Ecofin Telecom

Le Bénin veut devenir « le quartier numérique de l’Afrique de l’Ouest »

(Agence Ecofin) - Il y a à peine 7 ans les marques comme Telecel et Areeba faisaient autorité dans le domaine de la téléphonie mobile, et Pharaon Telecom ne jurait, pour sa survie, que sur l’ADSL haut débit. Rien que ces exemples attestent de la métamorphose du secteur des télécommunications dans ce pays…

Telecel, après un long feuilleton judiciaire, est devenu Moov Bénin. Quant à Areeba (Spacetel), il a été englouti dans une vaste opération de rachat par le géant sud-africain MTN de toutes les opérations Areeba en juin 2006. Pour Pharaon Telecom, la belle histoire s’est arrêtée avec l’octroi de nouvelles licences Internet par le régulateur. Dans ce panorama, Bell Bénin Télécom (BB Com), Globacom (Glo) et Libercom font office de petits. Leurs influences technologiques, tout comme leurs parts de marché, restent peu significatives.

Modernisation des infrastructures

Aujourd’hui, force est de constater que les capacités télécoms du Bénin se sont nettement accrues. Beaucoup de pays ouest-africains sont tributaires de connexions passant par le Bénin, surtout dans le domaine de la fibre optique. L’on se souvient qu’en mai 2011 un bateau avait rompu, au Bénin, le câble SAT-3, provoquant un scénario catastrophe dans toute l’Afrique de l’Ouest. Béninois, Togolais, Nigériens, Ivoiriens, etc., tous étaient quasiment privés du net et coupés du reste du monde.

Cet accroissement de capacité a dopé le taux de couverture des opérateurs de la téléphonie mobile. Selon les chiffres officiels de la Direction générale des communications électroniques et de la poste, au 30 septembre 2011 la couverture du territoire par l’ensemble des réseaux GSM au Bénin est évaluée à 90,26%, soit environ 99,5% de la population couverte. Ce qui fait dire à de nombreux observateurs qu’au Bénin il n’y a pas que les passages à niveau et les autoroutes qui poussent, il y a aussi de vraies autoroutes de l’information qui sont partout.

La guerre de l’internet haut débit

Dans le domaine de l’internet haut débit, Isocel Telecom, distingué par l’ATP Forum « Meilleur opérateur données Afrique de l’Ouest » et « shortlisté » « Best Backhaul Solution for Africa ». Aussi, après la signature de convention de la licence 3G intervenue le 14 mars 2012 entre le gouvernement et MTN Bénin, le pays tout entier soupire car un grand nombre de particuliers et d’entreprises béninoises connaissent les joies de l’internet mobile haut débit.

 641  bénin RTN 58.1

Haut débit mobile est une expression âprement disputée par Adama Lawani, directrice commerciale de Bénin Télécom – opérateur historique, qui revendique son leadership avec la clé CDMA / ED-DO : « Pendant un an, les utilisateurs ont testé, nombreux et souvent gratuitement, cette solution, afin de l’éprouver et de savoir qu’elle marche effectivement », assure-t-elle.

Côté Isocel Telecom, autre technologie, autre son de cloche. Des antennes relais Wi-Fi sont en train d’être installées dans toute la ville de Cotonou. Plus besoin de « se balader avec des clés mobiles », vous ouvrez votre ordinateur et vous surfez à haut débit. En plus, Isocel investit dans le projet de câble sous-marin pour avoir les moyens de vulgariser en plus l’internet au Bénin. Il faut également noter que l’opérateur revendique 50% comme taux de couverture de la population béninoise, bien qu’aucune information officielle ne soit à ce jour capable de corroborer cela. On sait seulement que les principaux acteurs de l’internet se résument à Isocel et OTI, ainsi qu’aux opérateurs de téléphonie mobile (MTN, Moov et Glo). Le taux de pénétration Internet au Bénin à juin 2012 est de 4,08%. Chiffre jugé faible quand on sait les ambitions de ce pays.

Technologie

Nombre d’abonnés

Fixe

153 924

Mobile

7 906 362

Internet

375 979

Source : ATRPT

Le duel de tête et un peloton en quête de repreneurs

Dans la téléphonie mobile, très dynamique au Bénin, un duo fait la course au coude-à-coude : MTN et Moov Bénin. Quand le premier annonce ses chiffres sur son parc d’abonnés, le second sort tout de suite d’autres chiffres pour lui tailler des croupières. Cependant, il est incontestable que le champion de l’innovation significative dans la téléphonie mobile est MTN, même si l’on note au deuxième trimestre 2012 une perte de parts de marché par rapport à Moov. Depuis septembre 2010, MTN a lancé son offre mobile money, et s’active actuellement dans la signature de partenariats pour atteindre une masse critique d’utilisateurs. Côté concurrence, on rétorque que ce n’est qu’une question de temps. Idem pour la 3G. Dans une interview accordée en avril 2012 au magazine Réseau Télécom, Eric Tronel, directeur général de MTN Bénin, affirmait qu’« innover était la clé de la réussite » de MTN. Seul détenteur d’une licence universelle au Bénin, MTN est dorénavant en mode « plug and play », avec toutes les technologies qui passionnent la sphère télécom : 3G, 4G, WiMAX, etc. Un univers de possibilités infinies semble s’offrir à lui.

641  bénin RTN 58.2 

Glo fait alors office de challenger, mais n’est pas aussi ambitieux. Société d’origine nigériane, sa stratégie est basée principalement sur le recrutement de la forte communauté nigériane vivant au Bénin, et installée majoritairement dans la région de Porto Novo jusqu’à la frontière avec le Nigeria. Ce à quoi les Béninois s’attendaient, ce sont des offres inédites et le positionnement agressif affiché par la marque verte dans son pays d’origine, où elle réalise de bons résultats malgré la présence des majors MTN et Airtel.

Par ailleurs, Libercom et Bell Bénin sont toujours à la recherche d’investisseurs pour relancer des machines grippées par une absence de stratégies commerciales claires et des gestions jugées calamiteuses. Annoncé depuis plus d’un an, le rachat de ces deux structures par France Télécom n’a toujours pas eu lieu. L’impatience des autorités de l’Etat au sujet de Libercom a atteint des sommets. Une audience aurait eu lieu entre le président de la République du Bénin et l’Autorité transitoire de régulation des postes et des télécommunications (ATRPT) le 16 novembre 2012 pour sceller le sort de la privatisation de Libercom.

Opérateur

Taux de couverture

superficie

population

MTN

79,42%

88,65%

Moov

83,59%

95,46%

Glo

35,01%

60,29%

Bell Bénin

51,05%

73,30%

Libercom

26,01%

65,70%

Source : DGCEP

 Vers la confirmation du régulateur provisoire

Tous les opérateurs et les abonnés des télécoms semblent se satisfaire des nouvelles dispositions imposées par le régulateur. Les opérateurs saluent le mode d’attribution des licences, qui a fortement assaini le milieu. Les petits opérateurs parallèles qui n’ont pas acquis de licence fixe, mobile ou Internet n’ont plus droit de cité. Du coup, les abonnés se sont tournés vers les opérateurs officiels, qui ont vu une embellie de leurs portefeuilles clients sans grand investissement publicitaire. L’octroi de licences universelles après les licences 2G donne une meilleure visibilité dans les affaires aux opérateurs mobiles.

 641  bénin RTN 58.3Pour la population, la transparence dans la tarification revient sur toutes les lèvres et est un motif de réelle satisfaction. « C’est 1 franc la seconde, le coût de communication, quel que soit le réseau », nous dit Amos, jeune informaticien d’une SS2I. En plus, à la fin de la communication locale ou internationale, l’opérateur a l’obligation de mentionner la durée totale de l’appel ainsi que le montant prélevé.

641  bénin RTN 58.4

641  bénin RTN 58.5

Les projets du gouvernement

Le gouvernement a une vision pour le secteur des télécommunications, des TIC et de la poste définie dans le Document de politique et de stratégie (DPS) (http://www.atrpt.bj/documentdepolitiquesectorielle/DPS%20BENIN.pdf).

Cette vision est de « faire du Bénin le quartier numérique de l’Afrique ». Pour développer les TIC au Bénin, le gouvernement a engagé plusieurs actions, notamment le projet e-Bénin (don de la Banque mondiale), projet d’assistance avec pour objectif d’améliorer l’accès aux services des TIC à moindre coût et de meilleure qualité. Aussi, l’attribution de cinq licences aux fournisseurs d’accès Internet (FAI) en 2011 apporte plus de sérénité à ce secteur stratégique. Cette action vise à améliorer l’accès des populations à l’internet et à moindre coût.

Par ailleurs, il y a eu l’attribution d’une licence d’établissement et d’exploitation d’un réseau mobile de troisième génération (3G) en mars 2012. Puis le gouvernement du Bénin a décidé de l’octroi de licences 3G aux opérateurs privés GSM déjà en activité au Bénin, pour satisfaire les préoccupations des consommateurs, améliorer la qualité de service et offrir de nouveaux services. Enfin, le projet de construction des Centres multimédias communautaires (CMC), pour le développement des services TIC et de l’internet à la base, puis la création d’un point d’échange Internet (IXP) pour permettre une meilleure connectivité à l’internet.

Dossier réalisé par Serge Patrick Séri pour le magazine Réseau Télécom No 58


Ecofin Télécom     


Player


Enveloppe Recevez chaque jour la lettre
Ecofin Télécom