Tanzanie: John «Rambo» Magufuli

(Ecofin Hebdo) - Il tient son pays d’une poigne de fer démocratique et il tente, envers et contre tout, de le remettre sur la voie du développement. Docteur en chimie, il semble avoir trouvé la bonne formule. Rigoriste pour les uns, homme providentiel pour d’autres, mais atypique pour tous, celui qu’on surnomme le bulldozer, pour avoir conduit un important projet de construction de routes, semble en mission pour aplanir les sentiers de l’économie tanzanienne. L’ancien professeur sait exactement quoi faire pour reprendre une classe en main. Dès ses premières semaines à la tête de la Tanzanie, les récalcitrants et autres mauvais élèves ont vite compris que la récréation était finie. 

 

Celui que personne n’attendait

Et dire qu’à son élection il était pratiquement inconnu du grand public… 2015: lorsque le Chama Cha Mapinduzi (CCM), parti au pouvoir en Tanzanie, désigne John Magufuli, alors ministre des Travaux publics, pour le représenter lors de l’élection présidentielle et succéder à Jakaya Kikwete, la surprise de la plupart des observateurs est totale. Il faut alors chercher pour en apprendre plus sur cet homme qui, bien qu’ayant occupé plusieurs postes ministériels, est resté loin des projecteurs pendant plusieurs années.

cortege john magufuli

Issu d’une famille modeste, John Pombe Magufuli est titulaire d’un doctorat en chimie de l’université britannique de Salford. Il travaille comme enseignant puis chimiste industriel avant d’occuper divers postes ministériels au sein de l’appareil du pouvoir. Fort de l’influence de sa formation, le dirigeant jusque-là discret, est porté avec 58,46 % des suffrages à la tête du pays dont l’économie repose sur l’agriculture et le secteur minier. C’est la métamorphose. Le technocrate cède la place à un redoutable animal politique.

 

La charge du bulldozer

Les analystes, curieux des premières décisions, se demandent comment il gouvernera. La réponse ne tardera pas à venir. Dès les premières minutes de son mandat, il fait de la lutte contre la corruption une condition sine qua non au bien-être du pays, renvoyant de nombreux agents, réputés corrompus, de l’administration publique.

le bulldozer

Après la lutte contre la corruption vient ensuite le train de vie de l’Etat. Pour le nouveau président, il doit impérativement être réduit. Qu’à cela ne tienne, le président annule les fastueuses cérémonies habituellement organisées pour la fête de l’indépendance. Il remplace ces festivités par une journée de nettoyage des espaces publics à laquelle il participe.  « Il est honteux de dépenser de l’argent pour célébrer l’indépendance quand notre peuple meurt encore du choléra », explique-t-il. Pour faire des économies, John Magufuli va plus loin. Souhaitant réduire les dépenses lors des réunions publiques, il écrase les budgets prévus pour les rafraichissements lors des réunions de l’administration. Pour lui, ceux-ci « doivent se limiter à du thé, des jus de fruit et de l’eau en excluant la viande et les collations trop lourdes pour les réunions de moins de deux heures ».

Présent sur tous les fronts il s’implique, éclipsant même la plupart de ses ministres. Incarnant sa vision et ses mesures, il impose à la Tanzanie des mesures radicales censées accélérer sa longue marche vers le développement. Petit à petit, les habitudes dépensières à tous les niveaux de l’Etat sont mises à mal. John Magufuli fait passer de 100 000 dollars à 7 000 dollars les frais prévus pour la cérémonie d’inauguration du nouveau Parlement, puis limite les voyages administratifs en première classe à trois fonctionnaires, lui, le vice-président et le premier ministre.

Enfin, dernière étape de son programme, la reprise du contrôle des différents secteurs clés de l’économie tanzanienne est bien illustrée par les différends entre le président et les firmes minières étrangères présentes dans le pays. Ce qui s’apparentait, il y a encore quelques années, à une mission impossible est jusque-là menée de main de maître.

 

Du rififi dans le secteur minier

Depuis son élection à la tête de la Tanzanie, le président John Magufuli a lancé plusieurs mesures pour accroître la transparence dans la gestion des ressources minières du pays. Entre licenciements, audits, nouvelles lois et réformes, le «Bulldozer» n’hésite pas à se mettre à dos les grandes compagnies actives dans le secteur dont le potentiel n’est plus à prouver.

Début mars 2017, le gouvernement Magufuli impose un embargo sur les exportations de minerais bruts d’or, de cuivre, de nickel et d’argent. Le but est d’obliger les sociétés étrangères à effectuer le traitement sur le sol tanzanien afin de développer le secteur de la minéralurgie, créer des emplois et augmenter les revenus miniers. Malgré les négociations initiées par les compagnies pour une levée de l’interdiction, le président Magufuli n’en démord pas, et lance dans la même foulée des audits qui révèleront plusieurs cas d’évasion fiscale et de fraude qui ont fait perdre des milliards de dollars à la Tanzanie sur les 20 dernières années.

De nouvelles lois seront adoptées, augmentant les intérêts de l’Etat dans les projets, ainsi que les redevances d’exportations. Les compagnies, également contraintes de se lister sur la bourse tanzanienne, seront obligées d’adapter leurs plans de développement aux nouvelles réformes, et les plus récalcitrantes, comme Acacia Mining, finiront par prendre le train où trouver des accords avec le gouvernement.

 

La méthode Magufuli

Au final, John Magufuli, c’est d’abord une méthode: forte. A la manière d’un Raoul Volfoni, il se voit bien éparpiller les corrompus de tous poils dans Dar es Salam «façon puzzle». Le bulldozer semble agir selon un programme bien défini, avec une minutie et un acharnement héritées de son passé de chimiste. Personne ne semble pouvoir l’arrêter.

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Discret en privé, il n’offre quasiment aucun angle d’attaque à l’opposition qui n’a plus que sa méthode, parfois radicale à se mettre sous la dent. Perfides, certains ne manquent pas de souligner qu’il réussirait presque à faire oublier que certains des maux dont il veut délivrer la Tanzanie viennent de son parti le CCM, qui avait soutenu le précédent président dans sa gestion laxiste d’un pays qui a pourtant d’énormes potentialités.

Servan Ahougnon

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