Coronavirus : l’Afrique tiraillée entre ses intérêts économiques et sa protection sanitaire

Coronavirus : l’Afrique tiraillée entre ses intérêts économiques et sa protection sanitaire

(Ecofin Hebdo) - Au début du mois de décembre 2019, la Chine déclarait plusieurs cas de pneumonie dans la ville de Wuhan.  Deux mois après cette annonce, on dénombre près de 20 000 cas à travers le monde et plus de 425 morts causés par ce qui s’est avéré une épidémie de coronavirus à l’échelle internationale. Au-delà des conséquences sanitaires, l’impact potentiel de la « pneumonie de Wuhan » sur l’économie chinoise, et l’économie mondiale inquiète de plus en plus les investisseurs.

D’après le cabinet Oxford Economics, qui se fonde sur les conséquences de l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui s’était déclarée entre 2002 et 2003, et qui avait tué plus de 800 personnes en Asie, la nouvelle épidémie pourrait « potentiellement avoir un impact élevé mais de courte durée » en Chine. A l’époque, la croissance chinoise en rythme annuel avait décéléré à 9,1 % au deuxième trimestre 2003, contre 11,1 % au trimestre précédent, avant de très vite rebondir à 10% au troisième trimestre de la même année. Les conséquences sur l’économie mondiale avaient alors été modestes. 

Il est important de souligner qu’en l’espace de 17 ans, le contexte économique mondial a connu des changements importants, la Chine représentant désormais environ un cinquième du PIB mondial.

Cependant, il est important de souligner qu’en l’espace de 17 ans, le contexte économique mondial a connu des changements importants, la Chine représentant désormais environ un cinquième du PIB mondial.

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La Chine représente désormais environ un cinquième du PIB mondial.

 

La vitesse de propagation du nouveau coronavirus, plus rapide que celle du SRAS, pourrait avoir un impact considérable sur une économie chinoise déjà affaiblie par les récentes tensions commerciales avec les Etats-Unis. Et si un tel choc devait ébranler l’économie mondiale, les pays africains, dont la Chine est le premier partenaire commercial, sont particulièrement exposés dans plusieurs secteurs clés.

 

Des exportations particulièrement vulnérables

Avec près de 1,4 milliard d’habitants, la Chine est aujourd’hui l’un des principaux marchés de consommation au monde. Pour satisfaire sa demande, le pays importe de nombreux produits (bois, pétrole, produits agricoles, etc.), notamment de l’Afrique.

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En 2019 les échanges commerciaux sino-africains ont atteint 208,7 milliards $, un record.

 

Avec le continent noir, l’empire du Milieu entretient d’ailleurs des relations commerciales particulièrement dynamiques. En 2019 les échanges commerciaux sino-africains ont atteint 208,7 milliards $, un record. Même si le déficit commercial de l’Afrique envers son premier partenaire commercial s’est creusé (17,7 milliards $), le continent noir exporte de grandes quantités de biens vers l’empire du Milieu.

Même si le déficit commercial de l’Afrique envers son premier partenaire commercial s’est creusé (17,7 milliards $), le continent noir exporte de grandes quantités de biens vers l’empire du Milieu.

Cependant, la grande dépendance des économies africaines aux exportations de matières premières, notamment vers la Chine, les rend particulièrement vulnérables à l’épidémie du coronavirus. En effet, l’état d’alerte et la mise en quarantaine de nombreuses villes chinoises devraient entraîner une baisse de la consommation et de l’activité économique à court terme dans le pays. De ce fait, les importations chinoises en provenance de l’Afrique, en grande partie basées sur les matières premières, pourraient ralentir avec le confinement chez eux de dizaines de millions de consommateurs.

Selon les conclusions d’une étude de la Banque d’investissement Goldman Sachs, la demande pétrolière pourrait, dans les prochains jours, être réduite de 260 000 barils par jour, ce qui devrait se traduire par un recul de trois dollars par baril en raison des risques liés à la propagation de l’épidémie. Cette étude anticipe une diminution du flux de voyages vers et sur le territoire chinois, ce qui entraînera une baisse de la consommation de kérosène pour les avions. Pour des pays comme le Soudan, ou l’Angola qui exportent une grande partie de leur pétrole vers le géant asiatique, cette situation pourrait entraîner des répercussions importantes, à court terme.

« L'économie chinoise ralentissait déjà avant l'épidémie de coronavirus, mais aujourd'hui, avec des dizaines de millions de consommateurs coincés chez eux dans toute la Chine, on s'attend à ce que les dépenses des consommateurs ralentissent encore plus.»

Au-delà du secteur pétrolier, les exportations agricoles de l’Afrique vers la Chine pourraient être ébranlées par la nouvelle crise. D’après l’organisation China Africa Project, « l'économie chinoise ralentissait déjà avant l'épidémie de coronavirus, mais aujourd'hui, avec des dizaines de millions de consommateurs coincés chez eux dans toute la Chine - beaucoup s'inquiètent également de l'explosion potentielle des coûts des soins de santé - on s'attend à ce que les dépenses des consommateurs ralentissent encore plus. Cela pourrait avoir un impact immédiat sur la demande d'exportations agricoles africaines comme le bœuf namibien, le café rwandais, le thé kényan et les agrumes sud-africains ».

 

Le cas de l’industrie du tourisme et des voyages

Avec plus de 150 millions de vacanciers, les touristes chinois comptent pour plus d’un cinquième des dépenses touristiques dans le monde. L’importance croissante des Chinois dans le secteur touristique mondial s’est accompagnée d’un regain d’intérêt des touristes chinois pour les destinations africaines.

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Les touristes chinois représentent plus de 20% des dépenses touristiques dans le monde.

 

En 2017, 800 000 touristes chinois ont visité l’Afrique, contribuant à la croissance de 7% des fréquentations touristiques enregistrées par le continent, la même année.

En 2017, 800 000 touristes chinois ont visité l’Afrique, contribuant à la croissance de 7% des fréquentations touristiques enregistrées par le continent, la même année.

D’après le Conseil mondial des voyages et du tourisme, la contribution totale du tourisme au PIB du continent africain, évaluée à 108,0 milliards USD (7,1% du PIB) en 2016, devrait augmenter à 178,5 milliards USD en 2027 (soit 7,3% du PIB). La contribution totale du secteur sur l’emploi, devrait passer d’un total de 15,7 millions d’emplois directs et indirects en 2016 à 22,3 millions d’emplois en 2027, intégrant les femmes et les jeunes.

Pour bénéficier de cette manne financière, les Etats africains ont lancé, ces dernières années, de nouvelles stratégies afin de profiter du marché des touristes chinois. Ainsi, de nombreuses lignes aériennes directes ont été créées entre la Chine et l’Afrique pour doper les performances du tourisme de loisir et du tourisme d’affaires du continent noir. En juin 2019, la China Southern Airlines ouvrait une ligne aérienne directe entre Changsha, capitale de la province chinoise du Hunan (centre) et Nairobi, capitale du Kenya. La même année, la compagnie RwandAir annonçait qu’elle desservirait désormais la ville chinoise de Guangzhou. D’après le site d’information Quartz, les vols Chine-Afrique ont grimpé de 630% en l’espace d’une décennie, passant de moins d’un vol par jour, à une moyenne de 7 vols par jour. Cette densification du trafic aérien entre les deux parties a également été portée par l’augmentation importante du nombre d’étudiants africains en Chine.

Les vols Chine-Afrique ont grimpé de 630% en l’espace d’une décennie, passant de moins d’un vol par jour, à une moyenne de 7 vols par jour.

Malheureusement, la propagation du coronavirus a entraîné une suspension de nombreux vols vers ou en provenance de la Chine. Une mesure qui devrait être suivie dans les prochains jours par de nombreux pays africains. Pour les experts, certaines compagnies aériennes pourraient être particulièrement touchées par la mesure, à l’instar d’Ethiopian Airlines qui assure, à elle seule, près de la moitié des liaisons aériennes Chine-Afrique.

 

Mesures préventives

Pour mieux faire face à l’épidémie, plusieurs pays africains comme le Ghana ou la Côte d’Ivoire ont déjà adopté des mesures.

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« Nous avons intensifié la surveillance à tous les points d'entrée et le dépistage a commencé »

 

Au Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique, et un des principaux partenaires de la Chine, les autorités sont, elles aussi, en alerte. « Les services des aéroports internationaux et le personnel du ministère nigérian de la Santé ont renforcé leurs mesures de surveillance aux ports d’entrée. Les voyageurs en provenance de Chine seront soumis à plusieurs questions dès leur arrivée, sur de possibles signes de la maladie et sur les endroits qu'ils ont visités durant leur voyage », a déclaré le Nigeria Center for Disease Control (centre de surveillance des maladies), dans un communiqué.

« Nous avons envoyé une alerte aux 47 comtés. Nous avons également intensifié la surveillance à tous les points d'entrée et le dépistage a commencé », a déclaré mercredi, Patrick Amoth, le directeur par intérim de la Santé publique au Kenya, alors qu’en Afrique du Sud et en Ethiopie, les passagers issus des provinces chinoises frappées par la maladie, sont contrôlés.

Moutiou Adjibi Nourou

 Moutiou Adjibi

 

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