Entretien avec Ime Archibong, VP de Facebook : « Il y a déjà plus de 140 millions d’Africains qui utilisent Facebook pour leurs affaires ».

(Ecofin Hebdo) - En marge d’une rencontre d’experts organisée à Nairobi dans le cadre du processus de mise en place d’un conseil externe de régulation de contenus malveillants, cet originaire du Nigéria, devenu l’un des cadres dirigeants de Facebook, a bien voulu répondre aux questions de l’Agence Ecofin.

 

Agence Ecofin : Facebook consulte, depuis quelque peu, sur la mise en place de cet organe externe et indépendant de régulation de contenus publiés sur sa plateforme et dénoncés comme malveillants, pourquoi aujourd’hui, pourquoi maintenant ?

Ime Archibong : Nous étions ici à Nairobi pour consulter les experts que vous êtes pour avoir des informations et des contributions relativement à cette entité externe de décisions sur des contenus qui seront signalés comme malveillants, et que nous essayons de mettre sur pied.

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« Il nous revient d’assumer la responsabilité de ce que cette communauté d’utilisateurs peut être emmenée à produire.»

 

A la question de savoir pourquoi maintenant, je répondrai simplement que maintenant que nous avons atteint nos 15 ans, nous nous sommes mis à penser aux 2,7 milliards de personnes dans le monde, qui utilisent nos services, notamment Facebook, mais aussi Whatsapp et Instagram et autres. Nous nous sommes rendus compte, que nous avons sans aucun doute, le devoir de faire en sorte que cette communauté continue d’avoir le meilleur service de la part de Facebook, étant entendu qu’il nous revient d’assumer la responsabilité de ce que cette communauté d’utilisateurs peut être emmenée à produire.

Nous avons sans aucun doute, le devoir de faire en sorte que cette communauté continue d’avoir le meilleur service de la part de Facebook, étant entendu qu’il nous revient d’assumer la responsabilité de ce que cette communauté d’utilisateurs peut être emmenée à produire.

Nous savons aussi, qu’à mesure que cette communauté qui est la nôtre continue de grandir, que le monde devient de plus en plus complexe et change très rapidement, il deviendra impératif pour nous d’avoir l’expertise et les avis, non seulement des personnes qui travaillent chez Facebook, mais aussi de personnes tiers véritablement indépendantes, surtout sur la question des politiques de publication des contenus. L’année dernière, Mark Zuckenberg, directeur général et fondateur de Facebook, a présenté notre nouvelle vision sur le moyen de gouverner la politique de publication des contenus sur cette plateforme et comment on peut aller de l’avant.

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« Nous avons l’humilité de reconnaitre que nous ne pouvons avoir toutes les réponses.» 

 

Dans ce contexte, il a abordé la question de l’organe de supervision externe, dont le rôle sera de recevoir les plaintes et requêtes de personnes estimant être choquées par des contenus malveillants. Il ne s’agit pas pour Facebook de rejeter sa responsabilité. Au contraire, nous pensons simplement qu’une appréciation de nos politiques, renforcée par un avis et des expertises indépendantes, aiderait à mieux atteindre cet objectif.

 

Agence Ecofin : Qu’attendez de vous de cet organe indépendant et externe, et quelle est sa différence avec des initiatives précédentes qui ont visé, elles aussi, la gestion des contenus ? malveillants ?

Ime Archibong : Déjà nous sommes la seule plateforme technologique à se lancer dans ce type d’initiative. C’est assez nouveau et nous avons l’humilité de reconnaitre que nous ne pouvons avoir toutes les réponses. En réalité, le temps que nous avons pu passer avec ce groupe, le vôtre,  ici à Nairobi, nous a permis d’en savoir encore plus et d’être mieux renseignés sur la portée de ce que nous voulons faire. Au final, nous sommes convaincus que nous parviendrons à mettre en place un conseil qui aura l’indépendance que nous lui souhaitons et qui servira effectivement à prendre des décisions pertinentes et conséquentes sur le maintien ou non de contenus perçus comme indésirables. Mais il y une différence effectivement entre cette nouvelle entité et toutes les autres instances externes avec lesquelles Facebook s’est souvent engagé dans le cadre de la vérification des faits. Je crois que nous prenons très au sérieux ce projet, notamment du fait de l’expertise et de la diversité des compétences des personnes qui le constitueront et du fait aussi qu’elles proviendront de toutes les régions du monde. Un fait est, avec notre entreprise aujourd’hui, que influençons la vie de 2,7 milliards de personnes et nous devons les amener à partager les mêmes valeurs et la même confiance en notre plateforme.

Un fait est, avec notre entreprise aujourd’hui, que influençons la vie de 2,7 milliards de personnes et nous devons les amener à partager les mêmes valeurs et la même confiance en notre plateforme.

L’idée est donc, dans la prochaine année et même dans les 100 prochaines années, de faire en sorte que le monde tout entier puisse prendre part au processus de valorisation de cette initiative d’organe de supervision indépendant qui est en construction.

 

Agence Ecofin : Nous sommes habitués à des instance où l’Afrique n’est pas trés représentée. Est-ce qu’il y aura une prise en compte de toute la diversité de la région dans ce conseil externe ?

Ime Archibong : Ce sera en effet le cas. Vous parlez de la présence de Facebook en Afrique. Plus d’un milliard de personnes vivent sur ce continent et le nombre continue de progresser. L’utilisation croissante du mobile y est aussi une évidence absolue, près de la moitié de la population est d’abord connectée via le mobile. Nous voyons le nombre d’initiaitives qui se développent sur Facebook, et à quel point notre plateforme peut faciliter l’accès aux opportunités d’affaires. Aussi, nous nous engageons avec des start-up et des développeurs partout dans le monde, et nous rencontrons aussi ces talents sur le continent africain. Lorsque l’on constate l’impact positif que produit la connexion à internet sur des populations isolées, on mesure l’ampleur du travail qui reste à accomplir en Afrique. Donc, pour répondre directement à votre question, Oui ! Le continent africain est important pour notre entreprise, lorsque nous pensons à toutes ces personnes qui viendront utiliser nos outils, que ce soit Facebook, Whatsapp et Instagram, lorsque nous pensons au Conseil Indépendant qui interviendra à un niveau global, mais avec le souci de respecter des approches plus régionales.

Donc, pour répondre directement à votre question, Oui ! Le continent africain est important pour notre entreprise

Il sera donc important pour nous que des voix africaines y soient représentées. Le temps que nous avons passé ici durant les deux derniers jours, était destiné à nous assurer un feedback d’experts sur le contexte africain, qui réfléchissent sur cette question des contenus depuis des années, et de nous assurer que le Conseil est formé de manière appropriée. Un autre point, c’est que nous ferons en sorte qu’il y ait une représentation maximale. Il n’est toutefois pas possible d’avoir un représentant de chaque pays africain, mais nous nous assurerons d’avoir une expertise régionale qui puisse véritablement incarner la diversité de la région.

 

Agence Ecofin : Beaucoup de grands groupes et firmes d’analyse, parlent de l’Afrique comme étant le lieu de la croissance futur dans le monde. Quelle est la perception de Facebook vis-à-vis de ce continent, en terme de business ?

Ime Archibong : Cela nous ramène à ce que je disais lorsqu’on parlait de Facebook en Afrique, avec ces nombreux entrepreneurs et opérateurs économiques qui utilisent nos différents outils aujourd’hui.

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« Nous sommes prêts à mettre davantage nos produits au service du business. »

 

Quelques statistiques : il y a déjà plus de 140 millions de personnes sur le continent qui utilisent Facebook pour leurs affaires. Dans un pays comme celui dont je suis originaire, le Nigéria, ils sont 33 millions à utiliser nos outils pour réaliser des affaires. Vous savez, il y a des milliers d’histoires à raconter sur ces personnes en Afrique qui utilisent Facebook pour conquérir de nouveaux marchés jusque-là inaccessibles. Le résultat étant qu’ils se retrouvent à recruter plus de personnes pour développer leurs business. Oui ! on reçoit des témoignages pareils.

Vous savez, il y a des milliers d’histoires à raconter sur ces personnes en Afrique qui utilisent Facebook pour conquérir de nouveaux marchés jusque-là inaccessibles.

Je me souviens d’un en particulier, où, réunis toujours ici à Nairobi, nous avons récompensé une personne qui avait utilisé Facebook pour améliorer la productivité de dizaine de milliers d’agriculteurs. Donc vous voyez, lorsqu’on regarde ces usages de nos plateformes à des buts entrepreneuriaux, j’ai envie de vous dire oui, dans une perspective de marché, nous sommes prêts à mettre davantage nos produits au service du business. De ce fait, pour nous l’Afrique n’est pas simplement une place pour le futur, elle est déjà le lieu d’un marché au potentiel effectif avec ses entrepreneurs et toutes ses start-up.

 

Propos recueillis par Idriss Linge, à Nairobi

Idriss Linge

 

Ndeye Khady Gueye

 

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