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Guy-Brice Parfait Kolélas : battre Sassou ou mourir…

  • Date de création: 26 mars 2021 15:40

(Agence Ecofin) - Guy-Brice Parfait Kolélas, le principal opposant au président congolais Denis Sassou Nguesso, est décédé. Celui qui avait récemment été diagnostiqué positif au coronavirus n’avait pas hésité, dans une vidéo envoyée depuis son lit d’hôpital, à demander aux Congolais de sortir voter pour obtenir le changement. Finalement, il ne sera plus là pour voir son meilleur ennemi remporter les élections au premier tour.

A Brazzaville, la nouvelle est tombée comme un coup de poignard dans le dos de l’opposition congolaise, le lundi 22 mars. Guy-Brice Parfait Kolélas, le principal opposant et rival de Denis Sassou Nguesso pour les élections présidentielle est décédé de la Covid-19 dans l’avion qui l’emmenait se faire soigner en France. A 61 ans, il faisait office de challenger parmi les six candidats opposés au président congolais avant d’être dépisté positif au nouveau coronavirus.

Au final, Denis Sassou Nguesso lui survit, reste au pouvoir et sort vainqueur d’une rivalité qui l’opposait déjà au père de Guy-Brice Parfait Kolélas.

L’apôtre du père

Si son père, Bernard Kolélas, ancien Premier ministre sous Pascal Lissouba, ne le lui avait pas demandé, Guy-Brice Kolélas se serait-il un jour lancé dans l’arène politique congolaise ? « C'est en plein exil que mon père m'a demandé de poursuivre le combat politique. Il ne l'a dit qu'à moi, pas aux autres, alors que nous étions douze frères et sœurs », a-t-il confié lors d'un meeting.

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Bernard Kolélas, ancien Premier ministre sous Pascal Lissouba.

En 1997, son père est nommé Premier ministre par Pascal Lissouba, et sa milice prête main-forte à ce dernier qui affronte dans Brazzaville les miliciens de Denis Sassou Nguesso. Les forces de Pascal Lissouba et de Bernard Kolélas s’inclinent. Ils partent en exil et les Kolélas se retrouvent au Mali.

« C'est en plein exil que mon père m'a demandé de poursuivre le combat politique. Il ne l'a dit qu'à moi, pas aux autres, alors que nous étions douze frères et sœurs », a-t-il confié lors d'un meeting.

Quelques années avant cela, Guy-Brice Parfait Kolélas se trouvait en France. Il y était pour poursuivre des études universitaires débutées à l’université Marien Ngouabi où il a obtenu une licence en sciences économiques en 1984.

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A Brazzaville, la nouvelle de sa mort a foudroyé ses partisans.

Il s’inscrit tout d’abord à l’université de Besançon, où il obtient en juin 1985 une maitrise en sciences économiques. De 1985 à 1986 il s’inscrit à l’université de Dijon pour y préparer un diplôme d’études approfondies en économie industrielle qu’il obtient haut la main. L’année suivante, il continue à l’université de Dijon, où il s’inscrit pour un doctorat en sciences économiques, option économie industrielle. Parallèlement, il suit un cursus à l’université de Mulhouse pour préparer un diplôme d’études supérieures en économie et gestion des transports internationaux qu’il obtient en juin 1987. En 1993 il obtient un doctorat en économie.

Le temps passé en France est également pour le jeune Congolais celui de l’engagement politique. De 1983 à 1993, il a été membre du Parti communiste français (PCF) avant de se rapprocher, quelques années plus tard, du Front national, devenu récemment Rassemblement national (RN). « Au FN, un courant est effectivement xénophobe, mais un autre ne l’est pas. J’appartiens à ce dernier. Le FN est juste un parti nationaliste », a-t-il assumé.

De 1983 à 1993, il a été membre du Parti communiste français (PCF) avant de se rapprocher, quelques années plus tard, du Front national, devenu récemment Rassemblement national (RN).

En exil avec son père, ce dernier se rend compte de la grande compréhension du jeu politique de son 4e fils. Bernard Kolélas, qui décède en 2009, aurait alors confié au jeune Guy-Brice Parfait la mission de poursuivre l’objectif de son combat politique : battre Sassou.

3 Guy Brice Parfait Kolelas micro

Il s'est opposé publiquement, en 2015, à la réforme de la Constitution.

En attendant, le jeune héritier de la volonté du patriarche est actif dans le monde des affaires. Il crée avec des amis une société qui collabore avec le minier Gécamines pour traquer le commerce illégal du cobalt et du cuivre en Afrique australe. Il lance également, en France, une société de conseil en management.

Courte paix avec le pouvoir en place

Comme un symbole, c’est Guy-Brice Parfait Kolélas qui est mis en avant lors des différentes manifestations lorsque la famille retourne au Congo en 2005. La raison de ce retour est toutefois funeste. Sa mère, Jacqueline Mounzeze décède. Le pouvoir congolais autorise son inhumation à Brazzaville. L’évènement sera l’occasion pour le clan Kolélas et Denis Sassou Nguesso de faire la paix, pour un temps. Dans la continuité de ce rapprochement, le Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI), parti créé par Bernard Kolélas en 1990, signe un accord avec le Parti congolais du travail (PCT) de Denis Sassou Nguesso en 2007. Grâce à cet accord, Guy-Brice Parfait Kolélas, député depuis 2007, intègre le gouvernement en 2009 comme ministre de la Pêche avant d’obtenir le portefeuille de la Fonction publique et de la Réforme de l'Etat jusqu'en 2015. 

Grâce à cet accord, Guy-Brice Parfait Kolélas, député depuis 2007, intègre le gouvernement en 2009 comme ministre de la Pêche avant d’obtenir le portefeuille de la Fonction publique et de la Réforme de l'Etat jusqu'en 2015.

Malgré cela, la paix ne dure plus bien longtemps. Les prises de position de Guy-Brice Parfait Kolélas dérangent le gouvernement, notamment lorsqu'il s'oppose publiquement, en 2015, à la réforme de la Constitution qui permet à Denis Sassou Nguesso de se représenter après deux mandats. Guy-Brice Parfait Kolélas lance alors un mouvement d’opposition, l'UDH-Yuki (l'Union des démocrates humanistes-Yuki) et décide de participer à la présidentielle de 2016. Il reçoit notamment le soutien de l'ex-chef rebelle Frédéric Bintsamou, alias pasteur Ntumi, mais ne peut, avec 15% de suffrages, empêcher Denis Sassou Nguesso de remporter les élections dès le premier tour. Le pasteur Ntumi relance la rébellion dans la région du Pool, pour contester les résultats avant que Guy-Brice Parfait Kolélas, qui déclare avoir « pris acte des résultats », ne tente de calmer le jeu. Un accord de cessez-le-feu met finalement fin aux troubles engendrés le 23 décembre 2017.

Guy-Brice Parfait Kolélas se représente pour le scrutin de mars 2021. Il se plaint pendant la campagne de nombreuses manœuvres pour l’empêcher de tenir ses meetings. Le 19 mars, malade et fatigué, il apprend des médecins qu’il souffre de la Covid-19. Il décèdera finalement le 21 mars, quelques heures avant que Denis Sassou Nguesso ne remporte les élections dès le premier tour.

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« Là où il se trouve, il sait que je l’ai toujours considéré comme mon fils.»

« Au moment où nous nous retrouvons au bout de cette marche, mes premières pensées vont vers Guy-Brice Parfait Kolélas qui a été rappelé à Dieu. Là où il se trouve, il sait que je l’ai toujours considéré comme mon fils. Ses frères et ses sœurs le savent aussi. Bien évidemment, il a poursuivi son combat jusqu’au dernier souffle. Il n’y a pas de doute qu’il a toujours recherché le développement de ce pays et le bonheur de son peuple. Croyez-moi, au-delà des divergences politiques et peut-être même idéologiques, la perte de ce fils me bouleverse profondément », déclare Denis Sassou Nguesso après sa réélection.

« Croyez-moi, au-delà des divergences politiques et peut-être même idéologiques, la perte de ce fils me bouleverse profondément »

Marque de respect ou ultime affront ? Quoi qu’il en soit, le désarroi s’est emparé de la formation politique du défunt Guy-Brice Parfait Kolélas qui a perdu en l’espace de quelques jours la présidentielle et son leader. Pendant ce temps, plus que jamais installé sur le fauteuil présidentiel, Denis Sassou Nguesso a survécu à Guy-Brice Parfait Kolélas, comme il a survécu à son père.

Servan Ahougnon

servan ahougnon


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