Financement des infrastructures africaines : une opportunité de 1700 milliards $ pour le secteur privé international

(Ecofin Hebdo) - La question des infrastructures fait l’objet de nombreux débats, étant la condition absolue pour parvenir à un développement du continent. Un stock important de ressources a déjà été engagé dans ce sens. Et pourtant il existe encore un gap de financement considérable, jusqu’en 2040. Un gap qui, de l’avis de plusieurs analyses, constitue une opportunité pour le secteur privé international.

 

Par-delà les discours, la question des infrastructures en Afrique fait désormais l’objet d’une préoccupation majeure dans les divers pays du continent. Pour les 22 prochaines années, le total des engagements, pour la construction des infrastructures, s’évalue à 4300 milliards $, selon des données accumulées par Global Infrastructure Hub (GIH). Or sur la même période, les besoins s’élèvent à environ 6000 milliards $.

courbes des infrastructures besoins en bleu engagements en verts

En bleu les besoins en capitaux, en vert les engagements à ce jour.
Source : Infrastructure Consortium for Africa.

Jusqu’ici, le gros des financements des infrastructures, notamment en Afrique subsaharienne, a été majoritairement soutenu par les pays de la région, au contraire de ce que pense l’opinion générale. Les défis économiques qui ont affaibli les économies de cette zone depuis 2015, ont d’ailleurs négativement pesé sur le volume de capital octroyé à la construction de nouvelles infrastructures. Ainsi, selon des données publiées par le Consortium africain pour les infrastructures (ICA), les ressources engagées en 2016 étaient de 62,5 milliards $. Elles étaient en baisse de 21% comparées à celles de 2015, mais surtout, c’était le niveau le plus bas des engagements de la région pour le secteur, depuis 2012. Les besoins sont d’autant plus grands que, depuis quelques temps, sont venues s’ajouter des contraintes d’infrastructures, en vue d’atteindre les objectifs de développement durable.

Jusqu’ici, le gros des financements des infrastructures, notamment en Afrique subsaharienne, a été majoritairement soutenu par les pays de la région, au contraire de ce que pense l’opinion générale.

Or, dans les conditions actuelles des économies de la région, marquées par la volatilité sur leurs principaux marchés d’exportation et une croissance qui s’est un peu essoufflé, le GIH estime que les Etats africains ne pourront pas trouver la totalité de ces financements, même avec l’appui des bailleurs de fonds institutionnels comme le groupe de la Banque Mondiale, l’aide publique internationale ou encore la Chine. Les besoins additionnels de financement à compléter se chiffrent à près de 1700 milliards $.

 

Un gap de financement qui devrait susciter plus d’engouement du secteur privé

Selon plusieurs récentes analyses, ce défi financier pour les infrastructures en Afrique, constitue une belle opportunité pour le secteur privé international. On le retrouve dans la région sur plusieurs projets. C’est ainsi que de grands groupes comme Mota Engil Africa, General Electric, Bouygues, Bolloré et autres grands nom du secteur international de la construction, se retrouvent sur plusieurs chantiers en Afrique. A cela on ajoutera bien sûr les groupes chinois qui sont devenus très présents en Afrique.

 les engagement financer dans les infrastructures ont baissé en Afrique subsaharienne depuis 2012

Le volume des engagement dans les infrastructures depuis 2012
Source Infrastructure Consortium for Africa.

Mais la plupart de ces entreprises internationales interviennent davantage dans le cadre de contrats de réalisation d’une prestations de services, et non comme investisseurs. D’ailleurs, sur la période 2012 à 2016, l’implication du secteur privé international dans la construction des infrastructures africaines a été plutôt faible. De 9,7 milliards $ durant l’année 2012, ses engagements ont reculé à leur plus bas niveau qui était de 2,6 milliards $ en 2017.

Mais la plupart de ces entreprises internationales interviennent davantage dans le cadre de contrats de réalisation d’une prestations de services, et non comme investisseurs.

Pourquoi ces entreprises du secteur privé internatioanl n’investissent pas elle-mêmes ? Généralement, elles déplorent, surtout pour ce qui est de l’Afrique subsaharienne, un manque de protections contre des risques de contrepartie. Dans un tel contexte, il leur serait difficile de mobiliser les ressources adéquates pour s’engager durablement. Aussi, il est reproché aux pays de la région une absence de vision claire en matière de politique infrastructurelle, ce qui ne semble pas rassurer les investisseurs.

 

Les capitaux-investisseurs, des partenaires de choix ?

Une piste de réflexion a été de mobiliser le capital investissement, qui gère des ressources sur des périodes plus longues, avec des contraintes moins importantes que celles du financement bancaire. Aussi les sociétés de capital-investissement opérant en Afrique sont bien placées pour travailler aux côtés du secteur public et d'autres types d'investisseurs pour fournir surtout une capacité technique qui pourrait aider à développer les infrastructures du continent. Mais sur les 5 années s’achevant à la fin 2017, les investissements du private equity dans les infrastructures africaines, bien qu’en hausse, n’ont pas dépassé le niveau global des 12,5 milliards $, et seulement 97 projets ont bénéficié de ces financements. Entre 2015 et 2017, on a noté que seulement 9,5 milliards $ de fonds, ont été levés au bénéfice des infrastructures africaines.

Pourtant, les gouvernements africains n’ont pas le choix. Leurs ressources sont de moins en moins importantes, face aux besoins de leurs populations. A cela, s’ajoute l’exigence pour leurs économies, de bénéficier des investissements, non plus pour augmenter le stock des infrastructures, mais pour réaliser des ouvrages susceptibles d’impacter positivement la croissance. Plusieurs d’entre eux ont aménagé des cadres législatifs, pour améliorer les contrats avec le secteur privé. Mais leurs mises en œuvre constitue une autre paire de manche.

Idriss Linge

Idriss Linge

 

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