Macky Sall, après 7 ans de mandat, le bilan économique

(Ecofin Hebdo) - Lors de son élection en 2012, le président Macky Sall incarnait l’aspiration de tout un peuple à un nouveau Sénégal, plus développé, avec des indicateurs macro-économiques performants. Ses promesses électorales et la mise en place d’un Plan Sénégal Emergent avaient d’ailleurs tôt fait de susciter l’espoir d’un avenir meilleur, loin des difficultés du mandat de son prédécesseur Abdoulaye Wade. Sept ans plus tard, le bilan économique.

 

De nouvelles réformes politico-sociales

Avant son élection, l’une des promesses phares du président Macky Sall était la révision de la constitution, non seulement, dans le but de réorganiser la vie politique du pays, mais également pour réduire la durée du mandat présidentiel de sept à cinq ans. Le 20 mars 2016, le nouveau président sénégalais obtient le « oui » pour la modification de la constitution lors d’un référendum. Celui-ci introduit alors 15 points de changement dans la Constitution parmi lesquels figurent : la modernisation du rôle des partis politiques, le renforcement des droits de l’opposition et de son Chef, la restauration du quinquennat pour le mandat présidentiel ; la promotion de la gouvernance locale et du développement territorial.

D’un autre côté, le chef de l’Etat sénégalais développe plusieurs stratégies de lutte contre une corruption qui gangrène l’administration publique du pays depuis de nombreuses années. Ainsi, plusieurs dispositifs mis en place pour lutter contre la fraude et la prolifération des biens mal acquis permettront au pays d’améliorer son classement en matière de lutte contre la corruption. Selon l’indice de perception de la corruption de 2018 de Transparency international, le Sénégal a été classé 67ème sur 183, pays contre 112ème , en 2011, sur 182 pays.

Ainsi, plusieurs dispositifs mis en place pour lutter contre la fraude et la prolifération des biens mal acquis permettront au pays d’améliorer son classement en matière de lutte contre la corruption.

En 2011, le pays figurait au 15ème rang sur la liste des 53 pays africains les mieux gouvernés, fournie par l’indice Mo Ibrahim qui évalue chaque année la qualité de la gouvernance sur le continent. En 2018, le Sénégal a réussi à atteindre le top 10 des pays africains les mieux gouvernés, en se classant 10ème sur 53 pays.

Cette progression s’est traduite par une amélioration des performances de santé publique du pays. En 2013 déjà, le gouvernement avait lancé un programme d’assurance santé universelle pour améliorer l’égalité d’accès aux soins, en particulier pour les ménages les plus pauvres, qui travaillent dans le secteur informel ou vivent dans des zones rurales. Même si les objectifs restent encore loin d’être atteints, on note une amélioration progressive du taux de couverture.

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Le 20 mars 2016, le nouveau président sénégalais obtient le « oui » pour la modification de la constitution lors d’un référendum.

 

De plus, la Banque mondiale indique que le pays a progressé en matière de santé infantile. Ce progrès est principalement dû aux efforts faits contre le paludisme et la malnutrition chronique, dont le taux de prévalence, qui s’élève à 17 %, est désormais le plus faible en Afrique subsaharienne.

 

Des indicateurs macro-économiques au vert

Alors qu’il remet son fauteuil présidentiel en jeu pour un nouveau mandat, le président Macky Sall peut se targuer d’avoir relancé une économie mise à mal sous le mandat de l’ancien président Abdoulaye Wade.

En 2011, les effets négatifs de la sécheresse et des délestages avaient fait baisser le taux de croissance à son plus faible niveau dans l’histoire du pays, soit 1,8%.

Sous le mandat de Macky Sall, on note un redécollage de la croissance économique qui se remarquera très tôt en 2013 avec un taux de croissance de 3,5% et de 4,3% en 2014. Grâce à une activité soutenue dans le secteur primaire (l’agriculture principalement), la courbe de la croissance économique sénégalaise a continué son ascension au cours des quatre dernières années.

Grâce à une activité soutenue dans le secteur primaire, la courbe de la croissance économique sénégalaise a continué son ascension au cours des quatre dernières années.

Ainsi, la BAD estime le taux de croissance du pays à 6,5% en 2015, 6,6% en 2016, 7,2% en 2017 et 7% en 2018. Cette tendance devrait se maintenir grâce aux investissements publics prévus dans le cadre du Plan Sénégal Emergent (PSE) mis en place par le gouvernement. En dopant les investissements publics et en stimulant l’activité du secteur privé, ce dernier a permis au pays de sortir du cycle de croissance faible et de progrès insuffisants en matière de réduction de la pauvreté qui avaient caractérisé le Sénégal au cours des dernières décennies.

Cependant, ces améliorations de la croissance peinent à se faire ressentir sur le quotidien de la population sénégalaise, traduisant encore un manque d’efficacité des politiques gouvernementales dans l’égale répartition des richesses nationales. Même si le taux de pauvreté s’est sensiblement amélioré dans les premières années du mandat de Macky Sall (42,5% en 2014 contre 46,7% en 2011), le pays stagne toujours parmi les moins performants en matière d’indice de développement humain. Ainsi, alors qu’en 2011, le Sénégal occupait le 155ème rang sur 187 pays, il a enregistré une chute vers la 164ème place sur 189 en 2018.

Même si le taux de pauvreté s’est sensiblement amélioré dans les premières années du mandat de Macky Sall, le pays stagne toujours parmi les moins performants en matière d’indice de développement humain. 

Au quatrième trimestre 2017, l’agence nationale de la statistique et de la démographie du Sénégal (ANDS) estimait le taux de chômage des personnes âgées de 15 ans ou plus à 15,7%.

 

Une dette publique en hausse

D’un autre côté, les années Macky Sall ont été marquées par une hausse de la dette publique du pays. D’après la Banque mondiale, la dette publique du pays a continué d’augmenter et a atteint 60,8% du Produit intérieur brut (PIB) en 2017.

Poussée par l’augmentation des émissions obligataires pour financer le déficit budgétaire, la dette extérieure du pays aurait atteint 62% du PIB en 2017, selon les estimations de l’institution de Bretton Woods. Pendant ce temps, le service de la dette est passé de 24% à 30% des recettes publiques, entre 2014 et 2017. Toutefois le risque de surendettement du pays reste faible d’après le Fonds monétaire international. En plus, les différents progrès réalisés au niveau de plusieurs secteurs comme l’agriculture, le pétrole et les mines, témoignent de la bonne dynamique de l’économie sénégalaise.

 

7 ans d’agriculture sous Macky Sall

Au Sénégal, l’agriculture occupe environ 60% de la population active et compte pour près de 17% du PIB. Compte tenu de cette importance, le gouvernement de Macky Sall a fait du secteur un des piliers de la première phase de son Plan Sénégal Emergent (PSE), qui couvre la période 2014-2017.

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Entre 2015 et 2019, l’enveloppe globale de l’agriculture est passée de 135 milliards Fcfa à 203 milliards de Fcfa.

 

Afin de booster le secteur, celui-ci s’est doté d’une boussole : le Programme d’accélération de la cadence de l’agriculture Sénégalaise (PRACAS). Plus de 4 ans après son lancement, cette feuille de route d’un coût de 581 milliards de FCFA a eu des résultats significatifs dans la majorité des produits ciblés comme le riz, l’oignon, l’arachide et les fruits et légumes.

Plus de 4 ans après son lancement, cette feuille de route d’un coût de 581 milliards de FCFA a eu des résultats significatifs dans la majorité des produits ciblés comme le riz, l’oignon, l’arachide et les fruits et légumes.

Concernant le riz, la stratégie adoptée a consisté en un soutien aux acteurs, sur le plan de la production et de la commercialisation locale, et une diminution des importations. Souvent critiquée, cette méthode a permis d’enregistrer à ce jour, des performances inédites. Entre 2014 et 2018, la production de riz paddy a plus que doublé, passant de 559 021 tonnes à 1,13 million de tonnes dont 460 159 tonnes dans la Vallée du fleuve Sénégal (VFS). Et si ce volume est encore loin de l’objectif d’autosuffisance fixé à 1,6 millions de tonnes, le gouvernement espère que 2019 sera l’année de l’autonomie.

Au niveau de la filière oignon, où l’ambition affichée était de parvenir à une récolte de 350 000 tonnes pour garantir l’autosuffisance en 2016, le gouvernement peut se frotter les mains. Le volume de production du bulbe a évolué de 245 000 tonnes, en 2014, à 365 500 tonnes, en 2016.

Du côté de l’arachide, première culture d’exportation du pays, les indicateurs sont aussi au vert. La récolte arachidière est passée de 669 328 tonnes, en 2014, à 1,4 millions de tonnes en 2017, soit 400 000 tonnes de plus que l’objectif initial (1 million de tonnes). S’agissant de l’horticulture, les exportations ont plus que triplé passant de 29 000 tonnes, en 2014, à 106 200 tonnes, en 2017.

Au-delà de ces produits, l’agriculture sénégalaise a vu son budget s’améliorer. Entre 2015 et 2019, l’enveloppe globale est passée de 135 milliards Fcfa à 203 milliards de Fcfa, affichant une hausse de plus de 50%. Cependant, ce montant ne représente que 5% du budget global de l’exécutif, soit la moitié de l’objectif préconisé par le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (PDDAA), à Maputo, en 2003.

Parmi les défis qui restent à relever, figure en première ligne la vulnérabilité du secteur agricole aux aléas climatiques. En effet, l’agriculture, essentiellement pluviale, reste affectée à l’apparition tardive des pluies ou les épisodes de sécheresse. L’irrigation reste faible malgré un potentiel irrigable de 350 000 hectares et des aménagements réalisés. Il faut aussi citer l’amélioration de qualité des produits horticoles qui reste cruciale pour permettre au pays de tirer profit de sa situation géographique, en bonne place pour atteindre des marchés comme l’Europe et l’Amérique du Nord.

 

Un futur d’exportateur d’hydrocarbures

Si les premières campagnes d’exploration pétrolière au Sénégal ont démarré dans les années 1960, c’est sous la présidence de Macky Sall que le pays a connu ses plus grandes découvertes de pétrole et de gaz naturel. Ces découvertes de classe mondiale positionnent le Sénégal parmi les futurs grands exportateurs mondiaux d’hydrocarbures.

Depuis, la première grande découverte de pétrole en août 2014, par la société pétrolière australienne FAR, le Sénégal est devenu l’un des marchés les plus intéressants pour l’industrie de l’exploration en quête de nouveaux défis et de terrains sous-explorés. Voulant pleinement profiter de cette opportunité, le pays a élaboré des conditions fiscales parmi très avantageuses pour l’investissement dans l’exploration.

En 2017, l’organisation Africa Oil and Power, qui réunit de hauts responsables gouvernementaux et des experts du secteur énergétique, a publié une étude qui classe le Sénégal 6e meilleure destination africaine pour l’investissement pétro-gazier.

Pour attirer les investisseurs, le pays ne réclame qu’une redevance de 2 à 10% pour la production de pétrole, de 2 à 6% pour le gaz, et un impôt sur les sociétés de 30%.

Pour attirer les investisseurs, le pays ne réclame qu’une redevance de 2 à 10% pour la production de pétrole, de 2 à 6% pour le gaz, et un impôt sur les sociétés de 30%.

Ces incitations ont attiré dans les eaux territoriales sénégalaises plusieurs sociétés indépendantes de grande taille et de deux des trois plus grands producteurs d’Energie du monde: l’Américain Exxon Mobil, le Britannique BP et le Français Total.

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Le Sénégal s’attend à encaisser 6800 milliards de FCFA sur les 30 années qui suivront le démarrage de la production d’énergie.

 

Ensuite, pour intensifier l’exploration, le Sénégal a lancé en octobre dernier, un appel d’offres international, le premier de son histoire, relatif à deux nouveaux blocs offshore. Dix autres sont prévus pour être mis sur le marché au premier semestre 2019.

Il faut dire que les ambitions du gouvernement pour le secteur de l’énergie sont grandes. La production de pétrole devrait démarrer en 2022 avec un plateau initial de 100 000 barils par jour. Celle de gaz naturel devrait survenir dans la foulée.

La production de pétrole devrait démarrer en 2022 avec un plateau initial de 100 000 barils par jour. Celle de gaz naturel devrait survenir dans la foulée.

A ce propos, les gisements de gaz découverts chevauchent tous la frontière maritime avec la Mauritanie. Les découvertes ont été toutes faites par Kosmos Energy. Les présidents Macky Sall, du Sénégal, et Ould Abdel Aziz, de la Mauritanie, ont dont donc convenu de l’installation d’unités de liquéfaction de ce gaz le long de la frontière maritime, avec un partage en parts égales des recettes de la commercialisation du gaz naturel liquéfié. Les deux pays devraient, selon les analystes, jouer un rôle important dans l’approvisionnement des nouveaux marchés demandeurs d’ici les 10 prochaines années.

Le Sénégal s’attend à encaisser 16800 milliards de FCFA sur les 30 années qui suivront le démarrage de la production d’énergie, soit 560 milliards par an.

D’autre part, un code pétrolier est également en cours d’élaboration pour permettre une meilleure régulation du secteur du secteur et une redistribution juste de la manne pétrolière.

 

Le secteur minier sous la présidence de Macky Sall

Après son élection en 2012, Macky Sall a fait de la réforme de l’industrie minière sénégalaise une de ses priorités. Ainsi le pays a entamé, la même année, un processus de révision de son code minier, dont une nouvelle version a été officiellement adoptée en novembre 2016. Le gouvernement y a notamment introduit des clauses qui prévoient un contrat de partage de production, favorisent le développement local et l’augmentation de la transparence tout en modifiant les modalités de calculs des taxes et redevances.

Selon le un rapport de l’ITIE, le secteur extractif a rapporté au Sénégal des revenus de 116,8 milliards de francs CFA, chiffre conséquent, mais en baisse par rapport aux 118,1 milliards FCFA de l’année fiscale 2015. Le secteur minier demeure le plus grand contributeur aux recettes budgétaires générées par le secteur des industries extractives avec 92%. D’une manière générale, le secteur extractif (porté par les Mines) a contribué de 2,85% au PIB du Sénégal en 2016 et de 36,14% aux exportations.

Pour faire du pays un « hub minier régional », l’État envisage de revaloriser les secteurs du fer, du zircon et du phosphate. En 2017, le Sénégal a produit 2,4 millions de tonnes de phosphate, son principal produit minier, et veut devenir le 4e producteur mondial de zircon, à l’horizon 2023, avec un rendement annuel de 90 000 tonnes. En outre, le pays souhaite intégrer, d’ici 2035, le top 7 des plus grands exportateurs d’or du continent, un secteur qui s’est développé progressivement durant le mandat du président Sall.

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