pour satisfaire ses besoins de consommation. Dans ce cadre, nous estimons que cela pourrait être intéressant d’approvisionner ce marché à condition d’y avoir un accès préférentiel dans le futur. Dans la mesure où, d’après nos informations, il n’y aura pas d’interruption des échanges avec le Royaume-Uni, le but est alors d’intégrer les termes des APE dans un accord potentiel avec le Royaume-Uni pour assurer un régime commercial durable sur le long terme. Les discussions commerciales sont menées par le gouvernement et cela devrait être effectué dans le cadre de la SACU. Nous ne sommes pas informés de l’état actuel du processus mais nous espérons faire notre entrée au bon moment.   

AE : Vous ciblez certains marchés régionaux pour absorber vos exportations. Quels sont les zones dans lesquelles que vous envisagez de faire votre entrée et comment comptez-vous faire face aux nombreux défis du commerce intra-africain, notamment le manque d’infrastructure de distribution ?  

PM : Nous regardons vers les marchés régionaux dans leur globalité en particulier les pays enregistrant un déficit dans la région australe et orientale, ainsi que ceux non producteurs de la denrée. Certes, le manque d’infrastructure de distribution est un problème pour pénétrer certains débouchés, mais la SSA travaillera avec des partenaires stratégiques disposant déjà d’infrastructures ou qui possèdent beaucoup d’expérience dans la gestion des contraintes logistiques. Les efforts des gouvernements africains pour surmonter les défis en infrastructures se sont intensifiés et nous espérons que cela améliorera le commerce intra régional. Le Swaziland, en tant que membre de plusieurs blocs commerciaux régionaux, utilise les moyens nécessaires en vue d’améliorer ses échanges notamment l’abolition des barrières tarifaires et non-tarifaires.   

AE : Le Swaziland bénéficie d’un accès préférentiel à la SACU en raison de son appartenance à la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Quels sont les chiffres des exportations vers les pays de ce bloc entre autres le Botswana, Afrique du Sud, le Lesotho, la Namibie et l’Afrique du Sud ?

PM : La SACU est considérée comme un marché domestique pour le Swaziland. 62% des exportations de sucre ont été acheminée vers la SACU en 2016/2017. Cette forte proportion est due à la baisse de la production de sucre dans la région, résultant des conditions de sécheresse. Dans des conditions normales, la part des exportations vers la SACU est comprise entre 50% et 60%. 

AE : En juin 2015, la SADC, le Marché commun d’Afrique australe et orientale (COMESA) et la Communauté d’Afrique de l’Est ont lancé la Zone de libre-échange tripartite (ZLET) qui englobe 26 pays. Quels sont les opportunités offertes par ce marché commun pour le sucre et comment l’industrie compte tirer profit de cette zone étant donné qu’elle abrite des régions déficitaires comme le COMESA et l’EAC ?

PM : La ZLET représente un important marché pour le sucre et tant que tel, de nouvelles opportunités sont créées pour le sucre swazi et à plus forte raison parce que des zones déficitaires existent dans la région. Cependant, l’industrie doit rester compétitive pour rester dans la course face à d’autres acteurs de la SADC, et du reste de la ZLET, qui bénéficieront des mêmes conditions d’accès au marché. La plupart de ces industries ont été exportatrices vers l’UE et vont maintenant trouver des opportunités à l’export dans leurs régions. L’industrie est également consciente des projets d’expansion en cours chez les producteurs de sucre déficitaire de la région qui veulent devenir autosuffisant. Dans ce cadre, il est alors pertinent pour l’industrie de rester efficiente dans sa production pour renforcer son avantage compétitif tout en explorant des moyens d’accroître la valeur ajoutée.

AE : Ces dix dernières années, le niveau élevé des coûts du sucre dans l’UE ont conduit certaines entreprises comme Illovo et Tongatt-Hulett à multiplier leurs investissements dans la région. Selon vous, des prix moins attractifs de l’UE pourraient-ils les conduire à revoir leurs investissements à la baisse au Swaziland sur le long terme ?     

PM : La baisse attendue des prix pourrait impacter les décisions d’investissements de la plupart des producteurs de sucre. Il est par conséquent important d’explorer des débouchés plus lucratifs pour l’exportation de notre sucre afin de soutenir les investissements locaux. En ce qui concerne Illovo et Tongatt-Hullett, ce sont des acteurs privés et, en tant que tel, la SSA ne peut pas spéculer sur leurs futurs plans d’investissement.  

 Propos recueillis par Espoir Olodo.


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