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Selon Ouattara, « la crise libyenne a eu une grande et terrible contribution » au drame qui se déroule en Méditerranée

(Agence Ecofin) - Un drame. Quasiment une honte ! C’est ainsi que le président ivoirien Alassane Ouattara qualifie l’immigration clandestine des Africains en Europe. « Ce qui se passe avec les jeunes qui se retrouvent dans le cimetière de la Méditerranée est inacceptable », a-t-il déclaré hier, 28 août 2015, au stade de l’Amitié à Libreville au Gabon. Juste après l’ouverture officielle du New York Forum Africa, les présidents Ali Bongo du Gabon et Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire, en conversation avec Richard Attias, fondateur du New York Forum Institute, ont entretenu les participants sur leurs actions et les problématiques de l’heure. Parmi les sujets évoqués figuraient l’emploi et l’immigration des jeunes Africains en Europe avec en prime le drame de la Méditerranée. Sujet sur lequel Alassane Ouatarra s’est longtemps exprimé.

L’une des causes de ce drame est d’après lui, la mort du colonel Kadhafi et la crise en Libye. « Beaucoup de chef d’Etat ont considéré que, en ce qui concerne le départ de l’Afrique, la crise libyenne a eu une grande et terrible contribution, puisqu’il n’y a plus d’Etat en Libye. Et que ceci a facilité de départ de nombreux Africains notamment Ouest-africains qui viennent via la Libye pour aller en Europe », affirme le président ivoirien. « Mais, nuance-t-il, la question va au-delà et nos responsables Africains devront assumer leurs responsabilités. Pour les pays qui marchent bien, il y a peu de nationaux à l’extérieur. Jusqu’à tout récemment la Côte d’Ivoire n’avait pratiquement pas ce genre de débat. Mais, la crise et la guerre que nous avons vécues ont fait que beaucoup ont trouvé refuge dans d’autres pays pour se protéger et pour avoir un minimum de possibilités de s’épanouir et surtout, je dirais tout simplement pour avoir la paix. »

Alassane Ouattara insiste sur le fait que la paix est un élément central pour la solution au problème de l’immigration clandestine. « On voit ce qui se passe en Syrie et toutes les conséquences pour les pays Européens. (…) Sur le plan économique, nous devons faire en sorte que les guerres cessent. En Somalie, en Erythrée, je ne vais pas citer tous ces pays pour gêner. Mais, ce sont les pays en guerre qui voient leurs ressortissants sortir du pays. La paix est importante. (…) En Afrique, nous avons la responsabilité d’avoir une meilleure gouvernance dans nos pays», constate Ouattara. Instabilité et immigration ailleurs et quid de la Côte d’Ivoire ?

« Moi, je suis fier de dire que depuis trois ans, nous avons une économie qui s’est totalement redressée. Nous avons un taux de croissance moyen de plus de 9% ; nous n’avons pratiquement pas d’inflation, 2 à 3% ; nous avons contrôlé le déficit budgétaire, moins de 3%. Ce qui fait qu’il y a eu création d’emplois. En quatre ans, nous avons créé plus d’un million d’emplois dont plus de 700 000 dans le secteur agricole », relève le président ivoirien qui reconnaît que ces efforts sont insuffisants. Car le chômage des jeunes et des femmes est encore et toujours d’actualité en Afrique et en Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara dit avoir trouvé un début de solution à cela.

Crédits sans contreparties aux jeunes

« En ce qui concerne les jeunes, nous avons mis en place un programme spécial. Et compte tenu de l’importance de ces dossiers, j’en ai fait un ministère délégué auprès du président de la République. Nous gérons ce dossier ensemble. Avec la mise en place d’un fonds et d’une agence pour l’emploi des jeunes. Fonds que nous alimentons avec des ressources importantes. Et l’une des clés est de pouvoir faire des crédits et des prêts sans contrepartie. Des prêts de faibles montants pour des activités comme la gestion d’une cabine téléphonique, la gestion des kiosques de café, des kiosques de vente de savon, ce qui permet aux jeunes d’avoir une activité. Ce sont des crédits allant de 500 000 à un million de francs Cfa au maximum. Nous prenons le risque de non remboursement de ces prêts, parce qu’il y a une couverture par le Trésor. Ce qui est surprenant c’est que ces fonds sont remboursés par les jeunes et les femmes. Car, nous faisons la même chose pour les femmes avec le Fonds d’appui aux femmes de Côte d’Ivoire, le Fapci d’ailleurs supervisé par la première dame de Côte d’Ivoire. Grâce à ces mécanismes, nous avons des remboursements de l’ordre de 98%. Cela veut dire que si on donne cette opportunité aux jeunes, ils se mettront au travail. Ils pourront donc aller plus loin et ils resteront sur place », raconte Alassane Ouattara.

Pour éviter que les jeunes n’abandonnent leur pays à la recherche d’horizons meilleurs, « le processus politique également est une contribution importante », note-t-il. « Si les élections sont apaisées, si elles sont démocratiques, bien évidemment, après les élections nous auront la paix », remarque Alassane Ouattara.

Ali Bongo : « Plus jamais ça ! »

Enfin, le président ivoirien invite les jeunes Africains à être ambitieux : « Vous, les jeunes, vous devez rêver. Je crois que chacun d’entre vous doit se dire, voici ce que je veux devenir. Vous devez travailler, être engagé et déterminé », conseille-t-il. Et le président gabonais d’ajouter : « Rêvons. Mais, ces rêves ne doivent pas se terminer en cauchemar ». « Lorsqu’on pense à la jeunesse africaine, il y a malheureusement les images qui sont terribles. On voit des photos des jeunes, qui plutôt que d’avoir un sac au dos ou un stylo à la main, ont en main des kalachnikovs. Ça, ce sont des images que nous ne voulons plus voir. Ce sont des images qui nous interpellent et qui nous disent « ça, plus jamais ! » Cela doit nous pousser, nous dirigeants, à tout mettre en œuvre pour donner des possibilités aux jeunes de nos pays d’avoir un avenir. Cet avenir, il est aujourd’hui possible en Afrique pour tout jeune qui veut s’exprimer. Donnons les moyens à cette jeunesse. Mais surtout, disons à cette jeunesse d’être ambitieuse. Car ce qui est très important dans la vie c’est d’être motivé. Il faut avoir une grande motivation. C’est ce carburant qui nous pousse. Nous voulons que notre jeunesse rêve, mais en même temps, nous voulons leur donner ce carburant qui leur permet d’avancer et traduire leur ambition en réalité. (…) Donc, nous invitons les jeunes à être combatifs, mais surtout à croire dans le continent africain », conclu Ali Bongo.

Beaugas-Orain Djoyum, à Libreville


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