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Zambie : tordre le bras des investisseurs miniers, le pari risqué d’Edgar Lungu

  • Date de création: 11 juin 2021 16:22

(Agence Ecofin) - Poursuivant une folle ascension démarrée au deuxième trimestre 2020, le prix du cuivre a plus que doublé en un an pour se négocier à plus de 10 000 $ la tonne début mai, flirtant depuis lors avec cette barre. En Zambie, où le gouvernement a pris en avril le contrôle des mines de cuivre appartenant à Glencore, cette situation a une saveur particulière. La belle année qui attend les compagnies minières du secteur devrait en effet profiter directement à l’Etat, à travers la compagnie nationale, la ZCCM. Si ce succès se confirme, il pourrait amener les autorités à poursuivre une politique tacite de nationalisation de l’industrie minière, au risque de faire fuir les investisseurs.

Tirer davantage profit de la manne cuprifère

Alors qu’il se représente en août prochain pour un nouveau mandat à la tête du pays, le président zambien Edgar Lungu fait face à une situation économique compliquée, marquée notamment par un « défaut de paiement » sanctionné en novembre dernier par S&P. À l’heure d’affronter ses opposants dans les urnes, il a donc besoin d’afficher un bien meilleur bilan, d’où l’idée de prendre le contrôle des mines de cuivre, principal produit d’exportation du pays. Si ces dernières représentent déjà plus du quart des recettes publiques et 10 % du PIB selon les plus récentes données de l’ITIE, le chef d’Etat veut encore améliorer ces statistiques.

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Sous la pression du gouvernement, Glencore a préféré négocier son retrait définitif de la Zambie.

« Le fait de posséder des intérêts dans certaines mines stratégiques donne à l’Etat le levier nécessaire pour utiliser les ressources minérales au profit de la nation », expliquait-il dans un discours en décembre dernier.

« Le fait de posséder des intérêts dans certaines mines stratégiques donne à l’Etat le levier nécessaire pour utiliser les ressources minérales au profit de la nation »

Et pour légitimer son action, M. Lungu a, en plus de la rhétorique habituelle des hommes politiques sur les compagnies étrangères qui profitent injustement des richesses des peuples hôtes, un autre atout dans sa manche. La hausse du prix du cuivre n’est pas anodine, car elle est portée par une demande croissante pour le métal rouge, en raison du rôle clé qu’il est appelé à jouer dans la transition énergétique en cours dans le monde.

2Mopani Copper Mines

L’Etat se retrouve propriétaire de Mopani Copper Mines alors que le prix du cuivre est au plus haut.

Cela va accroitre sur plusieurs années les bénéfices des compagnies minières actives dans le secteur, mais la manne financière qui en résultera ne devrait profiter que faiblement aux pays producteurs, principalement à travers les redevances et les taxes. Il faut dire que cette « mauvaise » répartition des bénéfices est un sujet qui revient fréquemment dans le secteur minier africain, particulièrement quand les prix des matières premières grimpent fortement en bourse.

Une nationalisation à peine voilée

Si la Zambie a donc bien l’intention de changer les règles du jeu pour mieux profiter de ses richesses minérales, il lui faut tout de même préserver un climat des affaires propices aux investissements étrangers. C’est pourquoi, dans son discours en décembre dernier, le président Lungu s’est refusé à employer le terme « nationalisation ». Quelques semaines plus tard, Bwalya Ng’andu, son ministre des Finances, est même monté au créneau pour rassurer de nouveau les différents acteurs de l’industrie minière locale.

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Bwalya Ng’andu tente de rassurer les investisseurs.

« Dans certains milieux, la déclaration du président a été interprétée à tort, comme signifiant que la Zambie envisage de reprendre d’autres compagnies minières par la force ou de les nationaliser. Nous ne sommes pas du tout dans ce cas de figure », a indiqué M. Ng’andu.

« Dans certains milieux, la déclaration du président a été interprétée à tort, comme signifiant que la Zambie envisage de reprendre d’autres compagnies minières par la force ou de les nationaliser. Nous ne sommes pas du tout dans ce cas de figure »,

Pourtant, dans les faits, l’attitude du gouvernement dit pratiquement tout le contraire. Avec Glencore par exemple, c’est la volonté du gouvernement de dicter sa loi à la compagnie minière qui a contraint le géant suisse à quitter le pays. Alors que ce dernier avait décidé de suspendre ses opérations minières pour faire face à la pandémie de Covid-19, Lusaka a brandi la menace d’un retrait des droits miniers pour empêcher Glencore d’aller au bout de ses plans. À titre d’exemple, la RDC ne s’est pas opposée à la volonté du géant suisse de suspendre la production fin 2019 à Mutanda, malgré la place importante qu’occupe l’exploitation du cobalt dans l’économie nationale.

Si Glencore a fini par retarder voire annuler ses plans de fermeture des actifs de Mopani Copper Mines, l’inquiétude suscitée par ce projet au sein du pouvoir zambien a poussé ce dernier à demander une participation majoritaire, afin sans doute d’empêcher une bonne fois pour toutes ce type d’initiatives. Ne voulant pas se retrouver en minorité au sein d’une filiale où elle a dépensé plus de 4,4 milliards $, la compagnie a préféré négocier un retrait définitif de la Zambie.

Ne voulant pas se retrouver en minorité au sein d’une filiale où elle a dépensé plus de 4,4 milliards $, la compagnie a préféré négocier un retrait définitif de la Zambie.

Un accord a été annoncé fin janvier, et la ZCCM, qui ne détenait que 10 % d’intérêts dans Mopani Copper Mines, a pris le contrôle total des actifs de la société sans débourser un seul dollar. Un mécanisme a en effet été trouvé avec le géant suisse selon lequel ce dernier transfère à la Zambie une dette de 1,5 milliard $ et conserve son droit d’enlèvement sur la production de cuivre jusqu’au remboursement du montant dû.

Pas une si bonne idée

Sur le papier, l’accord négocié avec Glencore a tout de la bonne affaire. En difficultés financières, le pays n’aura pas à mobiliser des fonds auprès de nouveaux créanciers afin de payer Glencore. La ZCCM utilisera en effet les revenus tirés des ventes de concentré de cuivre pour rembourser les créanciers. De plus, le montant de la dette peut être perçu comme un moindre mal par rapport aux milliards qui ne seront plus investis par Glencore en Zambie. Toutefois, la Zambie devra mobiliser des fonds si elle veut poursuivre sereinement l’exploitation des gisements de cuivre.

À cet effet, l’exemple récent de l’interruption de la production sur l’un des actifs saisis au géant minier Vedanta est assez édifiant. Les autorités ont en effet avoué leur incapacité à poursuivre la production à la mine souterraine Konkola Deep, en raison du manque de fonds. Lors de la saisie des projets, il y a deux ans, le gouvernement comptait sur la liquidation rapide des actifs et l’arrivée de nouveaux investisseurs pour continuer la production. Néanmoins, la détermination de la société du milliardaire indien Anil Agarwal à récupérer son bien, avec à la clé des décisions judiciaires défavorables à la Zambie, a fait fuir les potentiels bailleurs de fonds.

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Résultat des courses, la Zambie a du mal à exploiter son cuivre…

Résultat des courses, la Zambie a du mal à exploiter le cuivre et doit en plus composer avec la crise sociale que le renvoi des employés risque de créer. L’hypothèse que cet « échec » se reproduise avec les actifs de Mopani Copper Mines n’est pas à exclure. Il semble en effet difficile que des investisseurs acceptent de décaisser de l’argent au profit de la ZCCM pour l’exploitation de gisements sans souhaiter en prendre le contrôle.

Le climat des affaires en danger 

Les risques liés au projet de prise de contrôle des mines zambiennes par le gouvernement ne s’arrêtent pas à l’aspect financier. La manière dont le gouvernement agit depuis 2019 avec Vedanta et plus récemment avec Glencore, risque de détériorer la « confiance en la parole de l’Etat» et mettre en danger le bon climat des affaires. Plus que le rachat des parts de Glencore, c’est en effet la notion de contrainte que les investisseurs ont pu ressentir dans le processus qui doit inquiéter.

Plus que le rachat des parts de Glencore, c’est en effet la notion de contrainte que les investisseurs ont pu ressentir dans le processus qui doit inquiéter.

Et le fait que First Quantum, partenaire de la coentreprise gérant Mopani Copper Mines, soit également active sur d’autres mines de cuivre en Zambie, n’est pas de nature à améliorer la position du gouvernement zambien. La société canadienne a un plan d’investissement de 1 milliard $ destiné à agrandir ses activités en Zambie, mais son Conseil d’administration ne l’a toujours pas approuvé. La conjoncture sur le marché du cuivre représente certes un argument en faveur de la mise en œuvre de ce plan, mais l’attitude du gouvernement zambien risque de tout faire capoter à présent. Avec le changement de législation qui a entrainé la hausse des taxes minières en 2018, la Zambie se trouve déjà dans le collimateur des investisseurs étrangers. En deux ans, le pays a reculé dans le classement du Fraser Institute sur les juridictions minières les plus attractives dans le monde. Il est ainsi passé de la 45e place (sur 83) en 2018, à la 51e place l’année dernière.

Au lieu donc de poursuivre sa stratégie d’acquisition forcée des mines, le gouvernement pourrait donc songer à d’autres mécanismes pour accroitre ses revenus. Il s’agit par exemple de négocier des taux de redevances variables en fonction du cours des matières premières. De plus, le cuivre n’est pas la seule richesse minérale de la Zambie et une meilleure gestion du secteur minier pourrait permettre de lutter contre l’orpaillage clandestin. Le gouvernement a déjà lancé des initiatives en ce sens, avec les projets de construction de plusieurs usines de traitement d’or et l’installation de centres d’achats de la production artisanale.

Emiliano Tossou

Emiliano


Emiliano Tossou
 
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