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L’Afrique se met à l’e-gouvernement

Plusieurs pays africains ont lancé des chantiers d’e-administration ou d’e-gouvernance. En Afrique de l’Ouest, c’est notamment le cas du Cap-Vert, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Mali, du Bénin, du Niger, du Sénégal.

Cap Vert : parmi les pionniers
Le Cap-Vert fait partie des pionniers en la matière dans la sous-région ouest-africaine. Très tôt après l’introduction de l’Internet dans cette partie du continent, ce pays a mis en place un intranet gouvernemental, le NOSI ou Noyau opérationnel pour la société de l’information. Structure coordonnatrice pour la promotion de l’information et de l’e-gouvernance, le NOSI a pour rôle de mettre en œuvre de mesures propres à mobiliser la société, le secteur privé et le secteur public pour mettre en place une société de l’information, en prenant des initiatives pour conduire l’administration vers l’e-gouvernance.

Côte d’Ivoire : les textes de lois
La Côte d’Ivoire a commencé ses initiatives d’e-gouvernance en 2004. Le réseau piloté par le Centre d’information et de communication gouvernementale (CICG) propose, dans le site de l’Office national d’identification, des informations sur la naturalisation, des textes de lois, divers documents sur le recensement et l’immigration en Côte d’Ivoire et des formulaires à télécharger.

Burkina Faso : écrire au Premier ministre
Avec sa cyber-stratégie, le Burkina Faso a cherché à améliorer sa politique de bonne gouvernance et sa lutte contre la pauvreté. Pilotée par la Délégation générale à l’informatique, la cyber-stratégie vise à mettre l’information administrative et politique à la disposition des populations. Les fonctionnaires accèdent à Internet par l’intranet gouvernemental. Les informations sur les différents ministères permettent d’améliorer l’efficacité globale de l’administration. Dans ce cadre, le portail de la Primature donne, par exemple, la possibilité aux citoyens d’écrire au Premier ministre pour exprimer une opinion, poser une question, proposer une idée, communiquer un document public, voire faire une demande à caractère personnel.

Mali : renforcer la décentralisation 
Au Mali, on a commencé par renforcer et moderniser l’équipement de l’administration et à former les fonctionnaires à l’usage des TIC. Un réseau connecte depuis 2005, sous la houlette de l’AGETIC (Agence des technologies de l’information et de la communication), la présidence, le cabinet du Premier ministre, divers départements ministériels et services de l’Etat. Des communes sont par ailleurs connectées à l’Internet via le projet IntraCom, dans l’optique d’un « renforcement du processus de décentralisation (…) en rapprochant les citoyens de l'administration afin d'instaurer les pratiques de bonne gouvernance ».

Bénin : protection des données personnelles
Un autre exemple d’initiative d’e-gouvernement se trouve dans le Système d’information administratif public et les Systèmes s’information sectoriels du Bénin. Le Système d'information administratif public est constitué de l'ensemble des informations et données de la plate-forme web de l’Etat béninois. Les systèmes d'information sectoriels sont composés des intranets et des sites web des ministères et des institutions. Le Bénin a, par ailleurs, adopté le 27 avril 2009 une loi relative à la protection des données à caractère personnel, pour répondre au souci d’une bonne gouvernance électronique, sans violation des libertés des citoyens.

Sénégal : 600 démarches administratives
Si le Niger, le Togo et la Mauritanie sont un peu en retrait en termes de réalisation e-gouvernementales, sur les pays cités ci-dessus, le Sénégal a affiché un certain volontarisme dans l’e-gouvernement et l’e-administration. Ici, la gouvernance électronique repose sur des services dédiés à l’administration (intranet gouvernemental, réseau de fibre optique reliant les administrations), des services destinés aux entreprises (logiciels de dédouanement) et des services qui peuvent être utilisés par tous, y compris les citoyens. C’est le cas du site web des démarches administratives, en ligne depuis 2005. Avec près de 600 démarches classées par thèmes, il met à la disposition des Sénégalais des informations pratiques sur les démarches nécessaires à l’obtention de divers papiers administratifs, mais aussi des formulaires à télécharger, de même que des modèles de lettres administratives bien utiles aux usagers. Le site enregistre quelque 500 visites par jour.

Le potentiel du mobile encore inexploité
Ce bref survol des initiatives des pays de l’Afrique de l’Ouest montre aussi que, dans l’ensemble, la portée des initiatives d’e-gouvernement est relativement limitée. La plupart des réalisations consiste essentiellement en des bases de données d’information mises à la disposition du public. Il n’y a pas, par exemple, d’actes administratifs exécutables entièrement en ligne (téléservices), à l’instar par exemple du paiement des impôts ou de la demande d’un acte de naissance en France.

L’e-gouvernement implique en réalité beaucoup plus qu’une simple mise à disposition d’informations sur des services qui continuent par ailleurs à être délivrés de manière traditionnelle. Il faut prendre en compte le fait qu’aujourd’hui le simple accès sur le net à des informations sur des procédures (par exemple, la liste des documents à fournir pour se faire établir un passeport) n’est plus considéré comme exceptionnel, tout au moins dans les pays développés, mais juste comme une norme à laquelle tous devraient se rallier.

Quelles sont les plateformes d’e-gouvernement qui intègrent la réalité du téléphone portable, objet numérique le plus accessible en Afrique ? Pourquoi les projets tardent-ils à prendre en compte cette donnée du mobile pour l’inclure dans les stratégies d’e-gouvernement ? Pourquoi, dans l’e-administration, ne voit-on pas plus souvent des messages d’alerte pour informer de la disponibilité de tel ou tel service ? Pourquoi n’utilise-t-on pas le paiement par mobile pour l’acquittement de certains frais ? Selon l’E-Government Survey 2010, si « les abonnements au téléphone mobile se sont exponentiellement développés dans les pays en développement au cours de ces dix dernières années, la plupart des gouvernements n’exploitent pas pleinement cette technologie dans la fourniture de services publics ». Il ne faut pas s’étonner, dès lors, du mauvais classement des pays africains dans l’e-gouvernance mondiale. A vrai dire, ils ont encore un long chemin à faire dans ce domaine.

Tunisie en tête
La situation africaine, en 2010, révèle cependant que, si toutes les régions africaines ont un score insuffisant en e-gourvernance, des progrès ont cependant été réalisés depuis l’évaluation de 2008. C’est l’Afrique du Nord qui vient en tête des régions africaines, suivie de l’Afrique australe. Un pays comme la Tunisie obtient le meilleur score en Afrique (66ème dans le classement mondial), suivi de Maurice (77ème mondial), de l’Egypte (86ème) et de l’Afrique du Sud (97ème).

Mais, en Afrique de l’Ouest, le classement fait ressortir que beaucoup de pays ont perdu des points par rapport à 2008. C’est le cas du Cap-Vert qui, même s’il occupe la première place du classement de la région Afrique de l’Ouest (108ème sur le plan mondial) a reculé par rapport à 2008 (104ème). D’autres pays ont aussi reculé dans le classement mondial par rapport à 2008. Comme le Ghana (138ème en 2008, 147ème en 2010), le Nigéria (136ème, 150ème), le Sénégal (153ème, 163ème), le Togo (160ème, 165ème), le Libéria (163ème, 166ème), la Gambie (159ème, 167ème), le Bénin (171ème, 173ème), le Mali (175ème, 176ème), le Burkina Faso (176ème, 178ème), la Guinée Bissau (177ème, 179ème) et le Niger (181ème, 183ème). La Guinée Conakry est, certes, restée stable entre 2008 et 2010, mais dans les profondeurs du classement mondial (180ème).

Une priorité mondiale
Il faudra sans doute que les Etats africains revoient globalement leurs stratégies d’e-gouvernement pour mieux les intégrer dans leurs stratégies de développement. L’Union africaine a organisé en 2010 un sommet sur les défis et perspectives des TIC en Afrique ; l’Union internationale des télécommunications, dans le cadre de son initiative « Connect the World by 2015 », tente de promouvoir les TIC à travers le monde. Le rapport E-Government Survey 2010, indique que de tels efforts pourraient être améliorés par une coopération renforcée, en ayant à l’esprit que l’e-gouvernement concerne, au-delà de son aspect « électronique », la promotion des citoyens et leur participation à la gouvernance. Son objectif, concret, c’est d’aider les populations à améliorer leur vie de tous les jours, de leur permettre à avoir une voix dans les processus de décision concernant leur avenir. L’e-gouvernement, à ce titre, devrait être considéré comme une priorité mondiale, avec des opportunités pour tous.

Alain Just Coly

NoBakchich, un exemple d’e-administration privée

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Quand on parle d’e-administration, on pense généralement à ses applications Web, mais aussi et surtout on pense au secteur public. Car c’est l’Etat qui met en œuvre, dans la plupart des cas, des initiatives d’e-gouvernement. Mais dans un continent où le téléphone portable est utilisé par près de 600 millions de personnes pour seulement 110 millions d’utilisateurs de l’ordinateur, il peut être utile de relier l’e-administration au téléphone portable ou, au moins, au smartphone. Un développeur camerounais, Hervé Djia, y a pensé en créant NoBakchich, une application pour les smartphones sous Android. Partant du fait qu’« en Afrique, avoir affaire à l'Administration est un calvaire » avec son lot de « corruption, lenteur, mauvaise volonté, incompatibilité d'humeur », il a écrit un programme dont l’objectif est de vulgariser les procédures administratives en informant les administrés afin qu’ils évitent les arnaques (surtaxes, pots de vins) et les pertes de temps. Ce programme permet aussi de dénoncer les pratiques illégales, d’où sa caractérisation d’« arme anti-corruption ».Le concepteur assure qu’« aucun secteur d'activité n'est négligé et que les démarches des ministères camerounais sont prises en compte ainsi que celles de l’administration territoriale ». Cela va de l’établissement d’une carte nationale d’identité à celui d’une licence de débit de boisson en passant par ceux d’un certificat médical, d’une autorisation de manifestation, d’un certificat de perte, etc. NoBackchich indique toutes les informations nécessaires pour l’obtention des papiers : les pièces à fournir, les frais légaux à payer, les délais d’obtention. La base de données sera enrichie « au fur et à mesure de la vie du projet ».

Au commun des Camerounais
C’est là, fait peu courant, une véritable réponse privée à l’e-administration à travers un programme qui joue à peu près le même rôle que le site dédié aux démarches administratives au Sénégal. Cependant, après avoir testé le site en juillet 2011, un internaute s’est interrogé sur son impact dans la mesure où, « au Cameroun, un smartphone Android est littéralement hors de portée du citoyen lambda, quand on sait que le prix de l’un de ces appareils est de 5 à 15 fois supérieur au salaire mensuel moyen ». L’internaute testeur espère « tout de même qu’avec la fracture numérique qui se résorbe très rapidement, ces technologies [Internet mobile] deviendront plus accessibles au commun des Camerounais », avant de conclure que « NoBakchich est une initiative qu’il faut saluer ».AJC

Article paru dans le magazine Réseau Télécom No 49, partenaire d’Ecofin Télécom

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