(Agence Ecofin) - En Grande-Bretagne, la Banque centrale a décidé mercredi 6 mai 2020, de mettre une pause à son programme d'injection de liquidités dans le secteur bancaire en rachetant des obligations émises par l'Etat, malgré la hausse croissante des victimes économiques du coronavirus dans le pays. Cette décision a été prise à la majorité de 7 membres contre 2.
Il n'est pas certain que les deux faits soient corrélés, mais cette décision survient au lendemain de la décision prise par la justice allemande demandant à la Banque centrale européenne de justifier que la pratique de l'assouplissement quantitatif entre 2015 et 2018 sur le marché européen des capitaux est en droite ligne avec les objectifs de son mandat.
Cette position de la Banque centrale britannique est en léger décalage avec l'attitude du « tout ce qu'il faudra » adoptée par la Federal Reserve (Banque centrale américaine). Pourtant, le Comité de politique monétaire de l'institution britannique prédit des temps difficiles pour l'économie du pays de Sa Majesté la Reine Elisabeth II. Il a connu une récession de près de 30% au cours du premier semestre 2020, en raison du covid-19. Dans le même temps, le chômage est annoncé à 9% ; un niveau historiquement élevé en Angleterre.
La Bank of England a dans le même temps presque ordonné aux banques commerciales de jouer leur rôle, et de prêter aux agents économiques. Elle estime que si cela n'est pas fait, les banques pourront connaître une réduction de leurs pertes à court terme, sauf que cette attitude entraînera la faillite de plusieurs entreprises et le chômage augmenterait de plus de 2% supplémentaires, conduisant finalement à des pertes plus importantes à long terme pour ces intermédiaires financiers.
Le rapport de stabilité financière publié par la Banque centrale britannique révèle que les entreprises britanniques fonctionnent normalement avec un besoin de trésorerie de 80 milliards de livres sterling par an. Seulement, avec la crise, ce chiffre pourrait être porté à 190 milliards de livres sterling. L'aide gouvernementale comblerait une partie de l'écart, mais il restera un déficit supplémentaire de 60 milliards de livres sterling que les banques doivent combler pour empêcher un effondrement complet du système économique.
Cette évolution des choses intervient sur des marchés développés alors qu'en Afrique, les réponses économiques aux effets du covid-19 commencent à se mettre en place. En Afrique du Sud et au Maroc, des voix s'élèvent pour solliciter une intervention importante et plus directe des banques centrales. Dans plusieurs pays et sous-régions du continent, le recours aux intermédiaires financiers est de mise, avec une évolution des choses plutôt mitigée, selon certains observateurs.
Idriss Linge

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