Agence Ecofin
Yaoundé - Cotonou - Lomé - Dakar - Abidjan - Genève

Le partenariat public-privé en République de Guinée : outil de redémarrage économique post-Covid-19 ?

  • Date de création: 29 mai 2020 18:29

(TRIBUNE) - Dans un contexte généralisé de repli de l’activité économique et de baisse des ressources budgétaires, liés à la pandémie Covid-19, la situation économique risque d’être complexe pour la République de Guinée qui disposera d’une marge de manœuvre limitée dans les années à venir. Dans ce contexte, l’appel aux partenariats financiers, techniques et technologiques privés, par le recours aux partenariats public-privé (PPP), peut représenter une solution à moyen terme. A condition de profiter de cette fenêtre de tir pour parfaire son dispositif.

Solution idéale pour résorber le déficit d’infrastructures d’un pays, le PPP est défini par le Guide de la Banque Mondiale comme : « des dispositions, habituellement à moyen et long terme, entre les secteurs public et privé grâce auxquelles certains services qui relèvent de la responsabilité du secteur public sont administrés par le secteur privé, scellés par un accord clair sur des objectifs communs relatifs à la livraison d’infrastructures et/ou de services publics ».

Conscient de ses avantages, le Plan National de Développement Economique et Social 2016-2020 (PNDES 2016-2020) de la République de Guinée appelait, déjà en 2015, à une augmentation de la participation du secteur privé à travers les PPP qui servent d’outils clés permettant de diminuer la dépense publique globale tout en bénéficiant des gains de performance du privé (innovation, efficacité, qualité du service, etc.).

Pour concrétiser cet appel, le Parlement guinéen a adopté à l’unanimité, le 4 juillet 2017, la loi sur les PPP (communément appelée Loi PPP). Cette nouvelle loi sera publiée deux années après son adoption, dans le Journal Officiel paru en septembre 2019, marquant ainsi son entrée en vigueur. Texte moderne et conforme à l’évolution de la pratique internationale, la Loi PPP a néanmoins vu son application freinée par la pandémie du Covid-19 portant un coup d’arrêt aux potentiels projets PPP et mettant en péril des pans entiers de l’économie guinéenne. Mais cette pandémie n’est pas porteuse de mauvaises nouvelles uniquement. Ainsi, permet-elle à la République de Guinée de disposer désormais d’une fenêtre de tir pour améliorer son arsenal règlementaire et institutionnel, afin que le PPP puisse pleinement servir d’outil de redémarrage de l’activité économique post-Covid-19.

Destinée à moderniser le cadre juridique et institutionnel existant afin de le rendre plus attractif, la Loi PPP a été adoptée dans un mouvement économique partagé par certains de ses voisins comme le Mali ou la Côte d’Ivoire. Plus important, la Loi PPP a tout d’abord été adoptée pour combler les lacunes de la Loi N°L/97/012/AN du 1er juin 1998 « autorisant le financement, la construction, l’exploitation, l’entretien, et le transfert d’infrastructures de développement par le secteur privé » (communément appelée Loi BOT). La principale critique à l’encontre de cette loi, pendant ses deux décennies d’existence, a été l’absence de tout texte d’application, ouvrant la voie à une certaine insécurité, frein historique aux investissements. Dès lors, pour y remédier, les parties prenantes s’étaient convenues sur la publication des différents textes d’application de la Loi PPP dans les semaines suivant son entrée en vigueur. A la date d’aujourd’hui, aucun texte d’application n’a été publié. La pérennisation de cette situation pourrait entrainer des risques financiers élevés et mettre à mal tous les avantages (meilleure sélection et planification des projets, mise en concurrence, transparence, lutte contre la corruption, garantie de performance, etc.) attendus de la Loi PPP. Il est donc urgent d’y pallier.

Parmi ses innovations, La Loi PPP a permis de renforcer l’arsenal existant au niveau institutionnel. En effet, aux cotés du Ministère des Finances et des institutions de régulation et de contrôle existantes, la Loi PPP prévoit la création d’un Comité PPP qui sera en charge de la politique PPP et d’une Unité PPP. Il est crucial que ces organes soient mis en place rapidement, au risque de créer un vide institutionnel. De surcroit, il est important que les compétences respectives et les interactions des différents organes prévus par la Loi PPP soient clarifiées par les décrets d’application à venir.

Il est important de préciser qu’à l’instar de la Loi BOT, la Loi PPP prévoit un régime fiscal et douanier incitatif. Toutefois, ce dispositif s’avèrera insuffisant ou incomplet pour la plupart des investisseurs PPP souvent gourmands en termes d’exemptions et d’allègements fiscaux. Si la Loi BOT prévoyait une obligation de ratification de la convention BOT, cette obligation a disparu sous la Loi PPP. Or, à l’instar des exigences dans le secteur minier guinéen, l’intervention de l’assemblée nationale permet un contrôle sur les dispositifs incitatifs octroyés et de formaliser, sur un plan légal, la validité de ces dispositifs. De surcroit, elle permet une information régulière du public sur les projets éligibles aux PPP participant ainsi à l’adhésion des populations aux politiques publiques. Une clarification sur le sujet serait donc la bienvenue.

Nul doute que les investissements étrangers seront importants pour amorcer le redémarrage post-Covid-19. Mais cela ne doit pas occulter le fait que l’investissement local est la meilleure façon de maintenir les capitaux dans le circuit local pour refinancer notre économie. A cet effet, il pourrait être envisagé une participation locale obligatoire dans certains PPP. Des mécanismes de transfert de technologie et de compétences devraient également être élaborés.

Par ailleurs, les projets PPP ont besoin, pour leur épanouissement, d’une stabilité socio-politique. A défaut, la bancabilité des projets PPP demeurera une utopie. Les exemples des pays de l’Afrique Francophone qui ont réussi dans la matière, à l’instar du Maroc ou du Sénégal, le prouvent à suffisance. La période actuelle pourrait donc être mise à profit par les parties prenantes pour résoudre la crise socio-politique actuelle. A défaut, une crise économique risque de s’ajouter à la crise socio-politique et le PPP ne pourra pas servir d’outil de redémarrage post-Covid-19.

Alors que son poumon économique (le secteur minier) est globalement épargné par la crise du Covid-19, la République Guinée doit saisir cette nouvelle donne économique pour relancer sa politique économique par la mise en œuvre de projets d’infrastructures public privé (hors secteur minier), notamment dans les secteurs qui favorisent l’innovation. L’occasion est ainsi belle pour diversifier son économie, à condition de créer, dès à présent, les conditions propices à ces investissements et à leur financement.

Baba Hady Thiam

Avocat aux Barreaux de Guinée et de Paris


Banner LNG Gestion et Economie

 
FINANCE

La banque des BRICS mobilise 1,5 milliard $ sur le marché international des capitaux

La DEG allemande a injecté 386 millions € de financements en 2020 au profit de l'Afrique subsaharienne

Après le Mali et l’Ouganda, l’assureur agricole Oko lève 1,2 million $ et cible la Côte d’Ivoire

Altica Partners recrute un ancien de Standard Chartered Bank et de Goldman Sachs pour son 1er fonds ciblant l'Afrique

 
AGRO

Mali : la BAD appuiera la création d’agropoles et l’emploi féminin dans les chaînes de valeur agricoles (DSP 2021-2025).

Criquets pèlerins : la situation est désormais sous contrôle en Afrique de l’Est (expert)

Tunisie : le producteur d’huile d’olive CHO veut lever 12 millions d’euros auprès de la SFI et du FMO

Cameroun : un projet de 65 milliards FCFA pour développer les filières porcine, bovine et piscicole

 
ELECTRICITE

Togo : report sine die de la mise en opération de la centrale Kékéli efficient power

Togo : mise en opération de la centrale Kékéli Efficient Power, vendredi

Projet Kandadji : le parlement nigérien entérine un appui financier de 150 millions $ de la Banque mondiale

Cameroun : grâce à un engagement à payer 2,7 milliards FCFA, Eneo met un terme à son litige avec Victoria Oil & Gas

 
HYDROCARBURES

Top 5 des infos qu’il ne fallait pas rater cette semaine dans le secteur pétrolier africain

Mort d’Idriss Déby : formés et armés en Libye, les rebelles lorgnent la production pétrolière

Afrique du Sud : la raffinerie d’Engen sera convertie en terminal d’importation de produits pétroliers propres

Libye : la relance du secteur énergétique s’annonce plus complexe que prévu

 
MINES

Or, Palladium, Fitch, RDC : 5 informations qu’il ne fallait pas manquer dans l’actualité minière africaine cette semaine

La RDC fait le grand ménage dans l’exploitation de son cobalt, avant le rush mondial sur les voitures électriques

La banque sud-africaine Nedbank cessera de financer de nouvelles mines de charbon à partir de 2025

Afrique australe : la production de diamants a baissé chez De Beers au premier trimestre

 
TELECOM

Brazzaville accueille les acteurs clés du numérique de l’Afrique centrale

Les écoles togolaises bientôt connectées à Internet par Unicef et l’UIT

1992-2021 : la désescalade africaine de Millicom – Tigo en 6 étapes

Ethiopie : les concurrents d’Ethio Telecom seront normalement connus dans 3 jours

 
TRANSPORT

Kenya : l'Etat veut promouvoir les modes de transport non motorisés

Le Maroc et l’Espagne ravivent le méga projet d’un tunnel sous-marin ferroviaire sous le détroit de Gibraltar

Coopération bilatérale Kenya – RDC : un accord sur les transports est signé

Cameroun – Congo : 2 scanners pour le Poste de contrôle unique frontalier de Ntam sur l’axe Ketta-Djoum

 
ENTREPRENDRE

Au Cameroun, LaKelle fait de l’ombre aux marques de prêt-à-porter étrangères

La start-up kényane Pula propose un service d’assurance abordable pour les agriculteurs africains

En Côte d’Ivoire, des déchets industriels transformés en alvéoles d’œufs

Au Mali, des mères au foyer se lancent dans la transformation de produits locaux

 
ECHO

World happiness report : les pays africains où l’on vit le plus heureux en 2021 - (Infographie)

Des drones made in Niger, le pari réussi d’Abdoulaziz Kountché

Cameroun : des machines fabriquées localement pour la petite industrie agroalimentaire

Sans rien produire, le Bénin​ va participer au secteur pétrolier en Afrique - (Vidéo)

 
FORMATION

Côte d’Ivoire : le gouvernement propose des bourses de formation dans le domaine des mines

L’Université de Johannesburg, première mondiale dans la promotion de la croissance économique

Un cours en ligne sur la programmation de l’Internet des objets

Algérie : bientôt deux écoles spécialisées en mathématiques et en intelligence industrielle

 
COMM

Cameroun : La TV nationale va payer une centaine de millions de FCFA pour les droits d’images des championnats de football

Audiomack collabore avec MTN pour élargir l’accès à sa plateforme au Nigeria

MSF, Canal+ Afrique et Speak Up Africa organisent « Zéro Palu Ensemble », le grand concert africain caritatif pour mobiliser

Ghana : arrêt des activités de 49 chaînes de télévision en clair opérant sans licence

Enveloppe
Recevez votre lettre Ecofin personnalisée selon vos centres d’intérêt

sélectionner les jours et heures de réception de vos infolettres.