Meurtres et pots de vin pour un marché du bois illégal évalué jusqu’à 100 milliards de dollars
(Agence Ecofin) - Dans les principaux pays tropicaux qui bordent le bassin de l'Amazone, en Afrique centrale et Asie du Sud, le crime organisé est responsable de 50 à 90% de l'exploitation forestière.
Aujourd'hui, au niveau mondial, le bois issu de l'exploitation forestière illégale représente entre 15 et 30% du commerce global du bois, selon les conclusions du rapport d’Interpol et du Programme des Nations Unies pour l'environnement (Pnue) intitulé Green Carbon: Black Trade (« Le carbone vert : un commerce noir ») et rendu public jeudi dernier à l’occasion de la Conférence mondiale sur les forêts qui s’est tenue à Rome.
Un commerce illicite, d'une valeur estimée entre 30 et 100 milliards de dollars par an, qui entrave les efforts entrepris notamment par le programme de Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (Redd). Redd, et son initiative élargie « Redd + », fournit des cadres juridiques nationaux et internationaux, des accords, des conventions et des systèmes de certification, afin de réduire l'exploitation forestière illégale et soutenir des pratiques de gestion durable de l'environnement. Car, conclut le rapport, sans efforts coordonnés au niveau international, les cartels et les bûcherons agissant illégalement continueront leurs activités.
Outre les activités criminelles des bandes organisées, Interpol a noté une augmentation des agressions violentes des populations locales et des assassinats. Par exemple, plus de 200 gardes forestiers du Parc national des Virunga, célèbre pour ses gorilles, ont été tués au cours de la dernière décennie en RD Congo (RDC) en voulant défendre le parc contre des milices qui organisent un commerce de charbon de bois qui rapporterait plus de 28 millions de dollars par an.
Le rapport jette une nouvelle lumière sur l’ampleur du problème car les méthodes utilisées pour blanchir l’argent du bois provenant d'activités illégales sont désormais beaucoup mieux connues. Cela va de la falsification des permis d'exploitation, à la distribution de pots de vin pour obtenir des permis (jusqu'à $ 50 000 dans certains pays), à l’exploitation des forêts au-delà des limites de la concession, au piratage des sites internet gouvernementaux pour obtenir ou modifier des permis électroniques. Une nouvelle façon de blanchir des millions de mètres cubes de bois est de mélanger du bois coupé illégalement avec du bois coupé légalement, pour ensuite le traiter et le blanchir dans des scieries et des usines de production de papier, de pâte à papier et de carton.
En outre, la baisse apparente de l'exploitation forestière illégale annoncée dans les années 2000 serait en fait due au camouflage des activités illégales trop évidentes en des opérations de blanchiment plus sophistiquées. Dans de nombreux cas, on a observé une multiplication par cinq de la quantité de bois vendue sous le label «bois de plantation» dans les années qui ont suivi l'application stricte des lois contre l'abattage illégal d'arbre. Dans plusieurs cas, le trafic illégal de bois passant par les postes frontaliers et les ports maritimes représenterait jusqu'à 30 fois les volumes officiels.
Cependant, ce type de blanchiment et de contrebande de bois a permis à Interpol d'agir plus fermement, puisque la lutte contre la fraude fiscale est plus systématique que la mise en place de mesures pour le respect des lois environnementales (qui est souvent très faible), souligne le communiqué.
Une grande partie de ce blanchiment est possible grâce aux flux d'investissement provenant de l'UE, des USA et de l'Asie. Ces fonds appartiennent à des entreprises impliquées dans le trafic, et servent même parfois à établir des plantations dans le seul but de masquer des opérations illégales d'abattage d'arbre.
Souvent, les fonctionnaires corrompus, les militaires et la police locale perçoivent des revenus jusqu'à dix fois plus élevés que ce qu'ils percevraient s’ils entamaient les poursuites judiciaires prévues par la loi.
Interpol et le PNUE, via le centre GRID-Arendal en Norvège, ont mis en place un projet pilote appelé LEAF (aide à l'exécution de la loi sur les forêts) pour développer un système international de lutte contre le crime organisé. Le projet est financé par l'agence gouvernementale norvégienne Norad et est mené avec de nombreux partenaires clés.































