RDC : une société enregistrée au Liechtenstein détruit illégalement les forêts (Rapport)

(Ecofin Hebdo) - Selon un rapport publié par l’ONG internationale Global Witness, la société d’exploitation forestière Norsudtimber, l’une des plus importantes du pays, viole constamment le code forestier. L’ONG accuse également la France d’être complice de Norsudtimber.

 

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RDC : La razzia des forêts par des sociétés européennes (rapport Global Witness)

Dans un rapport publié ce jeudi le 28 juin, l’ONG internationale Global Witness dénonce les pratiques illégales d’une grande entreprise européenne, y compris la France.

Dans ce long rapport intitulé «Échec total du système», l’ONG de protection de l’environnement Global Witness ne laisse guère de doute sur les défaillances liées à l’exploitation forestière illégale en République Démocratique du Congo (RDC), un des «poumons verts» de la planète.

Selon l’ONG, le «modèle de gestion durable des forêts en RDC a échoué, notamment en raison d’un manque de contrôle», et elle demande aux pays importateurs de bois, dont la France, de prendre des mesures.
Ce document, fruit de deux ans d’enquête, accuse une «grande entreprise commerciale européenne», Norsudtimber, plus grand propriétaire de concessions forestières du pays, d’«opérer presque entièrement dans l’illégalité, en violation des points essentiels du code forestier congolais».

Cette société, dont le siège est enregistré au Liechtenstein et qui contrôlerait plus de 60% du commerce de bois en RDC, serait dans l’illégalité sur 90% de ses sites, soit une superficie proche de 40.000 km² (l’équivalent de la Suisse), selon l’ONG.
Ces allégations s’appuient notamment sur un traçage des coupes de bois réalisé à l’aide d’images satellites. Par ailleurs, selon les résultats de ce rapport, près de 60% du bois exporté par cette entreprise «provient d’essences vulnérables ou en voie de disparition».

Le rôle de la France

Global Witness pointe également la responsabilité de la France dans ce processus, au moment où Paris reçoit les gouvernements européens à l’occasion d’un important sommet sur la déforestation. Si 78% des exportations de bois de Norsudtimber sont parties vers la Chine et le Vietnam entre 2013 et 2017, l’Europe compte pour 11%. Et la France est le deuxième importateur européen, derrière le Portugal.

Mais au-delà des chiffres liés à l’importation de bois illégal, l’ONG pointe également un programme porté par l’Agence française de développement (AFD) – qui met en œuvre la politique de développement définie par le gouvernement français dans divers pays à travers des projets économiques et sociaux divers – d’un montant de 18 millions de dollars (16 millions d’euros), dont 6 millions sont directement injectés par la France.

Ce projet, selon Global Witness, «appuierait en partie l’expansion de l’exploitation forestière en RDC», ce qui irait «à l’encontre des objectifs de protection du climat et de la forêt» et «reviendrait à soutenir les entreprises émettrices de CO2 et non respectueuses de la loi». La RDC avait adopté en 2012 une stratégie nationale de lutte contre la déforestation.

Les sociétés mises en cause démentent

«Le programme porté par l’AFD soutiendrait également des sociétés telles que Norsudtimber et Cotrefor (la compagnie de Transport et d’Exploitation forestière basée à Kinshasa, NDLR)», indique l’ONG au journal français Le Figaro.

Cotrefor a notamment déjà été pointé du doigt en raison de ses liens avec des individus soumis à des sanctions contre le terrorisme. Contactée par Le Figaro, l’AFD a regretté que «depuis plusieurs années, cette ONG l’attaque pour un programme conçu avec les autorités congolaises qui vise à améliorer la gouvernance du secteur forestier».

«Contrairement aux idées reçues, c’est bien une exploitation raisonnée et contrôlée de la forêt qui permet de combattre le plus efficacement la déforestation», poursuit-elle. Pourquoi? «Parce que c’est la pression exercée par le marché local qui représente la plus grande menace pour la forêt tropicale du bassin du Congo».

Des sociétés congolaises contrôlées par Norsudtimber (Sodefor et Forabola), ont de leur côté répondu point par point aux allégations de Global Witness. Par exemple, l’ONG affirme que ces sociétés ont «exploité le bois en dehors des périmètres autorisés dans la concession», sur la base d’images satellitaires.

«Une image avec des routes hors périmètre n’implique pas une exploitation hors périmètre», répondent Sodefor et Forabola, dans un courrier transmis par l’ONG. «De manière générale il faut aussi être prudent et vérifier si les routes visibles par images satellites sont récentes ou anciennes».

La RDC abrite 60% de la forêt du bassin du Congo, un des derniers «poumons» de la planète. Greenpeace estime que sa déforestation menacerait la lutte contre le réchauffement climatique, en libérant du dioxyde de carbone stocké en grande quantité dans les tourbières des forêts tropicales. Une équipe d’observateurs de Global Witness a été expulsée de RDC en 2016 alors qu’elle enquêtait sur un site d’exploitation forestière de Norsudtimber, indique l’ONG dans son rapport.

https://www.vivafrik.com/2018/07/04/rdc-la-razzia-des-forets-par-des-societes-europeennes-rapport-global-witness-a18139.html

 

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