Congo: «Privilégier le PPP pour développer le secteur des télécoms»
Luc Missidimbazi, coordonnateur national Unité de coordination du Projet CAB – CIT au Congo Brazzaville
Qu’est-ce que les nouveaux réseaux fibre optique vont changer pour le Congo ?
Luc Missidimbazi : Il y aura beaucoup de changements à terme. L’arrivée de la fibre optique permettra d’accroitre considérablement les capacités internationales en termes de flux et cela permettra aux entreprises de réaliser des économies importantes sur les coûts des communications.
Pouvez-vous nous détailler les principaux projets du Congo dans ce domaine ?
LM : Le Congo travaille actuellement sur trois grands chantiers. Il s’agit de l’interconnexion du Congo au projet WACS, le câble fibre optique sous-marin qui dessert les pays situé sur le long de l’océan Atlantique. Ensuite, il y a le projet appelé PCN (projet de couverture nationale) qui consiste à interconnecter les grandes villes entre elles et à installer des boucles métropolitaines pour donner un plus grand accès aux entreprises, aux collectivités et aux particuliers. Enfin, il y a le projet CAB (Central Africa Backbone) qui intègre un projet de la Banque mondiale pour les pays de sous-région CEMAC. Le Congo entre dans la seconde phase de ce projet qui a déjà permis d’interconnecter des pays comme le Tchad, la RCA, le Cameroun et la Guinée équatoriale.
Où en êtes-vous aujourd’hui, en termes de déploiement pour ces 3 projets ?
LM : Le WACS est rentré dans sa dernière phase. Normalement, le réseau devrait être opérationnel et rentrer dans sa phase d’exploitation à la mi-2012. Nous avons déjà la station d’atterrissement qui est opérationnelle. En ce qui concerne, le PCN, nous avons bien avancé dans le déploiement de la dorsale métropolitaine. Il ne reste plus qu’à assurer les interconnexions entre les villes, comme la liaison Brazzaville-Pointe Noire. Au niveau du projet CAB, en partenariat avec la Banque mondiale, nous sommes entrain de finaliser la partie mise en œuvre qui couvre les problématiques juridico-réglementaires et techniques. Nous venons de signer un protocole d’accord avec la Banque mondiale pour le choix d’une banque d’affaires internationale, pour nous aider justement dans ces orientations.
Le Congo comme la plupart des pays d’Afrique centrale sont confrontés à une surenchère des coûts des accès. Qu’est-ce qui explique ce phénomène ?
LM : Aujourd’hui, à 4000 $ le mégabit, le coût des accès reste trop prohibitif au Congo, comparé aux tarifs pratiqué par les pays qui disposent de l’infrastructure optique. Notre objectif est de diviser ce coût par quatre à l’issue des déploiements de ces projets, considérés, à juste titre, comme structurants pour notre pays. A 1000 $, le mégabit, nous arriveront à rendre les coûts plus raisonnables et à permettre un taux de pénétration beaucoup plus important grâce à la concurrence entre les opérateurs et les FAI.
A 1000 $, nous ne sommes pas encore au même niveau de prix que des pays comme l’Afrique du Sud ou encore les pays du Maghreb, mais notre ambition est d’accroitre la concurrence pour nous approcher de ces tarifs dans les deux prochaines années.
Le haut débit rapide est l'oxygène pour le secteur du numérique, c’est un préalable au développement économique pour tous les autres secteurs de l’économie. Le gain sera très important pour les opérateurs, lesquels répercuteront ces bénéfices à la population. Dès lors qu’ils achètent la bande passante moins chère, il est clair que cette nouvelle donne va influer sur les communications nationales et internationales. Nous avons également prévu de mettre en place un point d’échange internet pour gérer les flux des communications au niveau local. Nous allons privilégier le partenariat privé public (PPP) pour donner au secteur des télécoms les moyens de son développement.
Le principe du PPP est une nouveauté dans son genre pour le secteur des télécoms au Congo ?
LM : Il s’agit d’une procédure qui permet à l’Etat congolais de déléguer à un groupe privé la construction et la gestion d’équipements ou d’infrastructure publics sur une durée pendant laquelle l’Etat versera un « loyer ». Au terme du contrat, l’infrastructure est rétrocédée à l’Etat.
Les avantages sont multiples pour les différents projets en cours. Par exemple, avec le projet CAB qui fait l’objet d’un partenariat entre le public et le privé. Les mécanismes de financement et de gestion sont en cours d’étude. Il en sortira un modèle économique qui va permettre aux futurs gestionnaires de ce réseau d’avoir tous les paramètres et autres indicateurs nécessaires à l’exploitation de ce réseau en tenant compte des investissements consentis par l’Etat et le secteur privé.
Quand au PCN et au projet WACS, le débat suit son chemin. Pour l’heure, ces deux projets sont pilotés par la Direction générale des grands travaux, un organe de l’Etat. Mais des voix se lèvent pour demander à ce que la gestion soit confiée à un consortium regroupant des partenaires issus à la fois des secteurs privé et public.
Il y a aussi la question de la gestion de ces réseaux qui est au centre des débats ?
LM : L’arrivée des réseaux fibre optique sera une belle opportunité pour faire baisser les coûts des communications et surtout moderniser les réseaux existants en Afrique. Mais cela suppose que ces réseaux soient d’une part, mutualisés et gérés dans la plus grande transparence. La plupart de ces réseaux ont été financés avec les Etats, lesquels confient automatiquement leur gestion aux opérateurs historiques. Ces derniers n’ont pas forcément les compétences nécessaires pour gérer de façon efficiente ces réseaux et dynamiser la concurrence. Il ne faut perdre de vue que certains opérateurs historiques qui n’ont pas su s’adapter à la concurrence des nouveaux entrants, détenus par des capitaux privés, y voient une aubaine pour se faire une santé financière afin de se relancer dans une compétition déjà perdue.
Il faudra que la gestion tienne compte de l’objectif principal assigné au déploiement de ces infrastructures à savoir fournir des accès à moindre coût aux populations et acteurs économiques (entreprises et administrations).
Il s’agit d’une problématique sous-régionale ?
LM : Effectivement, si le maillage de la sous région prend forme, il faudra harmoniser la réglementation et les textes de lois. D’ailleurs, il y a des projets en cours au niveau de la CEMAC.
Le Congo est entrain de travailler sur la création de son propre point d’échange Internet en partenariat avec la Banque mondiale et avec l’assistance d’experts internationaux. Nous travaillons actuellement sur les conditions techniques et administratives de gestion de ce point d’échange que nous espérons finaliser avant la fin de l’année. Nous discutons également, dans le cadre d’un groupe de travail au niveau régional.
Comptez-vous encourager les investissements dans le secteur filaire pour augmenter sa pénétration, sachant que le large bande filaire est incontournable ?
LM : C’est un fait, notre pays dispose d’une infrastructure filaire très réduite. Mais toute la question est de savoir s’il est opportun et pertinent de consacrer des investissements lourds pour la construction d’un réseau filaire alors que les réseaux mobile sont bien implantés.
Les opérateurs sont entrain d’expérimenter la mise en place des réseaux de 3ème et de 4ème génération. Ce sont des technologies mobile qui permettent également d’accéder au large bande. Seront-elles suffisantes pour répondre à tous les besoin en termes d’accès. Personnellement, je pense que oui, le réseau mobile se positionne comme étant une alternative technologique fiable. Nous avons fait le pari du mobile et j’espère que le Congo pourra relever ce challenge. En tous les cas, la priorité pour nous, ne consistera pas à rétablir des boucles locales cuivre.
Entretien paru dans le magazine Réseau Télécom Network No 49.





































