Burkina Faso: Roch Marc Christian Kaboré, otage des terroristes

(Ecofin Hebdo) - Alors que se profilent 2020 et les élections présidentielles, le président Burkinabé Roch Marc Christian Kaboré est plus que jamais dans l’incertitude. Les chiffres auraient pu le conforter, mais hélas, dans un pays en pleine lutte contre le terrorisme, la persistance des problèmes sécuritaires complique l’envie du chef de l’Etat de rester dans ses fonctions après les prochaines élections. Porté en triomphe, dès le premier tour, à la tête du Burkina Faso après le départ forcé de Blaise Compaoré après 27 ans de pouvoir, Roch Marc Christian Kaboré n’est, aujourd’hui, plus sûr de rien.

En visite au Burkina Faso, le 1er mai dernier, Angela Merkel, la chancelière allemande, a demandé que les nations occidentales viennent en aide aux pays sahéliens luttant contre le terrorisme; notamment le Burkina Faso. « Nous allons fournir (au Burkina Faso; ndlr) une aide à hauteur de 7 à 10 millions d’euros. C’est nécessaire car dans l’est et dans le nord du pays, des enfants ne peuvent pas aller à l’école à cause des attaques terroristes », a déclaré la chancelière. L’aide allemande ne pourra que faire du bien au Burkina Faso et à son président qui ne sait plus où donner de la tête avec la constante menace terroriste. Après avoir multiplié les procédures de contrôle, et malgré la réorganisation de l’armée, Roch Marc Christian Kaboré peine face aux incursions des groupes djihadistes sur son territoire.

reflexion

Dans 18 mois les élections présidentielles auront lieu.

 

Pourtant, le chef d’État n’a vraiment plus le choix, et le temps, encore moins. Dans 18 mois les élections présidentielles auront lieu. Et pour l’instant, la candidature du président en place ne devrait pas susciter le même engouement que lorsqu’il a été élu.

 

Terrorisme : un inextricable casse-tête

« La question de la sécurité est devenue un défi fondamental de notre pays parce que sans sécurité, il est difficile d’atteindre le développement. Sur l’ensemble des secteurs sur lesquels nous nous sommes engagés, nous avons eu des avancées. Je pense qu’il faut se donner le temps de construire le pays », déclarait en décembre dernier, Roch Marc Christian Kaboré. Le problème, c’est que le temps, dans un contexte compliqué sur le plan sécuritaire, ne joue pas en faveur du président Burkinabé.

« La question de la sécurité est devenue un défi fondamental de notre pays parce que sans sécurité, il est difficile d’atteindre le développement. »

Rempli d’un enthousiasme qu’il semblait partager avec la population durant les élections, Roch Marc Christian Kaboré et son programme ont été frappés en plein cœur par l’attentat terroriste survenu 17 jours seulement après l’investiture du nouveau président, en 2016.

 danse devant une affiche de roch marc christian kabore

2015 à l’heure de l’espoir et de l’enthousiame.

 

Depuis, et ce à cause de la recrudescence des attentats dans le pays, les questions de sécurité occupent le quotidien des Burkinabés. Le président crée alors l'agence nationale de renseignement (ANR), pour coordonner et approfondir la coopération avec les pays de la sous-région dans le cadre du « G5 du Sahel ». Ensuite, des changements seront effectués à la tête de l’armée, sans que les autorités ne parviennent réellement à endiguer les vagues d’attaques terroristes. Le président le sait. Dans cette situation, aucun chiffre sur le progrès économique de son pays ne peut lui assurer une réélection, tant que la population craindra les terroristes.

A l’heure des comptes, son mandat sera analysé, principalement, à travers le prisme sécuritaire, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle pour lui. Assurément, la vie devait être beaucoup plus facile, loin des fonctions présidentielles, lorsque l’intéressé n’était que ministre, ou président du parlement.

 

L’ancien du régime déchu qui voulait tout changer

« Je n’ai pas changé. Pas beaucoup en tout cas. J’essaie de rester accessible, j’ai quatre téléphones portables dont celui que j’avais avant d’être élu. Je m’astreins à répondre le plus possible aux messages que je reçois sur ce dernier. Pour le reste, je savais que tout serait difficile après ce que nous avons vécu », explique Roch Marc Christian Kaboré à Jeune Afrique en juillet 2018. Pour lui, la difficulté de sa tâche ne nécessitait pas de changer la personne qu’il était, l’homme politique connu depuis plusieurs années de toute la scène nationale.

« J’ai quatre téléphones portables dont celui que j’avais avant d’être élu. Je m’astreins à répondre le plus possible aux messages que je reçois sur ce dernier. »

Si pour certains, c’est un homme né, avec « une cuiller en argent dans la bouche » et élevé dans les sphères les plus proches du pouvoir, le président Burkinabé revendique une certaine normalité. Il aime rendre visite à son père, le week-end, seul et à pied. Son père, c’est Charles Bila Kaboré, ancien ministre des finances et vice-gouverneur de la banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), entre autres.

officiel

« Pour le reste, je savais que tout serait difficile après ce que nous avons vécu »

 

Roch Marc Christian nait le 25 avril 1957 à Ouagadougou où il fait ses études jusqu’au baccalauréat. Il part ensuite en France, à Dijon, où il obtiendra une maîtrise en sciences économiques, puis un DESS en gestion, en 1980. Peu après, il adhère à la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France (FEANF), un groupe de militants très actifs au moment des indépendances.

A son retour au Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré milite au sein de l’Union de lutte communiste-reconstruite (ULC-R) d’un certain Thomas Sankara.

A son retour au Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré milite au sein de l’Union de lutte communiste-reconstruite (ULC-R) d’un certain Thomas Sankara. 

Dans le même temps, le natif de Ouagadougou intègre, à 27 ans, la Banque internationale des Volta (BIV), actuelle Banque internationale du Burkina (BIB). Il en sera le directeur général de 1984 à 1989.

Après l’assassinat de Sankara, Blaise Compaoré prend le pouvoir. Il fera alors de Roch Marc Christian Kaboré, qu’il nomme sucessivement chef de plusieurs départements ministériels, une des principales personnalités politiques du pays.

« Après l’assassinat de Sankara, Blaise Compaoré prend le pouvoir. Il fera alors de Roch Marc Christian Kaboré, une des principales personnalités politiques du pays. »

En 1994, il est nommé premier ministre. Élu pour la première fois à l’assemblée nationale en 1992, il en devient le président 10 ans plus tard. Parallèlement, il est secrétaire exécutif du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti de Blaise Compaoré. Tout semble aller pour le mieux, jusqu’en 2010, lorsque le CDP commence à être remodelé autour d’autres proches de Blaise Compaoré. Roch Marc Christian Kaboré est de plus en plus mis à l’écart.

 Roch Marc KABORE

Son mandat sera analysé principalement à travers le prisme sécuritaire.

 

L’article 37, censé permettre à Blaise Comaporé de se représenter en 2015, sur lequel l’actuel président aurait pourtant travaillé, achève de détruire les relations entre les deux hommes. Marc Roch Christian Kaboré quitte le parti et lance, le 4 janvier 2014, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). La formation rejoindra la population lors des manifestations visant à chasser du pouvoir Blaise Compaoré. Après le départ de ce dernier, Roch Marc Christian Kaboré remporte les élections présidentielles de 2015 dès le premier tour.

Mais l’engouement suscité par son élection retombe vite et, malgré des progrès économiques, sa côte de popularité, déjà fragilisée par les manifestations des syndicalistes, ne résiste pas aux balles des terroristes.

S’il veut décrocher un second mandat, Roch Marc Christian Kaboré sait bien ce qui lui est demandé : régler le problème du terrorisme au Burkina Faso. Plus facile à dire qu’à faire.

Servan Ahougnon

servan ahougnon

 

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