Grandes compagnies minières africaines (1ère partie) : le marocain Managem

Grandes compagnies minières africaines (1ère partie) : le marocain Managem

(Ecofin Hebdo) - Les immenses ressources minérales dont regorge le sous-sol africain sont pour la grande majorité exploitées par des compagnies étrangères. Toutefois, malgré l’écrasante puissance et l’appétit de géants comme Barrick, Anglo American, Vedanta Resources, Vale ou encore Newmont, quelques rares sociétés du continent arrivent à tirer leur épingle du jeu. Portrait du marocain Managem, un groupe qui existe depuis près d’un siècle, qui s’est imposé au fil des années comme leader de son secteur au Maroc et qui continue de se transformer sans cesse pour mieux avancer.

 

La « difficile » année 2019 d’un des acteurs majeurs des Mines en Afrique

En mars dernier, Managem a publié ses résultats pour le compte de l’exercice terminé en décembre 2019. Il en ressort qu’au terme de l’exercice, l’excédent brut d’exploitation était de 1,13 milliard de dirhams (-15%) alors que le résultat net part du groupe a baissé de 797 millions de dirhams pour s’établir à - 427 millions de dirhams. Conséquences des difficultés rencontrées, le conseil d’administration a proposé à l’assemblée générale ordinaire de ne pas distribuer de dividendes au titre de l’exercice 2019.

Ainsi, malgré des cours de ventes au ralenti (-49% pour le cobalt, -9% pour le zinc et -7% pour le cuivre), le chiffre d’affaires a crû de 5% pour s’établir à 4,55 milliards de dirhams.

Si l’année 2019 a été difficile pour le groupe Managem, ce dernier a quand même montré une certaine résilience pour réduire l’impact de la baisse des cours des métaux sur ses finances. Ainsi, malgré des cours de ventes au ralenti (-49% pour le cobalt, -9% pour le zinc et -7% pour le cuivre), le chiffre d’affaires a crû de 5% pour s’établir à 4,55 milliards de dirhams.

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Le gisement d’Imiter dans le Saghro central.

 

Cette performance a été portée, apprend-on, par une augmentation de 33% de sa production de cobalt, une multiplication par trois de la production d’or et une production d’argent en hausse de 23%.  La société a réalisé des avancées majeures dans les projets de développement portant sur les métaux précieux, conformément à sa nouvelle stratégie visant à concrétiser de grands projets de taille mondiale. « Managem poursuit sa stratégie de croissance africaine orientée vers le développement de projets de grandes tailles, visant à donner une nouvelle dimension au Groupe, et basée sur un programme d’investissements soutenu », a déclaré la société, décidée à vite oublier les douze derniers mois et à se concentrer sur ses ambitions. 

 

Aussi important que l’OCP

Si Managem est présente aujourd’hui dans neuf pays africains, il ne faut pas oublier que son histoire a commencé de façon modeste en 1928 avec la découverte d’un gisement de cobalt à Bou-Azzer dans l’Anti-Atlas au Maroc. Pour exploiter les ressources de ce prospect, une nouvelle entité est créée : la Compagnie de Tifnout Tighanimine (CTT). Forte du succès rencontré à Bou-Azzer, la compagnie engage un processus de diversification et de développement, six ans plus tard, avec la création de l’ONA, Omnium Nord-Africain, une holding chargée d’étendre ses activités dans d’autres secteurs miniers (fer, argent, plomb, cuivre, manganèse, etc.).

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 Tout a commencé à Bou-Azzer.

 

En 1996, Managem voit le jour pour gérer l’ensemble des activités minières de l’ONA. Aujourd’hui, le groupe exploite au Maroc la mine Bou-Azzer, une des rares au monde à produire uniquement du cobalt. Elle détient également dans le pays des filiales, dont la Société Métallurgique d’Imiter qui exploite de l’argent sur le gisement d’Imiter dans le Saghro central. Cette mine se distingue notamment par la qualité du minerai extrait. Elle est capable de produire des lingots d’une pureté de 99,5%.

Cette mine se distingue notamment par la qualité du minerai extrait. Elle est capable de produire des lingots d’une pureté de 99,5%.

En outre, à Draa Sfar, près de Marrakech, la compagnie possède des mines polymétalliques englobant trois gisements qui produisent des concentrés de zinc, de plomb et de cuivre. Elle produit aussi du cuivre (Oumejrane, Bleida et Akka) et de la fluorine à El Hammam.

Si évoquer le secteur minier marocain fait penser directement à l’Office chérifien des phosphates (OCP), il faut remarquer que Managem pourrait y jouer à l’avenir un rôle tout aussi important. La compagnie leader du secteur minier du royaume chérifien est cotée en bourse depuis 2000 et son principal actionnaire Al Mada est, entre autres, détenu par la holding de la famille royale. Ses résultats financiers, depuis plusieurs années, traduisent son succès. En effet, depuis 2014, le chiffre d’affaires de Managem est en moyenne de 4 milliards de dirhams marocains (418,44 millions $) atteignant même en 2017 le pic de 5,2 milliards de dirhams (544,5 millions $).

 

L’expansion en Afrique

Parée de ce succès sur le plan national et pour mieux faire face à la volatilité des cours des métaux de base, Managem s’est lancée depuis plusieurs années dans une stratégie d’expansion en Afrique.  

3Imad Toumi

Imad Toumi : « Nous sommes aujourd’hui à un virage stratégique.»

 

« Nous sommes aujourd’hui à un virage stratégique, nous avons la conviction que notre croissance et notre développement futurs passeront par une croissance en dehors de nos frontières, en Afrique, et par le renforcement de l’or dans notre portefeuille minier […] Notre objectif en Afrique est d’atteindre, à l’horizon 2020, 250 000 onces de production d’or », déclarait aux médias en 2016 le PDG Imad Toumi.

« Nous avons la conviction que notre croissance et notre développement futurs passeront par une croissance en dehors de nos frontières, en Afrique »

A l’époque, le groupe venait d’acquérir auprès d’Avocet Mining, 40% d’intérêts dans le projet aurifère Tri-K en Guinée, d’une capacité de production annuelle de 140 000 onces d’or sur une durée de vie d’une décennie. Quelques années plus tôt, elle avait inauguré, en 2013, au Soudan, la mine d’or de Wadi Gabgaga qui aurait une capacité de production annuelle d’environ 100 000 onces. Au Gabon, la compagnie marocaine est, depuis 2010, une pionnière dans le secteur aurifère en concluant un accord avec le gouvernement gabonais afin d’exploiter la mine d’or de Bakoudou. Depuis 2011, elle y a produit environ 176 000 onces avant d’annoncer en juin 2017 la fin des activités. Une situation engendrée par l’épuisement des réserves sur la seule mine d’or industrielle en activité dans le pays. Cet arrêt des activités à Bakoudou ne signifie pourtant pas la fin de la présence de la compagnie dans le pays puisqu’elle est active également sur le projet aurifère Etéké. « Nous sommes actuellement encore en phase d’étude de faisabilité et de discussion avec l’État gabonais sur les permis d’exploitation pour la mine d’or d’Etéké […] L’exploitation commencera d’ici trois à quatre ans. Il faut encore terminer quelques études et prévoir deux ans de construction », a commenté le PDG Toumi. 

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Managem veut renforcer la part de l’or dans son portefeuille minier.

 

En RDC, dans le Katanga, le projet Pumpi s’étend sur 27 km² et héberge d’importants gisements de cuivre et de cobalt. Les travaux d’exploration entrepris à ce jour ont permis d’identifier une ressource d’environ 600 000 tonnes de cuivre et 117 000 t de cobalt. L’étude de faisabilité en cours prévoit une production annuelle de 50 000 tonnes de cuivre et 4 600 t de cobalt. Managem possède 20% d’intérêts dans l’actif, aux côtés du chinois Wambao Mining (75%) et de l’Etat congolais (5%). A cela s’ajoutent d’autres projets d’exploration aurifère en Ethiopie, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Mali.

 

L’avenir du groupe Managem

Les principaux chantiers sur lesquels travaille actuellement Managem comprennent l’achèvement de la construction de Tri-K, avec un démarrage de la production en 2021 et un objectif de production nominale de 3,5 tonnes d’or par an. Il faut ajouter la finalisation de l’étude de faisabilité du projet cuprifère Tizert au Maroc, le démarrage de la production du grand projet cobalt-cuivre Pumpi en RDC, ou encore une nouvelle extension de capacité de sa mine d’or au Soudan.

« Depuis l’acquisition des premiers permis en Afrique il y a plus de 20 ans, nos activités n’ont cessé de s’étendre et nous sommes actuellement présents dans 9 pays africains, dont le Maroc. »

« Depuis l’acquisition des premiers permis en Afrique il y a plus de 20 ans, nos activités n’ont cessé de s’étendre et nous sommes actuellement présents dans 9 pays africains, dont le Maroc, avec un portefeuille d’actifs équilibré, à différents stades de maturité et de développement », résume le PDG Imad Toumi, dans un rapport publié en 2018.

Conscients du potentiel de croissance représenté par le continent africain, les dirigeants de la compagnie ont consacré ces dernières années à placer des pions dans plusieurs secteurs miniers en Afrique. Si son calendrier d’échéances devrait être retardé par la pandémie du Covid-19 qui sévit actuellement, il ne fait aucun doute que Managem finira par récolter les fruits de tous ses investissements.

Louis-Nino Kansoun

Louis Nino Kansoun

 

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