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Rapport édifiant sur les incohérences de l’aide européenne au développement

  • Date de création: 08 novembre 2011 21:22

(Agence Ecofin) - Des politiques qui démolissent ce que d’autres politiques bâtissent : le rapport de la Confédération européenne des ONG d’urgence et de développement (Concord), publié lundi 7 novembre, met en évidence une inquiétante incohérence entre les politiques européennes et les aides au développement accordées aux pays pauvres, les premières allant trop souvent dans le sens inverse des secondes.

Le rapport souligne des anomalies et des risques notamment pour le développement du continent africain en matière agricole du fait d’une très forte pression de l’industrie européenne. Laura Sullivan, d’ActionAid, souligne ainsi que « beaucoup de politiques européennes sont incohérentes avec le développement économique » des pays pauvres. Elle ajoute que ces incohérences « contribuent à défaire le bon travail réalisé en matière d’aide au développement ».

Le rapport s’appuie sur plusieurs exemples. Parmi ceux-ci figure l’objectif européen visant à atteindre 10% d’énergies renouvelables dans les transports d’ici 2020, ce qui aura pour conséquence l’accaparement de terres arables, notamment en Afrique, par les entreprises européennes de biocarburants. D’autres évoquent l’exportation bradée de poulets congelés européens vers l’Afrique, qui ruine des filières avicoles locales, pourtant soutenues par l’Union…

Le rapport met notamment en évidence un problème de négligence quant aux études des impacts de ces politiques. Ainsi, sur 164 études d’impact réalisées par la Commission européenne entre 2009 et 2011 pour l’élaboration de législations européennes, le rapport souligne que seulement sept ont concerné les conséquences en matière de développement alors même que 77 étaient relatives aux politiques ayant un impact sur les pays pauvres.

La Commission européenne devrait publier en décembre prochain une auto-évaluation de la « Cohérence des politiques au service du Développement (CPD) ».

Léonard Mizzi, de la Direction générale de l'Agriculture et du Développement rural de la Commission européenne, indique que la politique agricole commune, consciente de ces incohérences, tente de réduire ces impacts néfastes.

Mais, d’après lui, la possibilité d’une meilleure cohérence entre politiques agricoles et aides au développement semble compromise par la réalité du jeu du commerce mondial. Il ajoute ainsi qu’il est nécessaire d’ « être réaliste » et d’adopter une « approche mondiale ». En d’autres termes, il justifie cette option par le fait que, si les Européens freinent leur politique commerciale en Afrique dans le but de favoriser le développement, d’autres, notamment les Asiatiques, n’auront pas la même retenue.

 

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