(Agence Ecofin) - La décision de la Banque centrale du Nigeria de baisser ses taux de refinancement au profit des banques commerciales a surpris. Les analystes craignent une aggravation de l'inflation et une pression supplémentaire sur les réserves de change déjà en forte baisse.
Au Nigeria, la Banque centrale a surpris les analystes et investisseurs en abaissant ses taux directeurs de 13,5% à 12,5%. Ceux qui s'attendaient à une telle initiative espéraient au mieux une baisse à 13% seulement.
Ce taux est celui que les banques centrales utilisent pour échanger les titres de dette des banques commerciales contre de l'argent. Lorsqu'il baisse, il incite les banques à octroyer des crédits à l'économie, car le refinancement est moins cher. Des conditions doivent être réunies.
Une trop grande injection d'argent dans l'économie entraîne en théorie une hausse des prix. Par ailleurs, la monnaie doit être créée en tenant compte des réserves de change. Dans une économie qui importe, trop de ressources monétaires créées peuvent conduire à une dévaluation de la monnaie. On retrouve ces deux facteurs au Nigeria.
L'économie est frappée par une hausse des prix qui a atteint 15,8% au mois d'avril pour ce qui est des prix des aliments. Parallèlement, les réserves de change du Nigeria ont fortement reculé depuis la fin de l'année 2019.
Certes le pays a reçu 5,8 milliards $ d'investissements étrangers, mais il en a encore plus perdu. Les investisseurs sont effrayés de ne pas pouvoir rapatrier leurs gains ou avoirs, car pour cela, il faut des devises et elles sont générées à 90% par le pétrole dont les prix ont baissé.
La Banque centrale nigériane a pourtant de solides arguments qui l'ont emmené à baisser les taux directeurs, donc à encourager que soit injecté plus d'argent au sein de l'économie. Premièrement, elle note que créer plus de monnaie n'aggravera pas la hausse des prix, car ceux-ci ont augmenté du fait du confinement imposé par le coronavirus qui a fait grimper les coûts de facteur dans la distribution des produits. Avec la réouverture progressive, les agents économiques qui n'avaient aucune source de revenus auront besoin d'argent pour mener leurs activités de consommation ou d'investissement.
Pour ce qui est du risque d'inflation via l'octroi de crédit, la Banque centrale indique que le niveau d'inflation reste dans les proportions gérables, alors que les objectifs de hausse de crédit à l'économie n'ont pas été atteints. A fin avril 2020, les prêts accordés par les banques ont progressé de 8,07% loin de l'objectif de 16,8% envisagé pour l'année 2020. Parallèlement, la hausse de la masse d'argent en circulation dans le pays a été de seulement +2,8% au mois d'avril contre un objectif de référence de 13,4%.
Ainsi, pour la Banque centrale nigériane, la création d'argent ne se fait pas au rythme qu'elle s'est fixé. Reste désormais la question des réserves de change. L'institution d'émission monétaire de la première économie du monde en termes de PIB applique un contrôle rigoureux de change.
Certains analystes disent que cela fera davantage fuir les investisseurs étrangers, mais le Nigeria ne semble pas avoir d'autres options. Il a expliqué aux agents économiques qu'on peut aussi accumuler de la richesse en nairas (monnaie locale) et non seulement en dollar américain.
Idriss linge
