(Agence Ecofin) - Conçu pour fonctionner dans une situation permanente de croissance économique, le système financier international est actuellement au cœur d’un profond malaise. Les solides progressions affichées par l’économie américaine sous le premier mandat de Donald Trump apparaissent aujourd’hui clairement comme un artifice. Elles ont reposé sur un tissu économique trop fragile, trop dépendant du système de crédit et soutenu à coup de dette publique.
La réaction des marchés financiers depuis quelques jours montre bien à quel point les personnes intervenant sur ces marchés s’accrochent à la notion d’espoir de croissance. Alors que les Etats-Unis ont annoncé vendredi 8 mai 2020, un nombre record de chômage depuis très longtemps (+20,5 millions), les places financières de New York ont terminé quand même en hausse.
Vingt millions de chômeurs c’est autant de capacité de consommation en moins et autant de risque sur le non-remboursement des dettes bancaires. Cependant, les investisseurs ont choisi de rester sur des notes d’espoir de croissance. Ils ont noté que le niveau du chômage situé à 14,7% était en dessous des attentes des analystes qui parlaient de 15,6% à 16%. L’administration Trump a par ailleurs annoncé la veille, une nouvelle susceptible de mettre un terme à la guerre commerciale avec la Chine.
Les marchés financiers semblent avoir choisi de fermer les yeux, sur des indices sérieux de risque d’effondrement
Les marchés financiers ont tout d’abord commencé à réagir de manière logique, lorsque s’est accélérée la propagation du Coronavirus qui a imposé aux gouvernements du monde de confiner plus de la moitié des travailleurs et consommateurs. Dans ces conditions, tous les leviers de la croissance que sont la consommation, les investissements et l’import-export ont été négativement impactés. Passé le moment de frayeur, les bourses semblent être retombées, dans leur hystérie de hausse des cours.
« Il y a deux façons de « lire » ce rebond : le marché anticipe une sortie de récession plus rapide que prévu et n’intègre cette pandémie que comme un risque passager que l’on arrivera à traiter (médicament puis vaccin). Ou alors, les investisseurs ne considèrent que les nouvelles justifiant la hausse, comme les avancées médicales ou le reflux du nombre de cas de coronavirus », a expliqué Jocelyn Jovène, rédacteur pour la firme d’analyse financière Morningstar.
Une troisième hypothèse, c’est que les marchés semblent se rassurer des messages envoyés par les gouvernements. Soutenus par les banques centrales, ces derniers ont de nouveau sorti les politiques d’injections massives de liquidités dans le système financier. Il est pourtant aujourd’hui évident, que cette solution ne résoudra pas le problème de financement des économies, à savoir : le besoin d’une réduction significative des inégalités, qui permettra de soutenir la consommation et les investissements, et donc parvenir à la croissance tant recherchée.
Une dernière hypothèse forte, est l’influence qu’exerce le marché financier américain sur l’ensemble du système financier international. Tiré par les performances exceptionnelles des GAFAM, le groupe d’entreprises qui est composé de Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), les indices qui servent de référence pour les investisseurs affichent d’importante hausses depuis la fin avril 2020. Ces entreprises comptent en effet pour 50 % de la capitalisation boursière du FANG, le principal indice des valeurs technologiques à New York, et pour 20 % du S&P 500, qui regroupe les 500 sociétés les plus valorisées de la Bourse de New York.
Le système financier devra pourtant composer avec une économie mondiale sans croissance
Il existe pourtant depuis septembre 2019, un consensus largement partagé, selon lequel, le prochain crash boursier est en train de se mettre en place. Une nouvelle alerte a été lancée, lorsque l’indice Warren Buffet qui suit le niveau de résistance des bourses des valeurs a atteint son niveau le plus élevé. Selon cet indicateur, lorsque la taille d’un marché financier franchit le seuil de 117% comparé au Produit Intérieur Brut de son économie, cela signifie que les actions de ce marché sont surévaluées et l’explosion de la bulle est imminente. Ce 12 mai, il est à 137,7%. On peut critiquer cette manière de voir, mais elle s’est confirmée pour les crises de 2000 et de 2008.
Il faut noter, que le besoin accru de croissance dans le système financier tient compte de la manière dont les investisseurs se projettent dans l’avenir. Il y a déjà le fait qu’ils estiment que confier son argent pour le récupérer dans le futur a un prix (taux d’intérêt). Il y a aussi le risque dans la spirale de croissance, que les prix du marché augmentent et que l’argent perde de la valeur (inflation) ou que l’emprunteur ne rembourse pas pour diverses raisons (risque). Ces deux derniers facteurs sont aussi facturés. Que ce soit en rachetant une part d’entreprise (action) ou en prêtant de la ressource (obligation), ces attentes sont fortement ancrées dans les esprits des investisseurs.
Il y a peu de chance que la croissance reparte tel que souhaité. Des récessions massives des économies sont annoncées aux Etats-Unis, en Europe et autres pays développés. Dans ce contexte, comment le système financier pourrait-il survivre ? La logique voudrait que la valeur des actions baisse. C’est ce qui est arrivé depuis le début de l’année 2020 pour 6101 des 8681 entreprises cotées sur les marchés financiers européens, selon des données de Capital IQ. Dans des proportions variées, on retrouve les mêmes schémas sur les marchés nord-américains, chinois, ou japonais.
Et si la solution ultime venait des pays en développement….
De telles initiatives, prises au lendemain de la crise financière de 2008, ont, plutôt que de financer l’économie réelle, permis à de grandes entreprises de racheter leurs actions. Cela a eu pour effet d’augmenter les gains de leurs investisseurs stratégiques, alors que la création d’emplois décents n’évoluait que très peu. De nombreux analystes estiment pour cette raison, qu’il sera très difficile de sauver le système financier, en lui fournissant, sans réfléchir, des quantités plus importantes d’argent, comme c’est le cas actuellement.
Les régions qui regroupent les pays dits en développement ont une grande chance d’être le nouveau point de relance de la croissance mondiale. Leurs populations sont assez jeunes, instruites désormais en grand nombre et capables d’intégrer des chaînes de valeur dans plusieurs segments de production. Si on prend l’exemple de l’Afrique, les économies des pays qui la composent sont très peu exposées à la finance et ses travers. La richesse des populations y est faible en comparaison avec les autres régions du monde, mais elle repose sur des actifs réels.
Un autre groupe de pays émergents forts, est celui constitué autour des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, South Africa). Il est estimé, malgré quelques défis structurels, qu’ils produiront 40% du PIB mondial d’ici 2025. On note à l’avantage de ces régions, de faibles niveaux de dette par habitant. Cela permettrait d’y relancer une nouvelle économie de marché via le crédit, tout en évitant les erreurs commises dans le cadre du système financier actuel. Dans une récente publication, l’Equipe Finance de l’Agence Ecofin a d’ailleurs avancé une solution très concrète, qui permettrait de restaurer un peu d’équilibre et relancer la croissance mondiale.
Idriss Linge
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