Reprendre le contrôle de notre communication, de nos informations et de nos images

Reprendre le contrôle de notre communication, de nos informations et de nos images

(Ecofin Hebdo) - Les dirigeants africains et, dans une moindre mesure, les entreprises du continent, ne s’en rendent peut-être pas compte, mais la communication est une bataille économique majeure et l’Afrique est en train de la perdre.

« Afrique nouvel eldorado »« continent plein de potentiel  et de promesses»… Les éléments de langage répétés ces dernières années pour prouver l’intérêt, pas si récent que ça, pour le continent africain, n’épargnent aucun secteur d’activité. Dans le domaine de la communication, des médias et du divertissement, la plupart des experts sont catégoriques : le contenu africain n’a jamais autant suscité de convoitises. Seulement, le problème avec une grande partie de ce « contenu africain », c’est qu’il n’est pas produit par les Africains. Finalement, alors que le continent devrait occuper une position de vendeur, il se retrouve bien souvent, quand il n’est pas consommateur, simple collaborateur dans la réalisation du fameux « contenu africain ».

Finalement, alors que le continent devrait occuper une position de vendeur, il se retrouve bien souvent, quand il n’est pas consommateur, simple collaborateur dans la réalisation du fameux « contenu africain ».

Et, en dehors du divertissement, cela vaut pour tous les services en matière de médias et de communication. Finalement, comme dans de nombreux autres domaines, la plupart des dirigeants africains et entreprises du continent ne saisissent pas tous les enjeux liés à ce secteur d’activités.

Il y a un an, « Black Panther », le blockbuster de Marvel, est devenu le film le plus rentable de l’histoire du cinéma d’Afrique subsaharienne, en générant un peu plus de 9 millions de dollars dans la région. Véritable phénomène où se croisent les rêves d’une Afrique développée et un marketing diablement efficace, ce film est révélateur de notre naïveté face aux enjeux du secteur de la communication en Afrique. Produit aux États-Unis, mais vendu comme une « réussite africaine », campée par des acteurs noirs, Black Panther a généré tous ses profits hors d’Afrique. Étonnamment, le film a créé une véritable ruée occidentale vers le « contenu africain ». Sony a décidé de coproduire une série sur l’histoire des amazones du Dahomey (Bénin). Netflix et Amazon se sont lancés dans la coproduction de séries africaines.

Étonnamment, le film a créé une véritable ruée occidentale vers le « contenu africain ». Sony a décidé de coproduire une série sur l’histoire des amazones du Dahomey. Netflix et Amazon se sont lancés dans la coproduction de séries africaines.

De nombreux studios européens ont pris conscience de l’opportunité. Le succès de Black Panther sur le continent veut aussi dire qu’il y a un public, un marché, prêt à dépenser pour du « contenu africain ».

En Afrique également, certains créateurs du contenus se rendent compte de l’intérêt de ce momentum particulier et de ses opportunités. Mais faute de financements, ces derniers doivent collaborer avec les producteurs étrangers. Au final, les revenus finissent, encore une fois, par être générés, pour leur grande majorité, hors d’Afrique.

Peu de gouvernements semblent avoir conscience de l’importance prise sur le continent par les industries créatives, principalement audiovisuelles. Pourtant, l’exemple nigérian l’atteste.

C’est de là, et avec un soutien progressif des autorités, que sont parties les industries créatives nigérianes pour écrire la success-story mondiale que nous connaissons aujourd’hui.

La république fédérale veut augmenter la part des industries créatives dans le PIB national (2% en 2018). Ces industries créatives ont généré, en 2018, 4 milliards de dollars et de nombreux experts prévoient que le chiffre double en 2020.

1Reprendre le contrôle de notre communication de nos informations et de nos images

Les premières productions de Nollywood étaient destinées au marché local.

 

Ce potentiel économique des industries créatives est en fait le résultat des incroyables progrès de la musique et du cinéma made in Nigeria. Il faut rappeler que les premières productions de Nollywood, et il en est de même pour l’industrie musicale nationale, étaient destinées au marché local. C’est de là, et avec un soutien progressif des autorités, que sont parties les industries créatives nigérianes pour écrire la success-story mondiale que nous connaissons aujourd’hui.

Hélas, en Afrique peu de gouvernements, institutions ou fonds financent les industries créatives. Même pour la promotion des contenus produits localement, les Africains investissent peu.

Depuis que l’Organisation Internationale de la Francophonie ne soutient plus la participation des chaînes africaines au Marché international des programmes de télévision (MIPTV), on y retrouve peu de participants africains. Rien n’est fait pour soutenir la participation des créateurs africains de contenus aux évènements internationaux. Et des évènements comme le Discop Africa (Salon du contenu audiovisuel africain) se font plutôt rares sur le continent. Faute de promotion et de visiblité, le contenu africain a peu de chances de devenir rentable. Seules quelques pépites finissent parfois par être commercialisées sur le continent, par d’autres qui en tirent les bénéfices.

Cette situation se retrouve à plusieurs niveaux, dans le secteur de la communication, des médias et du divertissement. En dehors de MultiChoice, les principaux opérateurs de télévision payante du continent sont étrangers : Canal + et StarTimes. Dans le même temps, Netflix tient la dragée haute aux champions africains du streaming et de la vidéo à la demande (VoD), qui doivent faire avec le coût élevé de la donnée internet, une connexion trop souvent de mauvaise qualité, et parfois des taxes incapacitantes.

Sur le plan de la communication classique, très peu d’agences africaines de publicité ou de marketing ont le rayonnement de Voodoo Communication. De nombreuses campagnes destinées au public africain sont réalisées par les filiales de grands groupes occidentaux, qui sont parfois favorisées par les autorités de la concurrence.

Puis vient le tragique cas des médias. C’est une hérésie que la grande majorité de l’information africaine soit émise de l’étranger. Sur leur propre territoire, les agences des presse africaines et autres médias locaux ne peuvent faire face à une concurrence étrangère dotée de moyens infiniment supérieurs. Ce faisant, c’est en grande partie notre communication, notre storytelling et même notre image que abandonnons aux médias étrangers, souvent priorisés par les dirigeants africains eux-mêmes.

C’est une hérésie que la grande majorité de l’information africaine soit émise de l’étranger. Sur leur propre territoire, les agences des presse africaines et autres médias locaux ne peuvent faire face à une concurrence étrangère dotée de moyens infiniment supérieurs.

Si la grande majorité de ces secteurs, considérés comme classiques, sont délaissés, alors l’avenir des nouvelles industries ludiques comme le jeu vidéo et le eSport, très rentables à l’échelle internationale (près de 120 milliards de dollars générés au plan mondial en 2018), peut être prédit en peu de mots.

Il est grand temps que tous les Africains prennent la mesure de l’opportunité que constitue le secteur de la communication, des médias et du divertissement. Le potentiel économique de ce secteur est gigantesque et il serait déplorable, pour les Africains qu’il leur échappe.

Nous devons reprendre le contrôle de notre communication, de notre image, du récit de notre histoire et de notre actualité.

 

Quelques pionniers africains de la communication, des médias et du divertissement qui investissent en Afrique francophone subsaharienne 

 

Ismaila Sidibé (Mali) 

2Ismaïla Sidibé

 

Véritable précurseur du secteur audiovisuel à l’échelle africaine, Ismaila Sidibé est présent dans le secteur depuis les années 90. PDG du groupe Africable et chez Tnt Sat, il est le premier africain a avoir investi dans une station privée de télécommunications par satellite. Un investissement qui permet la diffusion en clair d’un bouquet de 54 chaînes de l’UEMOA. Compatible à la TNT, l’infrastructure permettra à ce pionnier de la télévision de rester présent dans l’écosystème pour de très longues années.

 

Sidy Diagne (Sénégal)

3Sidy Diagne

 

PDG d’Excaf Telecom, l’opérateur exclusif de la TNT au Sénégal, Sidy Diagne porte l’héritage de son père, Ben Basse Diagne, fondateur de l’entreprise. Sidy Diagne dirige l’une des seules entreprises africaines choisies par une nation du continent pour conduire sa migration vers la télévision numérique.

 

Emmanuel Chatué (Cameroun) 

4Emmanuel Chatué

 

Fondateur de Canal 2 International et de Sweet FM, le camerounais fournit certaines des chaînes d’Afrique francophone, les plus présentes chez les opérateurs de télévision payante de la région.

SA

 

Servan Ahougnon

servan ahougnon

Ndeye Khady Gueye

 

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