Magic System: l’amour dure 20 ans

(Ecofin Hebdo) - La musique de la vie est une œuvre particulière en ce que l’intégralité de ses partitions n’est connue que du chef d’orchestre. Les musiciens, eux, la découvrent en la jouant. Ils découvrent sa longueur qui, parfois, se chiffre en décennies. Ils s’accommodent de ses rythmes qui peuvent varier du Zouglou au Raï. Et, parfois, l’harmonie de ce déconcertant concerto se résume à un canon à quatre voix qui enchante le public.

 

Il y a quelques jours, à Libreville, le groupe Magic System a fêté ses 20 ans de carrière. Le groupe, désormais mythique, a fait danser le public gabonais sur ses meilleurs titres, à l’occasion d’un concert de son Magic Tour 20. Ces festivités, consacrant l’inespérée longévité d’un groupe dont personne n’aurait prévu la trajectoire, avaient quelque chose de mystique, entre hommage à ceux qui sont restés et ceux qui ne sont plus là pour jouer les mouvements de la magique symphonie.

 

Magic System, une brève histoire du Zouglou

L’histoire de Magic System est un peu celle du Zouglou, un rythme musical ivoirien de protestation, caractérisé par des pas de danses effrénés. Pour retrouver les origines du groupe Magic System, il faut retourner à Anoumabo, dans la ville d’Abidjan, un des quartiers d’où est parti le phénomène Zouglou. Cette musique y naît dans les années 80 sur les campus universitaires.

Pour retrouver les origines du groupe Magic System, il faut retourner à Anoumabo, dans la ville d’Abidjan, un des quartiers d’où est parti le phénomène Zouglou.

Petit à petit, de nombreux groupes de musiques dédiés au rythme se forment. Parmi eux, on retrouve "les magiciens". D’après plusieurs sources, le groupe comptait plus de cinquante membres, dont huit très liés. Parmi eux, se trouvaient les deux chanteurs des magiciens : Asalfo et Camso. Inévitablement pour un groupe comptant autant de membres, les querelles intestines se multiplient. L’une d’entre elles, qui oppose Camso à Asalfo, sonnera le glas du groupe. Camso part avec trois autres membres du groupe créer "les marabouts", tandis qu’Asalfo, de son côté, crée, avec Goudé, Tino et Manadja, le groupe Magic System.

A partir de 1996, le groupe se produit lors de fêtes et d'événements locaux. Un an plus tard, Magic System sort "Papitou", son premier album. Un échec commercial. Le groupe prend alors du recul et revient trois ans plus tard avec l’album "Premier Gaou". Porté par un tube éponyme au succès continental, l’album est un franc succès. Le titre "premier Gaou" sera plus tard  remixé par le célèbre DJ français Bob Sinclar, ce qui exposera le Magic System et le Zouglou sur la scène francophone mondiale. Le groupe est alors invité à faire la première partie de Bisso Na Bisso, le collectif de rappeurs congolais du célèbre Passi.

 

Magic S stade

Le titre "premier Gaou" sera plus tard  remixé par le célèbre DJ français Bob Sinclar.

Les albums s’enchainent au fil des années et, avec eux, vient le succès. Porté par des tubes planétaires comme "Un gaou à Paris", "Secret d’Afrique", "Bouger Bouger" ou "Chérie Coco", le groupe devient viral et se produit partout dans le monde.

Le groupe prend alors du recul et revient trois ans plus tard avec l’album "Premier Gaou". Porté par un tube éponyme au succès continental, l’album est un franc succès.

Après "Même pas fatigué", un featuring avec Khaled, le groupe diversifie sa musique et intègre le Raï, un genre musical algérien, à ses rythmes. Les disques d’or, de platine et les distinctions s’enchainent pour le groupe qui danse sur une véritable mélodie du bonheur.

 

Musique active

Parler de Magic System en restant dans le seul cadre de la musique serait une offense aux multiples actions sociales du groupe et à son travail pour la promotion de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique. En plus des nombreux messages de paix présents dans ses chansons, le groupe n’hésite jamais à se joindre à une initiative ayant pour but d’aider son pays ou le continent. En 2012, le leader de Magic System est nommé ambassadeur à l’UNESCO. En 2014, Asalfo, Tino, Goudé et Manadja créent la Fondation Magic System. En partenariat avec African Artists for Development, cette fondation construit des bibliothèques en Côte d’Ivoire. Plus récemment, Magic System a offert à plus de 300 enfants des examens complets des yeux, en collaboration avec l’ONG Vision For Life. Le groupe qui a également construit deux écoles primaires à Anoumabo, s’implique dans plusieurs domaines.

Plus récemment, Magic System a offert à plus de 300 enfants des examens complets des yeux, en collaboration avec l’ONG Vision For Life. Le groupe qui a également construit deux écoles primaires à Anoumabo.

En 2016 par exemple, son leader Asalfo est nommé conseiller spécial de la fédération ivoirienne de football. En 2008, le groupe avait créé le Festival des Musiques Urbaines d’Anoumabo (FEMUA), qui réunit durant 3 jours une sélection des plus grands artistes de la musique africaine.

 

Des moments compliqués, des pertes, mais "Ya Foye"

L’une des raisons pour lesquelles la célébration des 20 ans de Magic System a une saveur si particulière, ce sont les conditions compliquées dans lesquelles a évolué le groupe.« Nous avions abandonné les études secondaires par manque de moyens financiers. Tous les écueils qui peuvent forger la vie d’un homme, nous les avons quelque peu vécus », explique Goudé. « Manadja et moi avions travaillé comme contractuels (journaliers) dans une boulangerie pour joindre les deux bouts. Nous étions tous enfants d’ouvriers dont les parents gagnaient à peine le smic », se rappelle A’Salfo.

 

Magic S2

« Nous étions tous enfants d’ouvriers dont les parents gagnaient à peine le smic »

Pour ne rien arranger, les 4 artistes ont dû faire face au doute et au scepticisme de leur premier producteur. « Il avait refusé de produire Premier Gaou, ne croyant pas au projet. Les frais de transport d’Anoumabo au studio d’enregistrement nous ont été payés par des jeunes filles du quartier qui travaillaient dans des salons de coiffure », raconte Tino. Heureusement, le groupe a réussi, malgré les difficultés à accéder à son statut actuel. Mais la réussite n’a pas épargné les coups durs au Magic Système.

« Nous avions abandonné les études secondaires par manque de moyens financiers. Tous les écueils qui peuvent forger la vie d’un homme, nous les avons quelque peu vécus. »

Le 3 mai 2016, Pepito, à l’Etat civil Didier Bonaventure Deigna, batteur et choriste du groupe, se noie en Côte d'Ivoire en essayant de sauver quelqu’un de la noyade. Le groupe est sous le choc. « Pépito était notre choriste, notre batteur mais, surtout, le chef d’orchestre depuis seize ans de notre groupe. Il veillait à la bonne tenue de notre orchestre musical et de la bonne symphonie durant toutes ces années et les nombreux concerts des Magiciens dans le monde entier », peut-on lire sur la page Facebook du groupe après le drame. Ce décès laisse un goût amer aux membres de Magic System qui doivent dire au revoir à un de leurs plus vieux soutiens… Adios Pépito. Résilient, le 16 juin 2017, le groupe sort un nouvel album intitulé "Ya Foye".

 

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Adios Pépito.

Plus qu’une catharsis personnelle, Magic System veut se servir de cet album pour aider le monde à oublier ses idées noires. «Ya Foye, ça veut dire y'a rien de grave. Ces temps-ci, le monde pleure beaucoup, préoccupé par le chômage et le terrorisme. Avec cet album, on veut rappeler qu'il faut profiter de la vie jusqu'au dernier souffle. Le monde, ce n'est pas seulement la guerre et les attentats. C’est aussi les bonheurs et les plaisirs — boire, danser, faire du sport, s'amuser en famille — doivent prendre plus de place que tous les malheurs », expliquent les membres du groupe lors d’une interview.

 

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… et ça ne semble pas prêt de s’arrêter.

Malgré 20 années de carrière, le groupe semble loin d’être usé. Mieux, Magic System estime n’être qu’à la moitié du chemin. Le groupe souhaite prolonger l’enchantement et « revenir en 2037 à Anoumabo pour fêter les 40 ans ». Le message est clair. Silence ça chante, et ça ne semble pas prêt de s’arrêter.

 

Servan Ahougnon

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