Bob Diamond : les aventures africaines du loup de One Churchill Place

Bob Diamond : les aventures africaines du loup de One Churchill Place

(Ecofin Hebdo) - En 2012, pour tout l’univers de la finance, Bob Diamond, est « l’inacceptable visage du capitalisme ». Poussé à démissionner de la Barclays, l’une des plus importantes banques de Grande-Bretagne, le banquier paie non seulement pour avoir été à la tête de l’institution lorsqu’elle a manipulé le Libor, le taux auquel les banques britanniques se prêtent de l’argent, mais également pour ses revenus indécemment élevés qui avaient défrayé la chronique. Rejeté par un milieu dont il connait trop bien les rouages, Bob Diamond, va se rabattre sur un terrain de jeu encore peu exploité par ses "amis" britanniques : l’Afrique. Et bien semble lui en prendre.

 

Vendredi 17 mars 2017, le gratin de la finance londonienne frémit, partagé entre crainte et excitation. Bob Diamond, l’un des enfants terribles de la finance londonienne, ce banquier dont les revenus avaient déclenché un tollé face auquel il a assuré ne pas avoir de remords, a fait son retour à Londres. Atlas Merchant Capital, son fonds d’investissement vient de prendre le contrôle de Panmure Gordon, une vieille banque d’investissement britannique en perte de vitesse. Mais contrairement aux attentes du plus grand nombre, cinq ans après avoir démissionné de Barclays, Bob Diamond ne vient pas se refaire un nom sur les bords de la Tamise. Celui qui avait transfiguré la BarCap, la Banque d’Affaires de Barclays, n’entre pas au conseil d’administration de sa nouvelle acquisition. Non, Bob Diamond n’a pas changé. Il est toujours aussi avide de victoires. Mais désormais, l’Afrique est le nouveau terrain de jeu favori de l’ancien loup de One Churchill Place.

 

Bob le magnifique

Ce qui rend attachant ce banquier, incarnant l’image même du requin financier surpayé, c’est que rien ne semblait le prédestiner à de tels sommets. Très tôt, l’américain a dû apprendre à se distinguer de la masse. Né à Concord, dans le Massachusetts, d'enseignants catholiques d'origine irlandaise, Bob Diamond est l'aîné d'une fratrie de neuf enfants. Il étudie l'économie à l'université du Connecticut, où il excelle dans toutes les disciplines. Le jeune premier décroche son MBA en 1977 et obtient une chaire de professeur dans son ancienne université.

Né à Concord, dans le Massachusetts, d'enseignants catholiques d'origine irlandaise, Bob Diamond est l'aîné d'une fratrie de neuf enfants.

En 2010, il a fait ses preuves. Passé par Morgan Stanley, au Crédit Suisse puis par la BarCap, la banque d’affaires de la Barclays, qu’il a transfigurée durant son passage à sa tête, il devient le directeur de la maison mère, basée à One Churchill Place. Une surprise quand on considère le passé conservateur de la plus britannique des banques. Néanmoins, le natif du Connecticut a fait ses preuves. Ayant acquis la Lehmann Brothers pour « l’équivalent d’une bouchée de pain », il se taille une réputation de loup, agissant d’ailleurs à Londres comme le ferait un banquier à Wall Street. Mais comme toutes les ascensions, celle de Bob Diamond se fait sur des polémiques. La plus récurrente sera liée à ses revenus.

Encore plus effarant, l’américain aurait encaissé 150 millions d’euros, rien qu’entre 2005 et 2012.

En 2007, après l’annonce de l’octroi d’une prime de 21 millions de livres sterling, environ 24 millions d’euros, à Bob Diamond, l'ancien ministre du commerce, Lord Mandelson, le désignera comme « l’inacceptable visage du capitalisme ». Encore plus effarant, l’américain aurait encaissé 150 millions d’euros, rien qu’entre 2005 et 2012.

 

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Lord Mandelson le désignera comme « l’inacceptable visage du capitalisme ».

Désormais, les détracteurs de Bob Diamond scrutent ses actions dans les moindres détails, attendant une erreur que le banquier finira par commettre. En 2012, la Barclays obtient une amende pour avoir tenté de manipuler le Libor (London Interbank Offered Rate). Il s’agit d’un indicateur qui définit le prix auquel les banques se prêtent de l'argent, mais également, de manière indirecte, le prix des crédits aux ménages et aux entreprises. En fait, plus le Libor est haut, plus emprunter devient cher, et plus la banque gagne de l'argent. Le Libor est calculé chaque jour par des associations bancaires qui interrogent les banques sur le taux auquel elles prêtent aux autres établissements, pour ensuite en calculer la moyenne. Pour changer sur ces taux, il suffit donc, pour une banque, de mentir sur le taux auquel elle prête, ce qu’aurait fait la Barclays. Cette manœuvre est courante chez les banques, mais dans un contexte marqué par la polémique sur ses revenus, le PDG de la Barclay ne sort pas indemne de la tempête et démissionne le 3 juillet 2012.

 

L’Afrique, nouveau tremplin de Bob Diamond ?

En 2013, Bob Diamond décide de rebondir, loin de Wall Street, mais également de Londres. Il s’associe avec Ashish Thakkar, créateur du groupe Mara et une des plus jeunes fortunes du continent africain, et Arnold Ekpe, ex-CEO du groupe Ecobank, pour créer Atlas Mara. Il s’agit d’une firme d’investissement spécialisée dans l’acquisition d’institutions financières. La société est introduite quelques jours plus tard, sur le London Stock Exchange, la bourse de Londres. Atlas Mara réalise au fil des mois de nombreuses acquisitions dont une part majoritaire de BancABC, un groupe bancaire présent dans plusieurs pays d'Afrique australe, et la totalité du capital de la société d’investissement African Development Corporation (ADC).

Selon Bob Diamond, « en Afrique, il y a des opportunités dans les services financiers comme il n'y en a pas eu depuis 20 ou 30 ans, je suis donc loin d'être pessimiste ».

La firme d’investissements acquiert également des parts dans l’Union Bank of Nigeria, et la majorité des actions de la branche commerciale de la Banque Rwandaise de Développement.

Selon Bob Diamond, « en Afrique, il y a des opportunités dans les services financiers comme il n'y en a pas eu depuis 20 ou 30 ans, je suis donc loin d'être pessimiste ».

Atlas Mara va continuer d’enchainer les acquisitions et les bons résultats ne tarderont pas à suivre. La holding a réalisé pour le semestre s'achevant au 30 juin 2017, un résultat net de 11,5 millions $, affichant une amélioration de 858,3%, par rapport aux 1,2 million $ de bénéfice net dégagés sur la même période en 2016, année durant laquelle la société avait perdu 2 millions de dollars.

Aussi, après le départ d’Arnold Ekpe du board d’Atlas Mara, Ashish Thakkhar va également quitter le conseil d’administration de la firme.

De quoi oublier, pour Bob Diamond, son départ précipité de la tête de la Barclays ? On ne saurait le dire. Surtout lorsqu’on sait que la firme a connu quelques difficultés avant les bons résultats de ces derniers mois. Aussi, après le départ d’Arnold Ekpe du board d’Atlas Mara, Ashish Thakkhar va également quitter le conseil d’administration de la firme.

Ce qui laisse à Bob Diamond, qui incarne désormais l’image du groupe, la responsabilité de donner une direction à Atlas Mara.

 

Servan Ahougnon

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