Volaille : la bataile du continent africain contre les importations à bas prix

Volaille : la bataile du continent africain contre les importations à bas prix

(Ecofin Hebdo) - Sur ces dernières décennies, la consommation africaine de volaille a été l’une des plus dynamiques au monde. Mais avec la hausse de la demande, les importations bon marché ont explosé ces dernières années, bouleversant au passage l’industrie locale. Et si cette situation semble bien partie pour durer, en raison de la faiblesse de l’offre intérieure, les filières locales ne sont pas pour autant vouées à la disparition, à condition de se repenser avec le soutien des gouvernements…

 

Un marché en plein boom

Le continent africain reste le plus dynamique, en ce qui concerne la consommation de la viande de volaille. Avec une valeur estimée à 15 milliards $, le marché de la volaille capte 15 % de la croissance mondiale de l’industrie, selon un rapport publié en 2017 par le groupe bancaire néerlandais Rabobank.

Avec une valeur estimée à 15 milliards $, le marché de la volaille capte 15 % de la croissance mondiale de l’industrie, selon un rapport publié en 2017 par le groupe bancaire néerlandais Rabobank.

L’Afrique subsaharienne est la zone qui offre les perspectives les plus intéressantes. Dans la région en effet, la consommation de volaille a progressé plus rapidement que celle de toutes les autres viandes.

 poulet

Le poulet braisé, très apprécié en Afrique.

 

Certes, le volume par habitant est encore faible, soit 2,3 kg par an contre une moyenne mondiale de 14 kg, et varie de 0,5 kg par tête en Ethiopie à 2 kg en Côte d’Ivoire et grimpe jusqu’à 40 kg par an en Afrique du Sud.

Le volume par habitant est encore faible, soit 2,3 kg par an contre une moyenne mondiale de 14 kg, et varie de 0,5 kg par tête en Ethiopie à 2 kg en Côte d’Ivoire et grimpe jusqu’à 40 kg par an en Afrique du Sud.

Mais cela offre des possibilités de développement considérables, étant donné que la transition démographique n’est pas encore achevée et que l’urbanisation devrait se poursuivre dans les prochaines décennies. Autant de facteurs qui font déjà du continent, et plus encore dans le futur, un débouché de choix pour les régions exportatrices, dans un contexte où les marchés européens et américains sont de plus en plus saturés.

Afrique

 Les importations hors Afrique alimentent 80 % du marché.

 

Les importations ont notamment explosé depuis le début des années 2000, passant de 250 000 tonnes à près de 1,2 million de tonnes en 2011, selon les données du Département américain de l’agriculture (USDA). On estime actuellement que les importations étrangères alimentent 80 % du marché. Celles-ci proviennent essentiellement du Brésil, des USA et de l’Union européenne. Profitant de l’ouverture des pays au commerce, de leurs capacités d’exportation, de prix de production plus faibles et des économies d’échelle, ces trois acteurs ont boosté leur part de marché. L’USDA estime ainsi que l’Afrique subsaharienne était, en 2014, le 3e plus important marché pour la volaille américaine. Un pays comme l’Angola est devenu, en 2018, le 5e plus grand importateur de volaille américaine, avec 184 millions $ consacrés aux achats.

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En Afrique, la consommation de volaille a progressé plus rapidement que celle de toutes les autres viandes.

 

De son côté, l’UE qui exportait 27 % de sa volaille vers l’Afrique en 2003, a vu ce chiffre atteindre les 50 % durant ces dernières années, selon des données rapportées par RFI. Pour sa part, le Brésil domine le marché sud-africain avec 61,5 % des importations en 2018, d’après des données de l’Association sud-africaine de la volaille (SAPA).

L’USDA estime ainsi que l’Afrique subsaharienne était, en 2014, le 3e plus important marché pour la volaille américaine. Un pays comme l’Angola est devenu, en 2018, le 5e plus grand importateur de volaille américaine, avec 184 millions $ consacrés aux achats.

Si les niveaux de pénétration du marché africain sont déjà importants, la tendance ne devrait par s’inverser dans les prochaines années. Et pour cause, selon les projections de l’OCDE et de la FAO, plus de la moitié de la viande de volaille consommée en plus en Afrique subsaharienne, d’ici 2025, sera importée.

 

Une production locale faible

L’augmentation des importations résulte non seulement de la hausse de la demande de la part des consommateurs africains en quête de sources de protéine bon marché, mais aussi de la faiblesse de la fourniture domestique. D’après les estimations de Rabobank, la production africaine de viande de volaille avoisine 3,6 millions de tonnes. Plus du tiers est assuré par l’Afrique du Sud. L’industrie de la volaille y est plus développée que celle de tout autre pays de la région, avec une valorisation de près de 3 milliards $. En dehors de l’Afrique du Sud, les autres pays majeurs sont l’Egypte, le Maroc, le Nigeria et l’Algérie.

Contrairement à certaines régions du monde, la production africaine est segmentée, avec un système traditionnel où les producteurs élèvent les volailles en plein air sans un investissement particulier dans la nourriture ou des services vétérinaires. Ce système, dont la production est essentiellement destinée à la consommation et l’excédent écoulé sur le marché, fournit 70 % de la volaille locale consommée dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest, selon l’étude « Croissance agricole en Afrique de l’Ouest (AGWA) », publiée en 2015. On distingue en outre une production semi-commerciale se déroulant dans les zones péri-urbaines et d’une manière saisonnière, ciblant essentiellement les périodes de consommation élevées comme la Noël et le Nouvel An et une production mécanisée avec une forte intégration.

 KFC

 Les chaînes de restauration comme KFC nouent des partenariats locaux pour s’approvisionner.

D’après de nombreux analystes, la progression de l’offre est freinée par de nombreux goulots d’étranglement. Certains pointent du doigt le coût élevé de l’alimentation animale (maïs jaune notamment) sur les marchés locaux, qui peut représenter 60 à 70 % des coûts totaux de production. Selon les estimations de l’USDA, un sac de maïs jaune de 50 kg coûte localement 57 $, contre 15 $  pour le sac importé. A ce facteur s’ajoutent les problèmes liés à l’approvisionnement électrique, la maîtrise de la qualité sanitaire des produits et les chaînes de froid. Ces différents éléments contribuent à réduire la compétitivité de l’industrie de la volaille.

S’il est vrai que la progression des importations n’a pas totalement annihilé la demande par les populations des produits locaux, la situation de l’industrie locale est loin d’être reluisante face à des volailles industrielles importées. L’écart se creuse aussi bien en matière de qualité que de prix. Au Ghana, le kilogramme de poulet local coûtait ainsi, en 2016, 15 $ contre 3,5 $ pour la volaille importée. « Une étude que nous avons menée en 2017 sur le marché de la volaille au Mali montre que les jeunes entrepreneurs qui se lancent sur ce marché ferment boutique au bout d’un an d’opérations, en raison de la concurrence internationale. Concrètement pour rentabiliser, un entrepreneur qui sort sa première production doit écouler le kilogramme de poulet de chair à 1 250 FCFA. Au même moment, les poulets de chair importés sont commercialisés à 1200 FCFA par kilogramme », explique à RFI, Alhoussseinie Diabaté, chercheur à la Faculté de droit privé de l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako. ¨¨

L’écart se creuse aussi bien en matière de qualité que de prix. Au Ghana, le kilogramme de poulet local coûtait ainsi, en 2016, 15 $ contre 3,5 $ pour la volaille importée.

Face à la fragilité de l’aviculture locale qui conserve une importance socio-économique pour de nombreux ménages, les pays africains ont adopté plusieurs mesures. En Afrique du Sud, le gouvernement a récemment revu à la hausse les droits de douane sur la volaille désossée et non désossée afin de réduire l’effet des importations bon marché sur l’industrie locale. Profitant de la grippe aviaire qui s’est déclenchée en 2005/2006, le Sénégal et le Burkina Faso ont appliqué des interdictions d’importation pour éviter toute contamination. Ces deux pays maintiennent d’ailleurs, jusqu’à l’heure actuelle, des contrôles phytosanitaires pour protéger les producteurs nationaux et familiaux semi-commerciaux. La Côte d’Ivoire, elle, impose depuis 2009 un prélèvement compensatoire de 1000 FCFA sur chaque kilogramme de volaille importé afin de neutraliser les effets des subventions à l'exportation dans les pays d'origine pour éviter qu’elles ne portent préjudice aux producteurs nationaux.

La Côte d’Ivoire, elle, impose depuis 2009 un prélèvement compensatoire de 1000 FCFA sur chaque kilogramme de volaille importé afin de neutraliser les effets des subventions à l'exportation dans les pays d'origine pour éviter qu’elles ne portent préjudice aux producteurs nationaux.

Pour sa part, le Nigeria a interdit les importations de volailles congelées depuis 2002. A ces mesures nationales s’ajoutent les protections régionales. En Afrique de l’Ouest, les importations de volailles congelées sont soumises à un droit de douane de 35 % contre 25 % précédemment.  

 

Des perspectives pour la filière ouest-africaine

S’il est vrai que les marges de manœuvre sont réduites face à l’essor des importations, les opérateurs locaux ne sont pas hors-jeu et ont encore leur place sur ce marché en plein développement. Face au boom attendu de la demande dans les années à venir, de nombreux analystes indiquent que l’avenir des acteurs locaux dépendra aussi bien de leur efficacité que d’une collaboration étroite avec les pouvoirs publics. Si les Etats peuvent toujours prendre des mesures de protection fortes à travers des tarifs élevés ou des interdictions fermes d’importation, la réalité est que les filières auront du mal à résister tant que les problèmes internes persisteront dans la chaîne de valeur du poulet de chair.

 developpement

 Les opérateurs locaux ne sont pas hors-jeu et ont encore leur place sur ce marché en plein développement.

Une amélioration de l’offre en matières premières, un soutien à la transformation permettant aux acteurs de découper leur volaille à l’image des produits importés, des investissements dans la chaîne de froid et du conditionnement pourraient ouvrir de nombreuses opportunités pour les opérateurs.

D’après le rapport AGWA, cela pourrait notamment permettre d’élargir les marchés de niche chez les consommateurs haut de gamme pour inclure du poulet réfrigéré produit localement, bien emballé et traçable. En outre, les entreprises pourraient nouer des partenariats d’approvisionnement avec des chaînes de restauration à service rapide comme KFC et McDonald’s. Un exemple de cette alliance en Afrique de l’Ouest se développe entre la chaîne de restauration rapide spécialisée dans le poulet cuisiné, KFC, et Coqivoire, premier producteur de viande de volaille en Côte d’Ivoire et filiale de la Société ivoirienne de productions animales (Sipra). 

Espoir Olodo

 Espoir Olodo

 

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